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Des Serbes de Croatie embarquent à bord de bus de l'ONU transportant des civils serbes et des prisonniers libérés de Bosnie, le 9 mai 1995 à Pakrac, dans l'est de la Croatie.
Épisode 1 :

L’humanitaire peut-il tenir lieu de politique ?

43 min
À retrouver dans l'émission

La chute du Mur a consacré la victoire de la démocratie et donc du droit. Mais celle-ci pourrait bien être une victoire à la Pyrrhus tant elle semble s’être retournée en son contraire.

Des Serbes de Croatie embarquent à bord de bus de l'ONU transportant des civils serbes et des prisonniers libérés de Bosnie, le 9 mai 1995 à Pakrac, dans l'est de la Croatie.
Des Serbes de Croatie embarquent à bord de bus de l'ONU transportant des civils serbes et des prisonniers libérés de Bosnie, le 9 mai 1995 à Pakrac, dans l'est de la Croatie. Crédits : © Joël Robine - AFP

L’idée d’intervention humanitaire consiste à faire passer la protection des corps avant toute autre considération. Mais alors que cette idée avait partie liée à une politique, elle s’en est progressivement détachée, au point de prétendre tenir lieu de politique. Bernard Kouchner est un témoin privilégié de cette mutation à laquelle il a tenté de résister. Cofondateur de Médecins sans frontières (MSF) et de Médecins du monde (MDM), ancien ministre et ancien Haut-représentant du Secrétariat général des Nations-Unies au Kosovo, il est avec nous ce soir pour en parler.

On n’attendait pas la chute du Mur. On pouvait supputer qu’un jour toute cette construction rigide oppressive s’écoulerait, mais personne n’y pensait en réalité. Personne.

Les progressistes, dont j’étais et dont je suis encore, ne pensaient pas à la tristesse et aux conditions de souffrance de tous ces millions de personnes qui habitaient derrière le  rideau de fer. L’expression « rideau de fer » était violente, mais ça nous semblait normal.

A ce moment-là, à la fin des années 1980, la grosse erreur de la gauche et des progressistes a été d’avoir amalgamé le communisme et le socialisme. […] La gauche était possible parce qu’il y avait cette première alliance. Une mésalliance totale à mes yeux, mais politiquement indispensable si l’on voulait prendre le pouvoir en France.

Quand j’ai vu le nombre de morts en Mer Méditerranée, "Mare nostrum", j’ai pensé que l’Union européenne était foutue parce que s’il n’y a pas cette solidarité élémentaire, que reste-t-il de l’Europe ? Nous assistons au triomphe du nationalisme et des défenses parcellaires, et à l’effondrement des droits de l’Homme.

Extrait musical choisi par l'invité : "Le temps des cerises" de Charles Trenet, réinterprété par Barbara Hendricks.

Intervenants
  • Médecin, cofondateur de Médecins sans frontières (MSF) et de Médecins du monde (MDM), ministre des Affaires étrangères de 2007 à 2010 et ministre délégué à la Santé de 2001 à 2002.
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