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Devenons-nous plus violents ?
Épisode 2 :

L’hypothèse de dé-civilisation

43 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir, suite de notre série (3 épisodes) sur la violence, avec Hamit Bozarslan, historien et politologue, directeur de recherche à l’EHESS, spécialiste du Moyen-Orient, de la Turquie et de la question kurde.

Plaque en marbre de la place Ibn Khaldoun
Plaque en marbre de la place Ibn Khaldoun Crédits : © Godong / Universal Images Group - Getty

Si l’avenir nous paraît imprévisible, notre temps doit peut-être trouver ses références dans l’histoire, y compris chez des historiens très anciens comme Thucydide ou Ibn Khaldun. Ces auteurs nous montrent en effet comment les civilisations naissent, vivent et déclinent. Non sans soubresauts violents. Antoine Garapon s'entretient avec Hamit Bozarslan, historien et politologue, directeur de recherche à l’EHESS (Laboratoire CETOBaC), spécialiste du Moyen-Orient, de la Turquie et de la question kurde.

Chez Ibn Khaldoun, la société, l'État, le pouvoir et la civilisation se construisent au cours d'un même processus, mais leur destruction a lieu également au cours d'un même processus. La fin de la civilisation n'est absolument pas une fatalité. C'est tout simplement parce que le confort dans lequel l'on se trouve mais aussi l'incapacité de se penser dans le temps, de se projeter dans l'avenir provoque aussi la chute de la civilisation. 

Ibn Khaldoun est très clair sur un point : la civilisation apporte le confort et signifie la confiance.  La confiance dans le temps : le temps passé a un sens et le temps à venir aura un sens aussi. La confiance dans l'espace : la mobilité est permise et maîtrisée. La confiance dans les institutions : je peux sortir dans la rue sans être armé, parce que les institutions me protègent. Donc, sans confiance, la civilisation n'existe pas. Quand la civilisation décline, c'est aussi la fin de la confiance.

Ibn Khaldoun montrait déjà que l'homme civilisé était fragile parce que la société est fragile. Pourquoi l'homme civilisé ou la société civilisée est fragile ? Ibn Khaldoun dit que payer des impôts, c'est l'humiliation. Aller à l'école est humiliant. Avoir un maître est humiliant. Et en même temps, c'est la condition aussi pour que je puisse exister dans la société en tant que citoyen.

La cité démocratique ne peut pas se permettre de devenir le théâtre de la violence. La cité démocratique est le fruit de la violence, mais ce n'est pas parce qu'on est le fruit de la violence que l'on peut recommencer l'expérience de la violence pour transformer la cité.

Extrait musical choisi par l'invité : Chant élégie kurde " Ahmedo Roni" interprété par Nizamettin Ariç.

Pour aller plus loin 

Page d'Hamit Bozarslan (site du CETOBaC : Centre d'Etudes Turques, Ottomanes, Balkaniques et Centrasiatiques / EHESS).

Page wikipédia d'Hamit Bozarslan.

Bibliographie et publications d'Hamit Bozarslan (Cairn.info).

Page wikipédia d'Ibn Khaldun

Emission enregistrée le 12 mars 2020.

Intervenants
  • Docteur en histoire et en sciences politiques, directeur d’études à l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS)
L'équipe
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