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"Le capitalisme c'est has been"

Au-delà du capitalisme

45 min

Frédéric Worms s'entretient avec Cécile Renouard, philosophe.

"Le capitalisme c'est has been"
"Le capitalisme c'est has been" Crédits : Flicker/ @Geneva

sIl n’est plus question aujourd’hui de nier que les entreprises et le capitalisme ont un « impact global ». Ce sont des acteurs majeurs du monde. Mais en quel sens? Il y a là, en fait, une alternative radicale. Ou bien ce pouvoir global soumet tout à une logique étroite du profit, et corrompt tout le bien commun. Ou bien justement il est situé dans l’horizon des biens fondamentaux des humains et du monde, et y contribue dans tous les ordres. Pour Cécile Renouard c’est la question depuis toujours mais c’est devenu l’urgence de l’époque. Et la crise écologique ne laisse plus le choix. Le bien commun est donc de retour, d’abord pour la préservation des biens élémentaires. Elle se demandait naguère avec Gaël Giraud si l’on pouvait « réformer le capitalisme ». Aujourd’hui, si on la pousse un peu, elle croit que les entreprises elles-même doivent aller plus loin : au-delà du capitalisme.

Cécile Renouard : Il est à mon sens très dangereux de séparer la sphère économique de la sphère du politique, au sens de la recherche de l'avènement du bien commun dans nos sociétés. Si on prend en compte la question de la finitude des ressources planétaires aujourd'hui, dire que les entreprises seraient en charge uniquement de l'accès à court terme d'un certain nombre de personnes à un certain nombre de biens et de ressources, en faisant croire que nous avons à notre disposition des ressources infinies c'est se leurrer sur la réalité de nos sociétés et du fonctionnement même l'économie. Donc, par essence, il faut penser l'économie en référence à la question de la finitude et à la question de l'orientation de nos existences collectives. Aujourd'hui, on ne peut pas se passer d'une réflexion sur le rôle politique de l'entreprise, sans en parler seulement sous l'angle du seul lobbying ou de la politique politicienne.

#bien commun #théologie #économie #Elinor Ostrom #Gaston Fessard #Claudie Lavaud #Swann Bommier #imputation #responsabilité positive #Paul Ricoeur

Cette question écologique elle nous invite, elle nous oblige tous à réfléchir différemment. Parce qu'il s'agit d'une question de vie et de mort. Peut-être pas pour les générations futures dans nos pays mais pour des populations vulnérables d'un bout à l'autre de la planète dès aujourd'hui, il s'agit d'une question radicale qui nous oblige à penser à nouveaux frais, à penser mais aussi à agir différemment avec une urgence inédite. Nous savons que si nous n'agissons pas très vite pour inverser les tendances actuelles en termes d'émissions de gaz à effet de serre et de pollution, nous préparons des catastrophes dont les plus pauvres feront les frais. C'est la double peine pour  un certain nombre de personnes : ceux qui ont le moins contribué à cette détérioration des conditions de vie dans différents milieux sont ceux qui vont être les plus affectés. 

#Rana Plaza #Bangladesh

Il faut penser la sphère économique dans une perspective holistique précisément pour limiter ce pouvoir économique qui a tendance à se traduire en une puissance politique tous azimuts. Puisqu'on sait que les entreprises sont très douées pour intervenir dans la fabrique du politique, notamment au travers de pratiques de lobbying. Comment faire en sorte que la sphère politique telle que l'a définie Walzer comme une sphère "parmi d'autres" mais aussi organisatrice de toutes les autres, comment faire pour qu'elle ait le pouvoir de limiter la sphère marchande ? 

#Michael Walzer

Il n'est pas suffisant de tabler sur la bonne volonté d'acteurs qui sont par ailleurs tributaires d'une course vers le bas en matière sociale et environnementale à l'échelle mondiale et qui utilisent leurs capacités d'action pour faire en sorte que ces normes restent le plus limitées possibles, pour délocaliser. Je défends un certain nombre de règles à l'échelle des états, mais aussi à l'échelle internationale."

#Gaël Giraud #réforme du capitalisme #au-delà du capitalisme

Le terme de capitalisme est aussi flou que la notion de développement durable ! Il y a des formes variés du capitalisme, il y a capitalismes de marchés, d'autres organisés par des états. Mais dans la logique du capitalisme, il y a une logique d'accumulation sans fin du capital qui est intrinsèquement très prédatrice et une tendance à penser que les ressources sont présentes en quantité infinie, ou au moins indéfinie. L'objet de notre démarche qui dépasse le seul souci des acteurs économiques que sont les entreprises, c'est de nous inviter à penser ensemble à nouveaux frais les relations entre les êtres humains, mais aussi la juste relation à la planète qui est confiée à nos soins, et à y réfléchir en termes de limites, mais des limites au sens d'un espace à l'intérieur duquel nous avons une marge de créativité inouïe et qui peuvent nous permettre de faire l'expérience qu'intégrer ces limites au niveau personnel comme au niveau collectif nous fait découvrir d'autres dimensions de l'existence, nous fait vivre mieux ensemble et améliore notre qualité de vie."

Le choix musical de Cécile Renouard est Renée Claude, "Vivre doucement".

Bibliographie

Ethique et entreprise

Ethique et entrepriseCécile RenouardEd. de l'Atelier, Ivry-sur-Seine, 2015

Intervenants
  • Philosophe, directrice scientifique du programme de recherche CoDev pour compagnies et développement à l’ESSEC et Présidente du Campus de la Transition.
L'équipe
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