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Mats d'un voilier et drapeau de pirate
Épisode 3 :

L’entreprise est-elle une organisation pirate ?

44 min
À retrouver dans l'émission

Le pirate a généré, au fil de l’histoire, un grand nombre de représentations. On l’a affublé des qualificatifs les plus divers : "ennemi de tous", "ennemi du genre humain", "ennemi injuste", sans jamais réussir à le disqualifier définitivement. Ce soir, avec Rodolphe Durand, professeur à HEC.

Réunion d'affaires
Réunion d'affaires Crédits : Getty

L’éthique protestante de la prise peut justifier autant une attitude frugale, communautaire voire communiste qu’un désir effréné d’accumulation qui est l’un des moteurs du capitalisme. N’y a-t-il pas un fond pirate dans l’idée même d’entreprise ?

On en parle ce soir avec Rodolphe Durand, professeur à HEC.

L’Espagne va exploiter les ressources en Amérique latine. Les pirates vont attaquer les galions espagnols et rappeler par ce fait que la mer appartient à tout le monde, et qu’un État ne peut revendiquer l’appartenance d’une route maritime. En cela, le pirate légitime son pillage. Ils disent : « nous, volant des voleurs, on ne vole personne ».

Il y a une mainmise de l’État pour déterminer des territoires sur lesquels des organisations étatiques – comme la Compagnie des Indes Orientales pour l’Amérique latine ou la BBC pour les ondes – vont pouvoir exploiter des ressources nouvelles. L’organisation pirate est l’entreprise qui conteste ce monopole.

Il y a une contestation du légal, codifié par l’État, par rapport à ce qui est légitime, revendiqué par les pirates. N'est-ce pas légitime de diffuser du rock'n'roll au début des années 1960 alors que la BBC y est réfractaire ? N'est-ce pas légitime de contester le droit d'appropriation par certains États des ressources naturelles de la Lune ?

L’organisation pirate est vouée à disparaître. Soit elle est anarchique, avant-gardiste, elle a tort par rapport aux règles imposées par l’État et ne parvient pas à mobiliser les ressources pour justifier sa légitimité, et alors les États ne codifient pas, et elle disparaît. Soit elle a raison, elle convainc, et alors le profit illégitime disparaît au profit d’une nouvelle codification de l’État, et alors elle n’a plus de raison d’être.

La principale différence entre l’après-guerre et aujourd’hui, c’est qu’au niveau professionnel on restait longtemps dans une même profession ou institution. Aujourd’hui, l’accélération de la création et de la disparition des entreprises, l’obsolescence de leurs produits ou encore l’innovation font que nous avons un monde en pleine dislocation. Notre concret tombe en pièces, et notre identité aussi est faite de multiples appartenances.

Dire que les millenials (jeunes nés à la fin du siècle) sont l’espoir du monde qui vient, c’est leur donner beaucoup de responsabilités, et se dédouaner injustement des nôtres.

Extrait musical choisi par l'invité : Le Chant des partisans, dans la version d'Yves Montand.

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