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Le corps à corps homme/machine, un fantasme sans cesse renouvelé ? Illustration extraite du film L'Etoffe des héros de Philip Kaufman (1983) d'après la vie de Chuck Yeager, premier aviateur à avoir franchi le mur du son.

Comment la terre chatouillée par les technologies devient imprévisible

43 min

Serge Tisseron s'entretient avec Gérard Dubey, sociologue, professeur à Telecom Ecole de Management (Institut Mines-Telecom).

Le corps à corps homme/machine, un fantasme sans cesse renouvelé ? Illustration extraite du film L'Etoffe des héros de Philip Kaufman (1983) d'après la vie de Chuck Yeager, premier aviateur à avoir franchi le mur du son.
Le corps à corps homme/machine, un fantasme sans cesse renouvelé ? Illustration extraite du film L'Etoffe des héros de Philip Kaufman (1983) d'après la vie de Chuck Yeager, premier aviateur à avoir franchi le mur du son. Crédits : Collection Cinema / Photo12 - AFP

Le concept d’anthropocène a été proposé par Paul Crutzen il y a une dizaine d’années. Son originalité ne réside pas dans le fait que l’activité humaine change le monde, puisque cela était déjà envisagé dès le XIXe siècle, mais que l’humanité est la force géologique de notre époque. Une autre vision de la Terre apparaît et se propage : non plus une terre passive que l’être humain aurait pour mission de conquérir, mais une terre indocile, indomptable, imprévisible, bref beaucoup plus ouverte aux désordres que ce que nous l’imaginions. Avec l’entrée dans l’Anthropocène, l’être humain prend conscience que la terre et la nature ne sont pas constantes et éternelles, mais sujettes à de brusques sursauts, et que ceux-ci peuvent être liés à l’activité humaine. La Terre est devenue « chatouilleuse » selon la belle expression d'Isabelle Stengers.

Gérard Dubey : Pour essayer de répondre aux inconvénients  de l’Anthropocène, on voit fleurir une multitude de projets, parfois  très coûteux : envoyer du soufre dans la stratosphère, réintroduire du  plancton dans les océans, etc. Mais la réponse  est toujours technologique. Les réponses technologiques avancées pour  résoudre les problèmes auxquels nous confronte cette ère anthropocène  relèvent des mêmes architectures techno-organisationnelles qui ont  considérablement impacté la planète depuis le 19e  siècle. Donc ces « solutions » sont assez finalement proches du mal que  l’on cherche à circonscrire ! Peut-être faut-il arrêter de penser en  termes de solutionnisme technologique à la manière des ingénieurs ? Il  ne s’agit pas résoudre des problèmes simples  et techniques. On sait bien qu’il y a une très grande interdépendance.  Pour moi, la question centrale nous oriente vers les conceptions du  temps, les temporalités qui se trouvent sous le phénomène anthropocène  et qui nous permettraient de trouver sinon des  issues, en tout cas d’imaginer des bifurcations.

# Thomas Parke Hugues #Saint Simon #Saint Simon #Chuck Yeager

Aux sources de l’Anthropocène, il y a  le processus d’industrialisation. Cette surveillance et ce contrôle du  travail et de la vie des ouvriers ont été introduits par l’usine  paternaliste et sa forme de philanthropisme un  peu cynique. Avec les usines-villes de l’industrie sidérurgique par  exemple, il s’agissait avant tout de fixer les ouvriers. Les conditions  de travail aussi bien physiques que morales étaient tellement délétères  et dures qu’on assistait à un turn over formidable. Permettre aux ouvriers de disposer d’une  maisonnette avec un petit jardin qui pouvait rappeler les anciennes  structures de la communauté villageoise c’était une manière de les  fidéliser, de les fixer. Aujourd’hui, on n’est pas sortis  de cet objectif de cette surveillance, de ce contrôle. II y a tout un  discours qui consiste à dire que nous sommes déjà passés dans une phase  société post-industrielle mais je pense au contraire qu’on n’est pas  sorti du taylorisme, du fordisme. Ces structures-là  continuent de vivre, de se transformer pour s’adapter aux nouvelles  réalités de la vie contemporaine.

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Le choix musical de Gérard Dubey est le Clair de lune de Debussy, interprété au piano par Katia Buniatishvili.

Intervenants
  • sociologue, professseur à Telecom Ecole de Management (Institut Mines-Telecom).
L'équipe
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