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Majordome
Épisode 2 :

Du service à l’asservissement

55 min
À retrouver dans l'émission

Corentine a été bonne de ferme, Lydia, gouvernante et Nathalie, cuisinière. Trois générations de femmes reviennent sur leur parcours de domesticité.

Domestiques sortant les poubelles
Domestiques sortant les poubelles Crédits : Erik Snyder - Getty

Elles balaient, font la cuisine, montent les seaux de charbon, vident les cuvettes et frottent l'argenterie, du matin jusqu'au soir. Elles n'ont pas de vie personnelle, les bonnes. D'elles, on exige plus encore que l'accomplissement des tâches ménagères, il faut qu'elles soient le dévouement incarné. A la fois exploitées, confidentes, témoins privilégiés de la vie bourgeoise du XIXe siècle. 

Née en 1890 dans une famille de paysans bretons, Corentine, la grand-mère de Roselyne Bachelot, a été placée de 7 à 12 ans comme petite bonne chez un riche propriétaire avant de rejoindre Paris comme domestique. Lydia Lécher a travaillé comme gouvernante pendant 13 ans au service des plus riches, tandis que Nathalie, ancienne cuisinière, n’a tenu que quelques mois avant de jeter l’éponge. Toutes trois relatent leurs conditions de travail et d'existence. Horaires à rallonge, port de l'uniforme, tyrannie de la sonnette, mépris, injures, surveillance à outrance… elles révèlent l’envers du décor et reviennent sur les raisons qui les ont poussées à persévérer malgré l'exploitation et les humiliations subies. 

Des récits de vie qui entrent en résonance avec la fiction. Docteure en littérature, Alice de Charentenay évoque la figure de la servante dans le roman français au XIXème siècle. 

Le marbre à nettoyer avec les pulls en mohair

Tout le sous-sol était fait avec un damier de marbre noir et blanc, et Madame Vilain exigeait que l’on lustre ce damier avec des pulls en mohair. Vous étiez essoufflée, vous étiez en nage, par contre le résultat était spectaculaire. Lydia Lécher

La domesticité, constitutive de ces familles bretonnes pauvres de l'époque

La domesticité est constitutive de ces familles bretonnes extrêmement pauvres. Elles cultivent un petit lopin de terre avec les enfants, elles élèvent une ou deux vaches, parfois un cheval, mais elles se placent également comme domestiques dans des familles un peu plus riches ou un peu moins pauvres. Mon arrière-grand-père Jean se place régulièrement comme domestique et mon arrière-grand-mère Marie-Louise aussi, mais aussi elle met à contribution les filles aînées, il y a une sorte de domesticité familiale terrible. Roselyne Bachelot

Bonne de ferme
Bonne de ferme Crédits : Zena Hollowa - Getty

La grande bourgeoisie et le prolétariat domestique

Pour ces grandes bourgeoises et ces grandes aristocrates, c’était aussi un moyen de régulation des naissances. Quand elles estimaient avoir fait leur devoir de génitrice, au bout de deux ou trois enfants, elles fermaient la porte de leur chambre et elles passaient le relais aux domestiques. La vertu de ces bourgeoises était conquise grâce à l’exploitation d’un sous-prolétariat domestique. Roselyne Bachelot

Avec : 

Extraits de Pot-Bouille d’Emile Zola lus par Guillaume Marquet

Une série documentaire de Jérôme Sandlarz réalisée par Anne Fleury

Bibliographie

- Corentine de Roselyne Bachelot (Récit Plon 2019) ou l’histoire d’une revanche sur un avenir de malheur et de servitude.

- Bienvenue chez les riches de Lydia Lecher avec la contribution de Doan Bui (Témoignage / Ed. Michel Lafon 2016)

- Péril en la demeure - La servante dans le roman français de 1850 à 1900, thèse présentée et soutenue par Alice de Charentenay à l’Université Paris-Sorbonne en janvier 2018.

- Service ou servitude - Essai sur les femmes toutes mains (Ed. Points Seuil 2021) - Geneviève Fraisse

- La place des bonnes – la domesticité féminine à Paris en 1900 (2004) d’Anne Martin-Fugier, historienne de la vie sociale et culturelle française au XIXème. Ed. Perrin

- Le retour des domestiques (La République des idées / Seuil, 2018) de Clément Carbonnier et Nathalie Morel.

- Le Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau (Folio Classique)

Liens

Bonnes à tout faire, même dans le roman. Article de Maryse Vuillermet, en ligne sur son blog.

La domesticité au 19ème et au début du 20ème siècle : article en 3 parties publiés sur le blog Histoires d’antan et d’à présent géré par Séverine Rose. 1, 2, 3

Manuel complet des domestiques ou l’art de former de bons serviteurs (1836). Ouvrage de Mme Celnart en ligne sur Gallica.

Les « petites bonnes à tout faire » de Détective : jeux de mots et vulgarité. Article de Yoan Vérilhac, publié dans CriminoCorpus, 2018.

Antoinette Fauve-Chamoux : Domesticité et parcours de vie. Servitude, service prémarital ou métier ?, In Annales de démographie historique, n°117, 2009.

Les domestiques au Liban, un esclavage qui ne dit pas son nom. Reportage de Léa Polverini à lire dans Slate, septembre 2018.

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