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Des enfants mineurs au CEF de Saint-Brice-sous-Foret en 2015
Épisode 2 :

La famille ou la prison

55 min
À retrouver dans l'émission

Qu’on y soit placé ou qu’on y soit né, la famille est un lieu enfermant. Le cadre infantilisant est décidé par une autorité rarement à l’écoute des besoins des enfants, qui revendiquent la nécessité de s’en émanciper pour se construire en individus libres et autonomes...

Image du film "Une affaire de famille" de Hirokazu Kore-Eda (2018)
Image du film "Une affaire de famille" de Hirokazu Kore-Eda (2018) Crédits : Wild Bunch Germany 2018

Première diffusion : 30 avril 2019

Depuis une dizaine d’années dans le Pas-de-Calais, la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) expérimente le placement à domicile des jeunes ayant commis des actes de délinquance. Le jeune reste chez ses parents, il a des horaires fixes de sorties, des éducateurs lui rendent visite de manière soutenue pour le surveiller, mettre en place un suivi social et la reprise en main des règles familiales. Le principe est d’éduquer les parents, pour éduquer le jeune.

Cette alternative à l’incarcération se rapproche de la philosophie de l’ordonnance de 45, fondant la justice des mineurs sur le caractère exceptionnel de l’enfermement. En maintenant le lien avec la famille, le placement à domicile serait moins violent pour le jeune, et permet à l’institution de faire des économies.
Mais qu’en est-il de l’autorité parentale, les interventions répétées de l’éducateur sont-elles des occasions de l’affirmer, ou au contraire, de la saper ? En travaillant le cadre, quelles représentations normatives les éducateurs viennent-ils imprimer sur la famille ? Pourquoi la famille originelle serait-elle le lieu propice à l’épanouissement des enfants ?

Dans la deuxième partie du documentaire, Fouzy, Léo et Kumba poursuivent la réflexion sur la famille comme lieu d’enfermement. Issus de la même fratrie, ils sont placés très jeunes dans trois familles d’accueil, et construisent des trajectoires de vies radicalement différentes : Fouzy travaille dans le secteur associatif, Léo est à Sciences-Po, Kumba sort de prison.
Leur histoire, révélatrice des lacunes de la protection de l’enfance, rappelle que la famille normée n’est pas forcément le lieu de l’épanouissement, elle peut être le creuset de situations maltraitantes conduisant à la délinquance.
Aujourd’hui, Fouzy et Léo sont engagés dans l’association Repairs, réseau d’entraide pour les jeunes sortant de l’ASE.

La justice des mineurs infantilise-t-elle ?

L’hôpital, l’armée, le monastère, la prison : une institution ne fonctionne que parce que les gens sont soumis à la grande autorité de la petite minorité qui organise les choses. Cela vaut pour la famille aussi. C’est infantilisant parce qu’on demande aux gens de faire des efforts pour obtenir le but qui leur a été fixé par l’instance dirigeante. La personne qui est en prison doit faire ce que le cadre de la justice impose, il doit faire comme un enfant qui n’a pas le droit de sortir seul dans la rue...                              
Guillaume Monod

Parcours d'un jeune, de la maison à l'institution

Le jeune que je suis est en demande, il veut qu’on l’aide à préparer sa majorité du mieux possible, il se rend bien compte qu’au domicile ça va être compliqué pour lui de se construire. Il est pris dans un conflit de loyauté, il adore vivre avec sa mère parce qu’il a besoin de venir vérifier qu’il y est à sa place, il y a très peu vécu, et puis il a aussi fugué des institutions pour revenir dans sa maison.                              
Lydie Boucher

Rupture de lien

Le point commun des mineurs dont on s’occupe c’est la rupture du lien qu’ils ont vécue un moment dans leur parcours de prise en charge de l’aide sociale à l’enfance : soit des placements trop longs qui commencent à devenir difficile à gérer par des établissements à l’aube de l’adolescence et du coup faute de solutions l’aide sociale à l’enfance rend les mineurs auprès de leurs parents, mais ces parents ont vu partir un enfant de deux ans et récupèrent un ado en pleine révolte, ils sont incapables de poser des limites...                              
Olivier Mignot

Avec : 

  • Olivier Mignot et Lydie Boucher, éducateurs de l’Unité éducative de milieu ouvert de Liévin 
  • Kevin et sa famille
  • Fouzy, Léo et Kumba
  • Guillaume Monod, pédopsychiatre en milieu carcéral

Remerciements à Nathalie Mora, chargée de communication de la Direction interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse Grand Nord

Un documentaire de Pauline Maucort, réalisé par Gaël Gillon

Pour aller plus loin :

Liens supplémentaires :

Bibliographie

La placeAnnie ErnauxGallimard, Collection Blanche, 1984

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