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Edward Hopper, Nightwaks,1942, huile sur toile
Épisode 3 :

Finir seule

55 min
À retrouver dans l'émission

Vieillir sans homme et faire avec.

Une personne agée avec un robot dans un EHPAD de Bordeaux en 2016
Une personne agée avec un robot dans un EHPAD de Bordeaux en 2016 Crédits : BSIP - Getty

J’ai pas une visite. Pas une ! Je suis toute la journée sur une chaise à regarder la télé. Qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? Madeleine

C’est une grande salle des fêtes, mitoyenne de la maison de retraite des Colchiques, à Prémery, dans la Nièvre. Il y a de larges tables disposées en U, entourées de fauteuils et chaises en plastique. L’éclairage néon et les murs saumon ne découragent pas les rires et le plaisir à être ensemble. La grande majorité de l’assemblée est féminine. Quelques hommes font une partie de scrabble, ailleurs on tricote ou on joue au loto. C’est du sérieux, on veut bien se prêter à l’interview, mais on garde un œil/reste concentrée sur l’activité. 

Je n'imagine pas vieillir seul, même si je sais bien qu'en France, les femmes vieillissent seules. Mais pour l'instant, non. Je prévois mon vieillissement encore à deux Nathalie Gemza

La solitude des ainés n’a pas le même goût à la ville qu’à la campagne. Alors que les aînés ruraux sembleraient plus heureux de leur lieu de vie que les citadins, la campagne favorisant la solidarité et réduisant l’anonymat, il serait cependant plus difficile d’y vivre seul : la solitude s’accompagne d’isolement. Quand vient l’hiver, les résidences secondaires se vident. La désertification s’accroît : disparition des commerces et services de proximité, des transports en communs et professionnels de santé, manque de réseaux de téléphonie mobile et Internet, services publics sont de moins en moins accessibles, dématérialisés, et sans le maintien d’une présence humaine, le sentiment d’abandon s’accroit. Les inégalités territoriales se creusent, les départements les moins bien desservis sont également ceux qui concentrent le plus de personnes âgées, d’autant plus pénalisées que leur utilisation moindre de la voiture avec l’avancée en âge, ne leur permet plus de se rendre dans les zones où se trouvent encore les commerces et les services indispensables à leur maintien à domicile.

Le souhait de la majorité voire la quasi totalité, c'est de vieillir chez elles et c'est malheureusement souvent un événement extérieur, et souvent lié à la santé, qui va précipiter la nécessité de quitter son domicile et d'envisager un autre type d'habitat Nathalie Gemza

En Bourgogne, une des régions les plus frappées par ce phénomène, le café de Prémery réunit tous les 15 jours 20 à 40 aînés, grâce à une équipe de bénévoles mobilisés pour les aller-retour en voiture. Cette expérience de partage déjoue la logique de marchandisation du lien social, de la silver économie dont les services sont inaccessibles aux plus nécessiteux, mais reste fragile : difficile de trouver des bénévoles qui doivent parcourir des kilomètres, ce qui représente une consommation de carburant non négligeable et écarte du bénévolat une tranche de population peu fortunée.

Les aînés sont attachés à leur territoire de proximité, avec l’âge, cela devient viscéral. Le logement un refuge protecteur, un lieu de souvenirs, un endroit où l’on se sent bien même si les conditions de vie peuvent y devenir difficiles. 84% des plus de 60 ans souhaitent vieillir chez elles, renforcé par la crainte du coût que représente l’entrée en EHPAD. Or l’adaptation des logements aux corps vieillissants représente des coûts bien plus élevés. 

Et là, c'est une fois de plus, c’est violent. Je n'ai pas retrouvé ma grand mère. Clairement, je ne trouve pas mes repères. Je ne sais pas où il faut s'installer avec ma grand-mère qui partage sa chambre avec une autre dame que je ne veux pas déranger. Ce qui est sûr, c'est qu'elle ne me reconnaît pas. Marion Blanc

Le château de Pothières, lieu d’hébergement temporaire, est une alternative pensée pour les mois d’hiver, après une hospitalisation, ou pour permettre le répit aux aidants, conçue pour prolonger le plus possible le maintien à domicile. Le passage en hébergement temporaire peut aussi permettre d’aller, progressivement et en douceur, vers une solution de vie collective de type MARPA ou EHPAD. Moyenne d’âge 87 ans. Dix-neuf chambres, on peut venir avec son animal de compagnie, ambiance familiale, les 11 salariés partagent leurs repas avec les résidents. La veilleuse de nuit recueille les confidences, les souvenirs de l’enfance difficile resurgissent. Certains résidents sont des anciens enfants placés ou adoptés, le Morvan étant connu pour être terre d’accueil des "enfants de la DDASS". 

Avec : 

Un documentaire de Pauline Maucort, réalisé par Véronique Samouiloff

Un dessin de Carole Fives
Un dessin de Carole Fives Crédits : Carole Fives

Bibliographie 

Je ne suis pas seul à être seul, Livre de Jean-Louis Fournier, 2019, JC Lattès

Les nouvelles solitudes, Marie-France Hirigoyen, La découverte, 2007

Histoire de la solitude et des solitaires, Georges Minois, Fayard, 2013

Une folle solitude, Le fantasme de l'homme auto-construit, Olivier Rey, Seuil, 2006

Liens

Vieillir et vivre seule : une exploration du quotidien de femmes de 65 ans et plus : rapport de la chaire sur le vieillissement de l’UQAM, Québec, 2018.

Vieillir en milieu rural : dossier du magazine Transrural initiatives, revue des territoires ruraux, 2014.

Anne Labit : Habiter autrement pour vieillir autrement : Motivations et engagements de femmes retraitées européennes in Socio-anthropologie, 32, 2015.

Solitude et isolement des personnes âgées en France, quels liens avec les territoires ? Rapport des Petits Frères des pauvres, septembre 2019.

La vieille femme sale : Article à propos de la thèse de Caroline Darroux, ethnologue.

Film « L’Alice » d’Anne Commode

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