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Europe et Afrique observées à la loupe sur un planisphère
Épisode 2 :

Une idée africaine de L’Europe

44 min
À retrouver dans l'émission

L’Europe ce n’est pas un fait, géographique ou juridique, un « continent » ou des institutions. C’est d’abord une idée, ou plutôt : plus d’une idée. Idées qui entrent en conflit, souvent implicitement, ouvrent sur l’avenir, sur le passé, sur le monde. Ce soir avec Salim Abdelmadjid.

Europe et Afrique observées à la loupe sur un planisphère
Europe et Afrique observées à la loupe sur un planisphère Crédits : ugurhan - Getty

On croit que l’Europe peut se construire avec ses différences internes en s’opposant à tout ce qui est à l’extérieur d’elle, l’Afrique par exemple et, plus largement, le monde. Salim Abdelmadjid, philosophe, auteur d’une thèse remarquée sur Le concept d’Afrique, a coordonné un volume majeur d’études diverses pour montrer pourquoi cela est impossible. La « crise des crises », des réfugiés et des migrants, le montre avec évidence : tout refus de s’inscrire dans le monde et de le construire, toute barrière extérieure engendrera aussi des conflits et des exclusions intérieures et menace de faire exploser l’Europe. Ainsi, il n’y a pas le choix, il faut accepter la relation aux autres, le point de vue des autres, la construction d’un monde commun, pour permettre la constitution de l’Europe et, en elle, de chacun des peuples et chacune ou chacun d’entre nous.

De même que pour se connaître soi-même on a besoin du regard des autres, les Européens et les Européennes, pour comprendre leur situation et les crises qui caractérisent l'Europe, ont aussi besoin du regard des dehors : du regard africain, du regard indien, et de tous les regards imaginables. 

La question est de savoir comment l'Europe peut surmonter des rapports de domination qui l'ont aliénée elle aussi. 

La crise des crises (réfugiés) est l'épreuve révélatrice de ce qu'on appelle et appellera Europe. Ce qui manifeste éminemment la mort sans secours de ces femmes, de ces hommes et ces enfants, c'est la contradiction qu'il y a entre le concept de monde, qui suppose son unité, et la réalité de ce monde, c'est-à-dire sa scission, qui est révélée par la frontière que nous pouvons tracer de Tijuana au Bosphore, en passant par Gibraltar, qui devient mortelle et qui manifeste l'inexistence du monde. 

Frontière USA/MEXIQUE à Tijuana, Mexico.
Frontière USA/MEXIQUE à Tijuana, Mexico. Crédits : Mario Tama - Getty

Cette manière, auto-immune, de faire : se diviser, se détruire, là ou l'unité est possible, est récurrente dans l'histoire de l'Europe [...]Sans doute qu'Auschwitz est le nom de l'autodestruction de l'Europe dans son histoire. Le moment à partir duquel il n'est évidemment plus possible de penser que l'Europe peut être le nom de l'universel. 

Extrait musical : Refugees for Refugees (Hussein Rassim) - Amerli

Pour en savoir plus

--> Salim Abdelmadjid 

--> Sa thèse : Un concept d'Afrique

--> La revue Noesis, 30-31, Europe

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