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Des enfants mineurs au CEF de Saint-Brice-sous-Foret en 2015
Épisode 4 :

Les mineurs étrangers face à l’Etat et aux réseaux mafieux

55 min
À retrouver dans l'émission

Les mineurs étrangers sont avant tout des enfants, mais l’Etat français l’oublie trop souvent. Il se rend coupable de mauvais traitements en bafouant leurs droits, que ce soit en leur refusant une protection appropriée ou dans la réponse judiciaire faite à leurs actes de délinquance.

En août 2018, un jeune migrant mineur non accompagné dénonce les dangers de la rue, à Tours
En août 2018, un jeune migrant mineur non accompagné dénonce les dangers de la rue, à Tours Crédits : PHOTOPQR/LA NOUVELLE REPUBLIQUE - Maxppp

Alors que l’opinion publique s’est indignée du traitement des enfants en situation de migration aux Etats-Unis, et que la loi Collomb sur l’asile et l’immigration a été adoptée l’été dernier, la France ne respecte toujours pas ses engagements internationaux puisqu’elle maintient enfermés des centaines d’enfants avec leurs parents sur son territoire.
Pourtant, une circulaire de 2012 rend la rétention des mineurs illégale, et la France est, à plusieurs reprises, sanctionnée par la Cour européenne des droits de l’homme. 

Avant d’arriver sur le territoire français, certains enfants passent par l’île de Lesbos.
Caroline, coordinatrice de Médecins sans frontières dans le camp de Moria, s’alarme de leurs conditions de vie et de la multiplication des tentatives de suicide. Guillaume Monod, pédopsychiatre, alerte sur les conséquences de l’enfermement pour les enfants : « on fabrique de la psychopathologie ». 

Pourtant les préfets continuent de jouer sur le flou des tests osseux pour contester la minorité afin de désengorger les foyers d’accueil débordés. Les jeunes devraient être pris en charge par l’aide sociale à l’enfance, scolarisés et bénéficier d’un accompagnement de santé. Dans les fait, ils passent plusieurs mois à attendre un jugement pendant lesquels ils alternent les périodes d’enfermement et d’errance.
Julie est éducatrice dans un foyer d’accueil temporaire, elle n’en revient pas de la violence institutionnelle avec laquelle on traite ces jeunes, « pire que s’ils étaient délinquants ». Ces conditions de vie sont propices à l’apparition de comportements déviants, prostitution, petits trafics, pour survivre.
Les sociologues Arthur Vuattoux et Olivier Peyroux questionnent la responsabilité de l’Etat : n’a-t-il pas intérêt à laisser pourrir la situation, le temps et la nécessité transformant les jeunes en délinquants car il est plus simple, administrativement, de prendre en charge un délinquant qu’on peut expulser plutôt qu’un mineur vulnérable ?

Les intervenants :

  • Olivier Peyroux, sociologue et cofondateur de Trajectoires et Hors la Rue, associations spécialisées dans la prise en charge des mineurs étrangers victimes des réseaux mafieux
  • Catherine Daoud, avocate au barreau de Paris, co-responsable du « Pôle MIE, Mineurs Isolés Etrangers » de l’Antenne des mineurs du barreau de Paris
  • Caroline Willemen, coordinatrice de Médecins sans frontières sur l’île de Lesbos
  • Julie, éducatrice pour une structure d’accueil d’urgence de mineurs étrangers isolés à Paris
  • Arthur Vuattoux, sociologue
  • Mouktar, ancien mineur étranger isolé
  • Marie-Rose Moro, psychiatre et psychanalyste, directrice de la Maison de Solenn-Hôpital Cochin

Des jeunes abîmés, en errance

En 2016, les jeunes migrants ont commencé à être visibles dans toutes les capitales d’Europe, à Paris on en a beaucoup parlé en 2018 puisque l’année dernière un arrangement a été conclu entre les autorités françaises et marocaines, pas au niveau des gens sur le terrain (avocats, éducateurs) mais des autorités étatiques pour trouver une solution. Ce qui dérange c’est que ces jeunes-là ne demandent pas à être protégé, ils sont dans un état abîmé de poly-toxicomanie, en errance depuis des mois voire des années sur le territoire européen et leur façon d’appeler à l’aide c’est de commettre des délits.          
Catherine Daoud

Quelle procédure d'accueil pour les mineurs non accompagnés ?

La procédure est assez complexe pour les mineurs isolés étrangers, qu’on appelle maintenant des mineurs non accompagnés, avec une sorte d’euphémisme dans la manière de les nommer ainsi. Quand ils se présentent dans un département, ils sont orientés vers des permanences d’évaluation de leur âge et leur isolement. Les pièces d’identité de ces jeunes sont systématiquement contestées par l’Etat, elles ne suffisent pas. Ce qui est étonnant puisqu’on sait par ailleurs que des procédures de vérification existent. C’est par le récit qu’on évalue leur minorité, en prenant en compte le fait qu’il y a une pression à ne pas reconnaître trop de mineurs puisque s'ils sont reconnus en tant que tels, ils doivent être pris en charge par l’aide sociale à l’enfance, aux moyens de plus en plus limités.          
Arthur Vuattoux

Le récit de Mouktar

Quand je suis arrivé en France, j’étais comme tout le monde, à la recherche de lumière. J’ai grandi à Bamako et par rapport à mes problèmes familiaux je me suis enfui de mon pays. Le parcours a été très très dur parce que j’étais trop jeune. J’avais trop de souffrance psychologique dans ma famille, ma vie n’était pas en sécurité. J’ai grandi parmi des gens qui n’avaient pas de valeurs et qui ne m’ont pas donné assez d’éducation. Arrivé à Paris, j’étais sans domicile, de métro en métro, de foyer en foyer, jusqu’au jour où j’ai fraudé le métro, je me suis fait attraper et ils m’ont amené à l’aide sociale à l’enfance. J’ai alors connu France terre d’asile. Ils m’ont scolarisé. Mais ils avaient des doutes, ils m’ont fait un test osseux. J’avais 15 ans.          
Mouktar

Un documentaire de Pauline Maucort, réalisé par Gaël Gillon

Pour aller plus loin :

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