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Devenons-nous plus violents ?
Épisode 1 :

Une crise de gouvernementalité ?

44 min
À retrouver dans l'émission

Pour ouvrir cette série en trois épisodes sur la violence, rencontre avec Jean-Claude Monod, philosophe, chargé de recherches au CNRS, professeur de philosophie à l’École normale supérieure et cinéaste.

L'art de ne pas être trop gouverné...
L'art de ne pas être trop gouverné... Crédits : © THEPALMER / Coll. E+ - Getty

Peut-être sommes-nous en train de vivre ce que Michel Foucault appelait une « crise de gouvernementalité », c’est-à-dire à une transformation profonde des moyens, de l’espace et des formes par lesquelles les conduites humaines sont organisées ? Peut-être est-on en train de vivre une désymbolisation qui prendrait son origine très loin, dans la Réforme, et peut-être au-delà, et qui se traduirait par un ensauvagement de la démocratie ? Deviendrions-nous plus violents ? Discussion avec Jean-Claude Monod, philosophe, chargé de recherches au CNRS, professeur de philosophie à l’École normale supérieure, chercheur aux Archives Husserl (CNRS) et cinéaste.

La violence est un concept ambivalent. On peut essayer quand même de le délimiter en disant que c'est une forme d'action par laquelle un être libre, ou un groupe, tente d'agir sur la volonté d'un autre être, ou d'un autre groupe, pour le contraindre dans une certaine direction ou pour profiter de lui, l'exploiter, ou simplement, orienter son action.

L'État est le seul qui peut dire qu'il exerce la violence au nom, justement, de la loi. On dit : " au nom de la loi, je vous arrête ". Aucun autre groupe ne peut prétendre exercer la violence au nom de la loi.

L'Etat moderne s'est imposé pour mettre fin à des guerres civiles extrêmes entre des ennemis absolus, c'est-à-dire les ennemis religieux confessionnels. Il s'est imposé comme l'instance tierce capable justement de faire régner ce qu'on appelle la paix de religion, [...] comme une instance souveraine, mais qui va se faire respecter par les différentes confessions.

La non-violence entretenait un rapport à la violence tout à fait explicite. On trouve, chez Martin Luther King, l'idée que la non-violence recueille la vérité à la fois de la violence et du consentement, c'est-à-dire qu'elle maintient la possibilité de la violence pour contester un ordre injuste. Mais elle préférera toujours la non-violence.

Les libéraux du 18è siècle ont combattu les pouvoirs de l'État excessif, mais il y a aujourd'hui des pouvoirs énormes, les GAFA, des pouvoirs qui orientent notre comportement jusque dans le détail de notre vie et de notre intimité, et qu'il faut penser comment combattre cette domination économique et aussi d'ailleurs, sur le plan de la dévastation écologique.

Extrait musical choisi par l'invité : " Ain't got no - I got life " par Nina Simone - Album : "Black gold (live) - 1970 - Label : RCA/Legacy.

Pour aller plus loin

Page wikipédia de Jean-Claude Monod

Bibliographie et publications de Jean-Claude Monod (Cairn.info)

Jean-Claude Monod parle de son dernier livre " L'art de ne pas être trop gouverné " (vidéo)

Emission enregistrée le 13 mars 2020.

Intervenants
  • Philosophe, chargé de recherches au CNRS, professeur de philosophie à l’École normale supérieure, chercheur aux Archives Husserl (CNRS), cinéaste
L'équipe
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