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Construction du barrage Foz Tua dans la vallée du Douro au-dessus des vignobles classés au patrimoine mondial de l'humanité de l'Unesco

Dominique Bourg : "Je ne veux pas renoncer à tout ce que la modernité nous a apporté mais j’en appelle plutôt à une nouvelle modernité"

44 min

Frédéric Worms s'entretient avec Dominique Bourg, philosophe, professeur à l'Université de Lausanne (Institut des politiques territoriales et de l'environnement humain/Faculté des géosciences et de l'environnement).

Construction du barrage Foz Tua dans la vallée du Douro au-dessus des vignobles classés au patrimoine mondial de l'humanité de l'Unesco
Construction du barrage Foz Tua dans la vallée du Douro au-dessus des vignobles classés au patrimoine mondial de l'humanité de l'Unesco Crédits : Pierre JACQUES / Hemis - AFP

Ce qui est difficile à saisir dans les révolutions écologiques du moment, c’est le changement de regard sur le monde. Pour y parvenir, Dominique Bourg va au plus profond : ce qu’il appelle la spiritualité, envisagée sous deux aspects : le regard de l’homme sur le monde d’une part, l’idéal de l’homme dans le monde d’autre part. Sur le premier point, son diagnostic est radical : la modernité a réduit la Terre à une simple matérialité, et l’habitation du monde à la transformation de celui-ci, sur la base d’une coupure entre la matière et la forme, la nature et l’homme. Pour Dominique Bourg, ce système de pensée en train de s’écrouler aujourd’hui nous force à revenir à la contemplation et à l’habitation de la Terre. Mais alors quel idéal pour l’être humain? Non plus la surhumanité ni même la transhumanité. Une autre sagesse ? Ici, Dominique Bourg conserve un apport de la modernité : la démocratie, le pluralisme. Une seule Terre, mais plusieurs vies humaines, plusieurs sagesses. Radicalité tranchante d’un côté, ouverture et modestie de l’autre : telle est sa philosophie.

Recommençons à habiter la Terre !

Dominique Bourg : Le rapport de l’homme à la Terre a fini par engendrer un changement de la Terre elle-même, c’est ce que l’on appelle l’Anthropocène. Le titre de mon livre, Une nouvelle Terre, essaie de dire une ambivalence : le système Terre qui vient va être plus hostile au séjour des hommes. Mais en même temps, on peut imaginer qu’après les décennies qui viennent qui seront riches en soubresauts divers, on puisse retrouver une certaine forme d’équilibre et construire une société plus intéressante que celle que nous sommes en train de quitter. Il y a une « nouvelle Terre » qui change, et plutôt pour le pire, mais il y a aussi un nouveau rapport à la Terre qui pourrait émerger, pour le meilleur, une nouvelle manière de l’habiter, plus riche en sens, plus harmonieuse. Quant à la majuscule, c'est une question de grammaire : c’est un nom propre, une singularité. Et puis cela évite de confondre la terre au sens du sol et le système Terre. 

#refaire Terre

Je ne veux pas renoncer à tout ce que la modernité nous a apporté mais j’en appelle plutôt à une nouvelle modernité. Ce que je constate c’est l’échec de la modernité. L’idéal de Descartes/Bacon jusqu’à Hegel/Marx, d’une société apaisée où on reconnaîtrait chacun dans sa dignité, franchement on n’y est pas tout à fait ! Penser seulement la modernité par l’émancipation de la nature et la transformation du monde, c’est une voie qui nous a amenée aux difficultés qui sont les nôtres aujourd’hui.

#Hegel #Marx

Pour les peuples premiers, la spiritualité c’est l’harmonie avec la Terre, les éléments du paysage, les esprits. Se rapporter au donné et s’y rapporter correctement, c’est se réaliser. Pour nous autres modernes, le donné naturel n’a aucune valeur en lui-même, il n’a d’intérêt que pour autant qu’on puisse le transformer et l’exploiter. La Terre est une matière disponible pour une forme, à notre service. Les choses ne valent que pour autant que la société les transforme. Et mon accomplissement, c’est tout simplement la conformité à cette transformation qu’est la consommation. Consommer, consumer, ce sont les deux formes de spiritualité moderne. Et c’est là le fondement du degré de destructivité extraordinaire de notre modernité. 

#Descartes #Bacon #transhumanisme

Notre civilisation est devenue incapable de penser et de proposer des fins, elle n'est capable que d'organiser des moyens. Et si vous regardez le transhumanisme, ils n'ont aucune fin à proposer.

#CCNUCC 1992 article 3 

Le choix musical de Dominique Bourg est La prière de Georges Brassens.

Bibliographie

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Une nouvelle TerreDominique BourgDesclée de Brouwer, 2018

Intervenants
  • philosophe, professeur émérite à l’Institut de Géographie et de Durabilité à l’Université de Lausanne, directeur de la publication de la revue en ligne Lapenséeécologique.com
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