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Des enfants mineurs au CEF de Saint-Brice-sous-Foret en 2015
Épisode 1 :

Le centre éducatif fermé, sanction ou protection ?

55 min
À retrouver dans l'émission

On a tendance à croire que les jeunes délinquants sont plus violents aujourd’hui qu’en 1945. La réforme de la justice en cours renforce son panel de sanctions avec l’ouverture de 20 CEF supplémentaires. Les jeunes l’expriment : la violence est dans l’enfermement. La justice fait-elle fausse route ?

Des enfants mineurs au CEF de Saint-Brice-sous-Foret en 2015
Des enfants mineurs au CEF de Saint-Brice-sous-Foret en 2015 Crédits : LOIC VENANCE - AFP

Alors que Nicole Belloubet a lancé officiellement fin février la concertation préparatoire à la réforme de la justice des mineurs, nous passons quelques jours en immersion au Centre Educatif Fermé de Doudeville pour écouter ce que les jeunes et l’équipe éducative ont à dire de l’enfermement, des sanctions, et de la possibilité d’apprendre et de se construire sous la contrainte. 

Des champs à perte de vue, quelques vaches normandes, au loin les maisons de Doudeville… C’est ce que voient les adolescentes en arrivant au CEF, le seul à accueillir uniquement des filles. Elles viennent de la France entière, pendant 6 mois minimum, purger la sanction éducative décidée par le juge, après le délit ou le crime qu’elles ont commis. C’est une alternative à la prison, certaines encouraient une peine de 5 ans, et si elles ne respectent pas leurs obligations, le juge peut décider de leur incarcération.

Elles sont huit, entre 15 et 18 ans. Chacune d’entre elles est passée par la même procédure : à la sortie de l’audience, deux éducateurs l’attendaient. Pendant 24 heures ils lui ont expliqué le règlement et fait en sorte qu’elle adhère au projet éducatif. C’est la phase d’engagement.
Depuis son arrivée au CEF, la jeune fille est évaluée sur sa santé physique et psychologique, son niveau scolaire, on lui rappelle le cadre, les horaires, le sens de la discipline. Elle a pour obligation de prendre soin d’elle et de participer à de nombreuses activités scolaires, sportives et socio-culturelles, chaque jour, à un rythme soutenu. L’intention de l’équipe éducative est de réparer la jeune fille et de l’accompagner dans la préparation d’un projet de réinsertion sociale et professionnelle. Mais les éducateurs comme les jeunes filles sont face au même dilemme : comment se construire en tant qu’individu libre, autonome et responsable dans un lieu de privation de liberté ?

Les intervenants :

  • Les jeunes filles du Centre Educatif Fermé de Doudeville
  • Karim Bousserou, éducateur au Centre Educatif Fermé de Doudeville
  • Véronique Blanchard, historienne, Responsable du Centre d’exposition de la Protection Judiciaire de la Jeunesse
  • Guillaume Monod, pédopsychiatre en milieu carcéral
  • Aurore Carbonnel, psychologue au Centre Educatif Fermé

"On ne met pas une gamine de 15 ans en prison"

J’avais 15 ans quand ils m’ont mise en prison. On ne met pas une gamine de 15 ans en prison ! En prison tu ne peux pas te réinsérer. Ici avec les éducateurs tu trouves un projet. Ici, c’est pour ton bien qu’on te met là, en prison on se débarrasse de toi ! T’es dans ta cellule, seule, personne te saoule. Ici il y a des embrouilles, des histoires de filles… Mais si on fait des conneries, c’est normal de se faire sanctionner. C’est chiant mais au moins on comprend…                                        
Témoignage d'une jeune fille du Centre Educatif Fermé de Doudeville

Qu'est-ce qu'un CEF ?

Les Centres éducatifs fermés en France sont créés par les lois perbel I et II de 2002 et 2004. Le début des années 2000 est un moment où la société française prend peur de sa jeunesse et va demander au pouvoir politique de resserrer la question de la justice des enfants, de la recentrer sur le pénal et sur la responsabilisation des mineurs. Les CEF sont des lieux qui permettent à la fois à l’administration de dire qu’ils vont faire de l’éducatif et au politique de dire qu’ils ont entendu le message des citoyens, et pour les jeunes les plus « dangereux », on met en place des institutions fermées.                                        
Véronique Blanchard

Le but ? Avant tout la réinsertion

Ces jeunes filles ont parfois commis des crimes, on accueille certaines jeunes filles qui sont là pour meurtre. Il faut apporter quelque chose de contraignant. Avant tout, c’est un centre éducatif. Le but, c’est de les réinsérer dans le milieu ouvert. Ce n’est pas un enfermement pour punir, il n’y a pas de matons il n’y a que des éducs.                                        
Karim Bousserou 

Un documentaire de Pauline Maucort, réalisé par Gaël Gillon

Pour aller plus loin :

  • Voir les films : Dog Pound de Kim Chapiron (2010), Les Quatre Cents Coups de François Truffaut (1959), La prière de Cédric Kahn (2018), La Tête haute d'Emmanuelle Bercot, (2015), Le Petit Criminel de Jacques Doillon (1990) et L'Enfance nue de Maurice Pialat (1969)
  • Ecouter Guillaume Monod, docteur en philosophie et consultant en maison d’arrêt, qui souhaite chasser l’idée reçue selon laquelle la prison, "c’est le Club Med", dans Kombini 
  • Lire le rapport sur la création de 20 centres éducatifs fermés "Dispositif des CEF «nouvelle génération»", présenté par Nicole Belloubret
  • Aller voir au Théâtre du Soleil Les Joies du devoir, d'après La Leçon d'allemand de Siegfried Lenz, qui sera joué du 15 au 26 mai 2019 : dans une prison pour jeunes délinquants, un jeune homme est envoyé en cellule d'isolement, puni pour avoir rendu copie blanche à une rédaction sur le thème des "Joies du devoir". 

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