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Le sens des humanités

44 min

Frédéric Worms s'entretient avec Heinz Wismann, philosophe et philologue.

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' Crédits : Mischa Keijser / Cultura Creative - AFP

L’humanité n’a de sens qu’au pluriel : les humanités, c’est-à-dire les langues, les styles, les textes où elle se partage. Ce ne sont pas des humanités étanches, des « identités », au contraire. Heinz Wismann connaît et défend ce sens des « humanités», dont on parle tant aujourd’hui. Il pense qu’une langue ancienne comme le grec, parce qu’elle ne se parle plus, nous apprend mieux encore le sens des choses humaines. Comme Germaine de Staël, Heinz Wismann circule entre l’allemand et le français : surpris comme elle qu’en allemand il faille attendre la fin de la phrase pour voir le sens surgir, tandis que le français l'anticipe, et se permet des interruptions. Toute une vie, tout un enseignement, toute une politique, toute une culture forgés à penser entre les langues.

Heinz Wismann : Le vagabond est celui qui quitte le lieu où il est chez lui et qui éprouve l'étrange fascination de l'ailleurs. Il quitte son lieu pour aller à la rencontre de la vraie vie. Le vagabondage est une forme de lâcher prise, qui crée une nouvelle disponibilité à ce qui arrive. Ce ne peut être simplement une errance, on s'attend à tout moment à rencontrer quelque chose qui réveille ce qu'on a déjà connu sans s'en apercevoir. Tout vagabondage véritable est un retour chez soi. Le déracinement absolu cela n'existe pas sans qu'il y ait perte absolue, de même un enracinement absolu est tout à fait néfaste dans la mesure où le développement est toujours un dépassement de nos racines. Cela ne veut pas dire qu'en s'éloignant de ce que l'on est au départ, on devient tout autre. Au contraire, je crois qu'en s'éloignant de ce que l'on est, on devient de plus en plus soi-même. 

#vagabondage autobiographique #bildung #Goethe

J'ai intitulé mon livre Penser entre les langues mais il ne faut pas comprendre ce "entre" comme un séjour possible. Quand on passe d'une langue à une autre, on est comme suspendu au-dessus du vide. Cette expérience extraordinaire qu'on peut appeler un déracinement, qui précède un ré-enracinement, c'est ce moment où le funambule passe d'un point fixe à un autre point fixe. Je vois les rapports entre les langues sous cette forme-là : toutes les langues ont besoin de funambules pour ne pas s'appauvrir peu à peu. Toutes nos langues européennes sont issues de traductions. Et ces traducteurs sont des vagabonds, qui partent d'un point fixe pour aller à un autre point fixe et pendant ce voyage se produit quelque chose qui est de l'ordre de la création, de l'invention, de l'enrichissement. Une langue va toujours être l'alliée de l'autre. Il ne faut pas jouer une langue contre une autre. C'est pour cela que pour moi la francophonie comprise comme défense de la langue française est une erreur. Toutes les langues de culture ont un destin commun et elles se fécondent sans cesse mutuellement. Mais lorsqu'une langue se replie sur elle-même, elle devient stérile.

#Couperin #Debussy #Germaine de Staël #Rousseau

Le choix musical d'Heinz Wismann est un extrait du lied "Der Erlkönig" (Le roi des Aulnes) de Schubert, interprété par Dietrich Fischer-Dieskau.

Bibliographie

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