LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Sommet des chefs d'états européens, 22 mars 2018, Bruxelles (Belgique).

L'Europe, combien de divisions ?

44 min

Frédéric Worms s'entretient avec Jacques Rupnik, politologue, directeur de recherche au CERI Sciences-Po.

Sommet des chefs d'états européens, 22 mars 2018, Bruxelles (Belgique).
Sommet des chefs d'états européens, 22 mars 2018, Bruxelles (Belgique). Crédits : Dursun Aydemir / ANADOLU AGENCY - AFP

On peut aussi entendre la fameuse question de Staline « L’Europe combien de divisions ? » au sens du conflit, du déchirement, des malentendus. Jacques Rupnik, spécialiste de « L’autre Europe » est aussi spécialiste de ces divisions-là, jamais surmontées. Comment cette « autre Europe » qui  rejoignait la démocratie après 1989 est-elle devenue réfractaire, voire adversaire, de la démocratie ? Comment peut-on relier le moment que nous vivons, celui de la division européenne, à ses précédents : 1968, qui eut lieu aussi à Prague et à Varsovie, ou 1989 ? Et quel rôle tiennent les passions politiques rationnelles, émotionnelles dans ces divisions ? Ici, c’est à Pierre Hassner, récemment disparu, qu’il faut rendre hommage. Aurait-il été surpris par  la division de l’Europe, entre guerre et paix ? Comment l’aurait-il  analysée ? Pour affronter ces dangers, on a besoin de ses lumières.

Jacques Rupnik : En 1989, l’Europe devenait « autre ». Mais ceux qui pensaient que l’élargissement de l’Union à l’est signifiait qu’on gardait la même chose en plus grand se sont trompés. 1989 a transformé profondément la nature du projet européen. On ne l’avait pas pleinement mesuré au moment de leur adhésion. On découvre aujourd’hui que ça transforme véritablement l’Europe. Notamment avec la crise migratoire, on découvre que les pays d’Europe centrale ont sur un certain nombre de thèmes qui ont trait au libéralisme sociétal une attitude spécifique qui les différencie de l’Europe occidentale. En cela, ils redeviennent l’autre Europe.

#1989 #1968 #Prague #Varsovie #Vienne #Budapest #groupe de Visegrád

J’ai envie de dire à ceux qui disent que "nous sommes unis par notre Histoire", attention ! L’Histoire c’est aussi ce qui nous divise. L’Europe s’est construite contre l’Histoire. Contre les deux guerres mondiales notamment. Alors on a dit il faut un projet tourné vers l’avenir, mais comme on ne peut pas faire le politique tout de suite, on va commencer par l’économie, le marché commun. Aujourd’hui, on est dans l’entre-deux, on ne peut pas affirmer un projet fédéraliste politique et l’Histoire nous rattrape. Le problème c’est qu’il n’y a pas de rêve européen. Chaque pays a son rêve européen. Pour l’Italie ça a été longtemps la compensation d’un Etat défaillant, pour la France le substitut de sa puissance perdue, pour l’Allemagne une réhabilitation après la guerre, pour les pays d’Europe centrale la sortie de l’Histoire que leur avait imposée le système soviétique, etc. Ce qui est important dans le projet européen c’est de rendre ces différents rêves compatibles. Or, en ce moment ça devient particulièrement difficile.

#guerre froide #Yougoslavie #Kant #Leo Strauss

On ne s’en sortira pas si nous n’engageons pas un débat transeuropéen. Les anti-européens sont là et ils ont le vent en poupe. Si en face il n’y qu’une petite élite européiste qui pendant longtemps a regardé tout cela avec condescendance parce qu’elle pensait que de toute façon l’Europe se faisait ailleurs, qu’elle progressait « masquée », on ne s’en sortira pas. La seule riposte possible c’est d’engager un débat avec ceux qui, en Pologne ou en Hongrie, sont préoccupés par la politique de leur gouvernement. Il faut renouer avec cette idée d’un dialogue que nous avions initiée avec Pierre Hassner. A l’époque c’était le dialogue avec la dissidence à l’Est. Mais ce dialogue Est/Ouest qui était si intense entre les intellectuels s’est progressivement, après 1989, estompé, enlisé, pour quasiment disparaître. Aujourd'hui, il y a une prise de conscience qu’on ne va pas résoudre le problème au niveau de chaque pays. C’est une première condition pour avancer. Ensuite, l’autre condition à remplir reste la question du leadership politique. 

#démocratie #Jarosław Kaczyński #Pologne #passions positives #solidarité

Le choix musical de Jacques Rupnik est un extrait de la pièce Enlightenment de Thomas Zaruba.

Bibliographie

L'Autre Europe

L'Autre EuropeOdile Jacob, 1990

Intervenants
  • Historien, politologue, directeur de recherche émérite au CERI/Sciences Po
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Réalisation
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......