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Au Guatemala, des passants devant un magasin au moment du second crash
Épisode 5 :

Le roman critique de la modernité

44 min
À retrouver dans l'émission

« Face au présent », c'est le thème retenu pour l'édition 2019 de La nuit des idées qui avait lieu hier soir partout dans le monde à l'initiative de l'Institut français. Ce soir, l'auteure Fanny Taillandier nous met face au présent "par les écrans du monde".

Au Guatemala, des passants devant un magasin au moment du second crash
Au Guatemala, des passants devant un magasin au moment du second crash Crédits : Andrea Nietto - Getty

Peut-on voir le présent en face, où sommes-nous condamnés à ne percevoir le monde qu’à travers ses écrans?  Par les écrans du monde est le titre du puissant roman de Fanny Taillandier, qui s’y fait, comme dans ses précédents livres, archéologue des ruines de nos utopies. Avec elle, on parle des tours qui tombent et des villes qui s’étalent, des images qui sidèrent et des moyens de donner voix à la complexité.

Ce qui m’intéresse dans la littérature, qui s’oppose en ce sens à toutes les autres formes de discours, c’est qu’elle permet de soulever les sens et d’en faire surgir des questions.

Flaubert ne donne jamais de réponse. Je viens de relire L’Éducation sentimentale : il n’y a aucune façon de savoir ce que Flaubert pense. Il avait bien évidemment des a priori propres à son temps, mais son point de vue est suspendu. La littérature est une question, jamais une réponse.

Je n’arrive pas à comprendre comment les gens font pour être aussi sûrs d’eux, il me semble que c’est plus compliqué que ça. Le monde, la vie, l’humain sont remplis de contradictions. Cela n’empêche pas d’avoir des valeurs et des convictions, mais la condition humaine se heurte toujours à une difficulté à lire le présent. Ce qui ne veut pas dire que nous sommes condamnés à l’impuissance : nous sommes condamnés à vivre.

  • « Par les écrans du monde »

Dans Par les écrans du monde, Fanny Taillandier relit les attentats du 11-Septembre selon le regard d'une mathématicienne travaillant à calculer les risques dans une compagnie mondiale d’assurances dont le siège est au World Trade Center et d'un vétéran de l’US Air Force à la tête de la sécurité à l’aéroport de Boston.

Ce qui me paraît frappant avec ces images, c’est qu’on les reconnaît avant même de les connaître – comme si elles sortaient d’une culture hollywoodienne, et en même temps elles ne peuvent pas faire sens. Elles ont la grammaire de la modernité : les gratte-ciels, les avions, la ville comme espace nodal dans un réseau mondial… Mais il n’y a aucune raison logique pour qu’un avion s’écrase dans une tour. En ça, les terroristes ont mis le point final au film catastrophe.

Les attentats du 13 novembre m’ont permis de comprendre que je ne pouvais pas mettre sur le même plan, comme j’avais l’ambition de le faire, un terroriste et une victime du terrorisme. Il y a des choses qui sont différentes, et il y a des choses qu’il faut ressentir pour le savoir. Je ne pouvais pas arriver avec un livre sur le 11-Septembre ayant la prétention d’expliquer aux américains le pourquoi des attentats, maintenant que moi-même j’avais vu ce que ça pouvait faire de ressentir cette peur-là.

  • « Les États et empires du lotissement Grand-Siècle »

Dans cet ouvrage paru aux PUF en 2016, Fanny Taillandier fait se rencontrer des nomades venus du futur avec des habitants de lotissements pavillonnaires, jadis rêves d'une maison à soi, aujourd'hui repoussoir absolu. Un roman qui résonne avec l'actualité et notamment le mouvement des Gilets Jaunes, très présent dans la "France des ronds-points".

Ce que je trouve frappant avec les ronds-points, c’est que quand on regarde leur histoire, ils sont la marque du pouvoir royal. Ils sont intimement liés à la pratique aristocratique de la chasse, et à une affirmation par l’aménagement d’une maîtrise absolue de l’espace sauvage de la forêt. Aujourd’hui, ils ont envahi la France.

Les détracteurs des lotissements et des pavillons disent que ce n’est pas écologique, que ça témoigne d’un repli sur soi individualiste… D’un autre côté, les gens recherchent ce genre d’habitat, car les politiques de remembrement et de modification violente de l’agriculture qui ont poussé des gens à l’exode : une fois qu’on a été déraciné, on aspire à avoir son propre carré de terre. En même temps, ce rêve alimente le marché de la construction, donc celui des crédits bancaires, donc il est encouragé par l’État, qui va ensuite accuser les habitants d’utiliser trop de gasoil… Rien n’est manichéen, c’est un champ de force.

Extrait musical choisi par l'invitée : Ballad of a dead soulja de Tupac

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