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Épisode 4 :

Le chercheur n’est pas un être programmable

43 min
À retrouver dans l'émission

Pour clore notre série "Il faut défendre la science", ce soir, nous recevons Alain Supiot, professeur émérite au Collège de France, juriste, spécialiste du droit du travail, de la sécurité sociale et de philosophie du droit.

Alain Supiot, professeur émérite au Collège de France.
Alain Supiot, professeur émérite au Collège de France. Crédits : © Stephane Grangier - Corbis - Getty

Penseur de l’Etat social, de la mondialisation et du droit du travail, Alain Supiot analyse, en juriste, cette « gouvernance par les nombres » qui s’est saisi de la politique de la recherche, partant en quête des origines intellectuelles de l’idée même de programmation. 

Emission enregistrée le 11 mars 2020.

En raison des circonstances actuelles de nécessité de confinement, cette série ne compte que quatre émissions. Avec nos excuses pour ce désagrément.

Le propre du travail de la recherche est de faire surgir du neuf et de l'inattendu. Si l'on subordonne le financement de la recherche au fait de dire exactement où l'on va arriver, ça, on peut le faire pour un ingénieur à qui on va demander de construire un pont parce qu'il peut dessiner le pont à l'avance, mais le doctorant qui se lance dans sa thèse, lui, il balise un champ de recherche et l'on ne saura ce qui va en sortir qu'à la fin de sa thèse. Ça repose d'abord sur une confiance dans les capacités de l'intéressé.

Lorsqu'on voit un si grand nombre de jeunes gens si doués, qui font des travaux remarquables, et qui se pressent à trois cents autour de trois ou quatre postes (statutaires) où ils seront payés deux mille euros par mois, c'est-à-dire à des niveaux sensiblement inférieurs à ce qui se fait dans d'autres pays, on comprend en quoi le statut garantit la liberté de recherche.

Je comprends et j'apprécie l'espèce de réaction presque viscérale de jeunes chercheurs français qui rentrent dans cette carrière non pas pour faire fortune (ils savent qu'ils ne feront pas fortune) mais pour pouvoir aller au bout de ce qu'ils ont envie de faire par eux-mêmes, de leurs idées, que l'on enferme dans des systèmes de classement et de course à la gouvernance, qui sont tentés de prendre la fuite (à l'étranger).

Là, l'expérience des épidémies montre que le repliement est une impasse. Et dans le même temps, cette impasse est l'une des raisons de l'épidémie. [...] Je pense qu'il serait bon d'emprunter cette espèce de chemin de crête qui évite d'avoir à choisir entre les béats du néo-libéralisme globalisateur, et les apôtres du repliement national. 

Extrait musical choisi par l'invité : Motet "O qui coeli tarraeque" Aria de Vivaldi interprété par Karina Gauvin - Album : Motets for Soprano (2005) - Label : Analekta.

>>> Pages du Collège de France d'Alain Supiot

Texte intégral de la leçon inaugurale prononcée par le Pr Alain Supiot (29/11/2012 au Collège de France). 

Vidéo de la leçon inaugurale (29/11/2012 au Collège de France).

Vidéo La crise actuelle est d’abord une crise des institutions - Alain Supiot dans le cadre de la série des entretiens du Collège de France. (2013).

Vidéo Il faut repenser le concept d’Etat social - Alain Supiot dans le cadre de la série des entretiens du Collège de France. (2015).

Vidéo de la leçon de clôture Le travail au XXIe siècle : Droit, techniques, écoumène prononcée par le Pr Alain Supiot (22/05/2019). 

>>> Page de l'Institut d'études avancées de Nantes, fondé par Alain Supiot.

>>> Vidéo d'introduction de "la gouvernance par les nombres" avec Alain Supiot (février 2017).

>>> Page sur Alfred Fouillée, philosophe (évoqué dans l'émission).

>>> Page wikipédia de Simone Weil, philosophe (évoqué dans l'émission).

Intervenants
  • Juriste, docteur honoris causae, professeur émérite au Collège de France
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