LE DIRECT
Épisode 2 :

Qu’est-ce que “ chercher “ ?

43 min
À retrouver dans l'émission

Suite de notre série autour de la science et de la recherche, avec, ce soir Alice Lebreton, chercheuse en biologie moléculaire et microbiologiste, chef d’équipe à l’Institut de Biologie de l’École Normale Supérieure (IBENS), chargée de recherche à l'INRAE.

Crédits : © Image Source - Getty

Une biologiste, Alice Lebreton, nous ouvre la porte de son laboratoire, le « groupe Infection et Devenir de l’ARN » de l’ENS de Paris. On y rencontre des hasards heureux et des espoirs déçus, les lourdeurs administratives et le désir de transmettre, et aussi la recherche comme art de se ménager des surprises. 

Emission enregistrée le 3 mars 2020. 

En raison des circonstances actuelles de nécessité de confinement, cette série ne compte que quatre émissions. Avec nos excuses pour ce désagrément.

Je savais que je voulais être scientifique. Je savais que j'avais cette curiosité qui me donnait envie d'aller vers la recherche. Et en faisant mes études, je suis tombée complètement amoureuse de la biologie moléculaire, essayer de comprendre comment les molécules agissaient entre elles, ça me passionnait. Et là où la biologie moléculaire s'exprimait le mieux, pour moi, c'était en microbiologie.

C'est un peu compliqué d'expliquer ce que je fais. Quand c'est une grande tante, une amie en général, je commence par dire que je suis biologiste. [...] Éventuellement, j'avoue que je suis biochimiste ou microbiologiste. Et puis, en fonction de l'enthousiasme que ça déclenche, je peux continuer à essayer d'expliquer mes travaux qui sont des travaux relativement fondamentaux.  C'est rare que je rentre dans le détail...

Ma passion, j'essaie de l'exprimer en parlant de la recherche des autres. Et c'est peut-être beaucoup plus facile de parler de la recherche des autres que de parler de la sienne. [...] C'est un exercice extrêmement difficile que d'essayer de faire comprendre la science. [...] Je ne suis pas sûre que ce soit de plus en plus difficile. Ce n'est pas parce que la recherche avance qu'elle est plus difficile à vulgariser qu'avant.

Même si on aime la science, on a toujours l'angoisse sur l'avenir des précaires qui travaillent avec nous. Nous-mêmes, nous avons notre poste, au pire mon équipe ferme, ce n'est pas très grave. Par contre, les jeunes que l'on accompagne, si on ne les emmène pas à une publication, c'est leur avenir dans la recherche que l'on sacrifie.

Ce sont les jeunes chercheurs qui souffrent le plus parce que ce sont eux qui ne sont pas encore entrés dans le métier. Leur précarité, elle est double, puisque le chercheur a de toute façon une précarité intrinsèque, qui est qu'il est face à l'inconnu, qu'il ne sait pas ce qu'il va trouver, mais ça, il l'intègre. Par contre, si on lui rajoute une deuxième précarité, qui est de trouver quelque chose qui est inconnu dans un temps imparti, avec un financement limité et qu'en plus, on le met à la porte après, ça finit par faire un petit peu trop. Donc, je comprends qu'un certain nombre de jeunes chercheurs lâchent l'affaire.

Une grande partie de la société a une vision de la science que dans sa portion utilitaire, comme la science génératrice d'innovation qui va donner des technologies qui vont nous être tout de suite utiles, [...] alors que le versant de la science, qui est de comprendre, n'est pas forcément directement d'innover (par exemple, les sciences humaines). Si on ne voit plus que cette partie-là de la science, on finit par en attendre qu'elle réponde directement à tous nos problèmes de société et qu'elle apporte une réponse unique alors que nos problèmes de société, en général, sont extrêmement complexes.

Extrait musical choisi par l'invitée : "Le combat ordinaire" par le groupe Les Fatals picards - Album : "le sens de la gravité" (2009).

>>> CV d'Alice Lebreton

>>> Article d’Alexandre Yersin évoqué dans l’émission

>>> Page web de l'équipe à l’Institut de Biologie de l’École Normale Supérieure (IBENS) et leur page twitter

>>> Chroniques d'Alice Lebreton publiées dans Le Monde

Sur le fil twitter : un Moment sur La Peste et le personnage de Yersin et un Moment consacré à différents sujets sur les épidémies.

Intervenants
  • chercheuse en biologie moléculaire et microbiologiste, chef d’équipe à l’Institut de Biologie de l’École Normale Supérieure (IBENS), chargée de recherche à l’INRAE.
L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......