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Paris, ville lumière

La fête est-elle finie ?

44 min

Frédéric Worms s'entretient avec Antoine de Baecque

Paris, ville lumière
Paris, ville lumière Crédits : LE PARISIEN/Olivier Corsan - Maxppp

"Veilleur, où en est la nuit ?" : telle est la question posée au prophète, dans la Bible. Mais Antoine de Baecque, historien, commissaire de l'exposition « Les nuits parisiennes, du Palais-Royal au Palace », a aussi sa réponse. La nuit parisienne, c’est d’âge en âge la lumière, la fête, avec ses tourbillons, ses figures, ses différences mais aussi sa permanence, comme un phare qui ne cesse de clignoter, de nous attirer. Mais il y a aussi des gouffres, aux bordures de ce livre, de cette exposition, de cette œuvre qui est celle d’un historien du corps, des images, et de leurs passions. Et entre la date de parution du livre et la préparation de l'exposition, un trou noir : les attentats de 2015, sur les lieux mêmes de nos nuits. Plus secrètement encore, dans son roman Les talons rouges, Antoine de Baecque remonte jusqu'aux secrets de la nuit révolutionnaire, à un bal des vampires, à des aristocrates résistant aux lumières du jour et de la fête... et de la démocratie. Mais ces plongées plus sombres et plus noires redonnent leur sens aux lumières. A rebours de tous les Cassandre qui prophétisent sa fin, gageons avec Antoine de Baecque qu'en ce 1er janvier 2018, la nuit brille et résiste encore.

Antoine de Baecque : La nuit a une histoire. Il y a donc des nuits parisiennes comme il y a des moments de l'Histoire. Mais moi je parlerai d'une civilisation nocturne parisienne. Il y a une entité "nuits parisiennes", une spécificité, rendue possible par deux phénomènes que l'on retrouve à tous les moments. Ce qui est commun c'est d'une part une qualité de la lumière proprement parisienne, un souci de la lumière, historique. Le pouvoir d'illuminer Paris, seul le roi l'avait et il l'exerçait de temps en temps pour des grandes fêtes monarchiques, ou en faisant donner des feux d'artifices. Le roi était le maître de la lanterne à Paris. La "ville-lumière" est un effet du pouvoir. Il y a un savoir-faire lumineux parisien, mis en œuvre sur décision du pouvoir politique. D'autre part, la concentration des divertissements nocturnes, réunis dans les mêmes endroits. L'idée qu'on puisse passer en quelques mètres du bal au tripot en passant par le bordel est extrêmement parisienne.

#Restif de la Bretonne #Alain Pacadis #Eric Dahan #Palais Royal #Saint-Germain #bordel #bal #tripot 

1900 marque le moment de la nuit absolue. Si n ne s'amusait peut-être pas plus, mais on s'amusait à plus. Il y avait une forme de diversité sociale qui faisait que de deux à trois millions de personnes se réunissaient la nuit pour s'amuser. Le Moulin-Rouge par exemple pouvait réunir 3000 à 4000 convives pour une traversée de la nuit. Au pied de Montmartre, la bourgeoisie allait à la rencontre de cette culture apache, des danseuses de cancan, d'une chanteuse ou d'un pétomane. La IIIe République est un absolu de la nuit.

#Moulin Rouge #Elysée-Montmartre #Folies Bergères #Apaches #Bataclan #cancan #maisons closes

La performeuse italienne La Cicciolina sur la scène du Palace en janvier 1988
La performeuse italienne La Cicciolina sur la scène du Palace en janvier 1988 Crédits : JEAN-LOUP GAUTREAU / AFP - AFP

Antoine de Baecque : Le Palace c'est l'un des derniers moments de la vie parisienne parce que c'est ce moment où tout est possible parce que tout le monde est là : on a le show-biz et les puissants qui sont là et qui regardent, on a les voyous qui peuvent passer, les gays, les punks dans un coin, les branchés dans un autre et "mon philosophe" comme l'appelait Fabrice Emaer, Roland Barthes, qui était au balcon. Le Palace c'est le moment de tous les mélanges.

#Palace #Jean-Paul Goude

Le choix musical d'Antoine de Baecque est La vie en rose, dans la version interprétée par Grace Jones.

L'exposition Les nuits parisiennes, du Palais Royal au Palace, à voir du 25 novembre 2017 au 25 janvier 2018 à l'Hôtel de Ville de Paris.

L'image ne peut exister isolément. Chaque image est prise dans l'Histoire, dans les corps qu'elles représentent ou dans ceux qui pleurent ou qui rient devant elle. Je me méfie beaucoup de l'isolement des matériaux - image ou archive : leurs potentialités ne peuvent exister que dans la rencontre, dans le croisement. Il faut un foisonnement - même hétérogène, même chaotique - plutôt qu'un isolement du chef d'œuvre. Je me méfie du chef d'œuvre. Aucune image, aucun film en soi n'a véritablement de valeur. Y compris ceux qu'on peut panthéoniser comme des chefs d'œuvres de l'art. C'est beaucoup plus passionnant de lire un tableau de David comme Le Marin assassiné en le reliant à la littérature ou aux gravures de l'époque. L'isolement est une forme d'appauvrissement de l'objet historique. C'est par le croisement que tout prend sens.

#chef d'œuvre indéboulonnable #David #Godard #Aboutdesouffle

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