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La Vénus endormie de Paul Delvaux

Peut-on mourir apaisé ?

45 min
À retrouver dans l'émission

La France est un pays particulier qui remet régulièrement le débat sur les thèmes de la bioéthique avec pour conséquence possible une modification des lois. Aujourd’hui nous aborderons une question très importante : celle de la fin de vie. Nous en parlerons avec Didier Sicard.

La Vénus endormie de Paul Delvaux
La Vénus endormie de Paul Delvaux

En partenariat avec Le Quotidien du médecin

Le professeur Didier Sicard, professeur de médecine à l'université Paris Descartes, ancien chef de service de médecine interne à l'hôpital Cochin et président du Comité consultatif national d'éthique de 1999 à 2008, est aujourd’hui président d’honneur du CCNE.

L’importance de ce débat avec en filigrane le souci de défendre les plus vulnérables, les plus fragiles est le leitmotiv de notre invité, rapporteur de la loi sur la fin de vie en 2012.

Nous aborderons les trois attitudes face à la mort : l’euthanasie, c’est-à-dire le fait d’accepter la demande de celui qui souhaite quitter ce monde avec une aide médicale active (c’est ce qui est possible dans les pays du Bénélux), il y a également le suicide assisté tel qu’il se pratique en Suisse ou en Orégon (USA), dans cette pratique on met à la disposition du demandeur les produits létaux qu’il s’administre lui-même sans l’aide d’un médecin. Enfin, il existe aussi la sédation prolongée jusqu’au décès dans le cas où la souffrance est telle que les médecins décident d’agir, c’est la loi de 2016 en France.

Alors faut-il modifier cette loi alors que les mesures pour accompagner les patients en fin de vie ne sont pas encore en place sur notre territoire ? Les réflexions et les commentaires de Didier Sicard qui a été voir différentes situations en Europe nous seront précieux pour nous forger une conviction car chacun  d’entre nous ne manquera pas d’être concerné.

Les liens pour le sujet

Le rapport "Fin de vie" de Didier Sicard remis au Président de la République en 2012.

Article d'un collectif de 156 députés,  essentiellement issus de la majorité qui appelle à mieux encadrer les  droits et la liberté de mourir des personnes en fin de vie, intitulé
Euthanasie : « Il ­convient de donner aux malades en fin de vie la libre disposition de leur corps » (Le Monde Idées du 27 février 2018)

Réponse de Didier Sicard : Fin de vie : intégrisme ou modernisme ?

La tribune des 156 députés initiée par jean-Louis Touraine parue dans Le Monde du 28 février 2018 me surprend par la faiblesse de son argumentaire.

Bien sûr, l‘aide à mourir en fin de vie est une question importante longtemps négligée dans notre pays par des combats idéologiques antagonistes qui usent d ‘arguments épuisés : « la médecine ne doit pas donner la mort », « le choix de ma mort est un droit absolu qui m ‘appartient » etc.

La mort est un moment difficile pour tous les êtres humains et les personnages héroïques qui l‘affrontent directement non seulement ne sont pas légion mais ne doivent pas s‘ériger en modèles.

Dans ce message parlementaire trois confusions majeures m‘apparaissent.

- Première confusion entre euthanasie et suicide assisté. Le suicide assisté est l‘absorption volontaire par la personne d‘une substance létale. L‘euthanasie consiste en l‘injection par un médecin d’une autre substance qui entraîne la mort immédiatement. Il s‘agit de deux modes de mort différents. La Suisse par exemple continue de criminaliser l ‘euthanasie tout en permettant dans quelques cantons (7 sur 28) une assistance au suicide.

- Deuxième confusion. La sédation terminale en fin de vie n‘est pas une euthanasie. Son moment est celui de l’impasse thérapeutique absolue, à la demande du malade ou d‘un collège de médecins en cas d’ inconscience. Le médicament est très différent de ceux de l‘euthanasie. L ‘ endormissement est rapide , et la mort survient entre quelques heures et quelques jours après son usage, de façon très apaisée dans une atmosphère de sérénité de l‘entourage qui ne supporte pas légitimement de voir souffrir un être aimé.

- Troisième confusion : assimiler le droit à l‘euthanasie au droit à l‘avortement est irresponsable. La loi sur l‘avortement a sauvé la vie de milliers de femmes sans entraver leur liberté. Une loi sur l ‘euthanasie répondrait à quelques milliers de demandes qui relèvent peut être plus du suicide assisté que de l ‘euthanasie. Affirmer que la liberté des uns n‘entrave pas la liberté des autres me semble faire l ‘impasse sur ses conséquences pour les plus vulnérables dans une société qui se veut solidaire.

La sédation inscrite dans la loi répond à l' immense majorité des cas (elle aurait été la réponse par exemple pour Chantal Sébire).

Ainsi une loi sur l‘euthanasie que je différencie du suicide assisté situation sur laquelle des ouvertures me semblent possible ( comme en Oregon par exemple) aurait pour conséquence de mettre en danger ou d‘effrayer un certain nombre de personnes fragiles, vulnérables, qui comprennent mal la liberté offerte : personnes âgées( dont on ne peut dire que notre pays leur accorde une fin de vie digne), infirmes moteurs cérébraux (qui répètent à l‘envi qu‘ils sont heureux de vivre malgré notre jugement dévastateur) ,personnes étrangères immigrées vieillissantes peu habituées à cette culture radicale que serait l ‘euthanasie. L ‘ensemble de ces personnes vulnérables veulent bien mourir mais pas qu‘on les tue !

Qu‘un débat serein sur la fin de vie s‘ouvre ou se réouvre, c‘est nécessaire. Mais plût au ciel que la réflexion en profondeur dénuée d ‘intégrisme et de militantisme soit au rendez-vous !

Un article du Monde de la juriste Johanne Saison, qui  dénonce les inégalités dans la prise en charge des patients. « Faire de l’accompagnement de la fin de vie une grande cause nationale ». Continuer  à opposer le suicide assisté aux soins palliatifs n’est plus tenable,  estime, dans cette tribune la juriste.

  • Choix musical de notre invité

"So long Marianne" de Leonard Cohen (CBS  69161).

Intervenants
  • Médecin, ancien président du Comité consultatif national d’éthique, professeur émérite de médecine à l’Université Paris Descartes.
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