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Épisode 2 :

L’élevage est une relation morale

44 min
À retrouver dans l'émission

Quels liens entre nous, animaux et humains, dans notre vie partagée, de l’élevage à l’industrie, l’alimentation, et jusqu’à la question de la mort ? Nous en parlons ce soir avec Jocelyne Porcher, sociologue et zootechnicienne française, directrice de recherches à l'INRA.

Crédits : © picture alliance - Getty

Jocelyne Porcher est une voix singulière dans le débat sur l’animal et l’humain. Sociologue et zootechnicienne française et directrice de recherches à l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), elle est aussi  l'auteure de Cause animale, cause du capital (Le Bord de l’eau, 2019).

Elle a toujours critiqué l’industrialisation des relations entre les humains et les animaux, qui fait de ces derniers des produits, des objets, sans subjectivité, sans vie ni mort assumées. Mais voici que le débat s’est inversé et que l’élevage qu’elle défend depuis toujours est à son tour critiqué. Il comporte une différence assumée mais aussi une relation profonde, subjective, presque personnelle. Il va jusqu’à la mort et la consommation, mais avec encore une relation jusque dans ces actes ultimes et assumés. La voici critiquée de l’autre côté pour ne pas aller assez loin dans la défense des animaux. Mais sa position, qui n’a pas changée, est simple et profonde : l’élevage est une relation morale, et même un modèle des relations morales, y compris pour certains aspects de la vie humaine.

Il y a une rupture radicale générée par le capitalisme industriel au XIXe siècle, et par la naissance de la zootechnie, que l’on appelle aujourd’hui « élevage industriel », ce qui constitue un oxymore.

On travaille avec les animaux pour gagner sa vie, il y a de la rationalité morale et esthétique : on veut de beaux animaux, etc, mais depuis le système industriel du XIXe siècle et la zootechnie, la seule rationalité est le profit. Il y a un réel rétrécissement de la relation entre l’humain et l’animal.

Si le système industriel est un outil mortuaire, cruel et violent, l’élevage est quant à lui un métier de la vie, avec pour objectif une existence partagée avec les animaux, et ancrée dans la nature.

J’ai constaté à travers mes entretiens avec des éleveurs, que l’analogie qui revient le plus souvent, est celle avec l’école. L’élevage est une éducation, un rapport d’autorité et un enrichissement mutuel. C’est un agrandissement de l’humain dans sa relation avec un animal qu’il « élève », qu’il porte d’un point A à un point B.

Nous ne sommes rien sans les animaux. Nous n’existons pas sans eux. Nous sommes humains « avec » les animaux. Ce qui est terrible aujourd’hui, c’est le manque d’anticipation sur ce que signifie « être humain » sans les animaux.

>>> Extrait musical choisi par l'invitée : "Oural Ouralou" de Jean Ferrat.

Intervenants
  • Sociologue et directrice de recherche à l'INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement)
L'équipe
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