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Errol Flynn dans "L'aigle des mers" (1940)

Les pirates au cinéma

43 min
À retrouver dans l'émission

Le pirate a généré, au fil de l’histoire, un grand nombre de représentations. On l’a affublé des qualificatifs les plus divers : "l’ennemi de tous", "l’ennemi injuste", sans jamais réussir à le disqualifier définitivement. Ce soir, avec Christian Viviani, professeur d'histoire du cinéma.

Errol Flynn dans "L'aigle des mers" (1940)
Errol Flynn dans "L'aigle des mers" (1940) Crédits : Warner Bros

Au cinéma, le pirate a atteint le statut de mythe ; et comme tout mythe, il permet à chacun de s’y projeter et de s’y retrouver, mais aussi au pouvoir de faire passer des messages politiques subliminaux. On en parle ce soir avec Christian Viviani, coordinateur de la revue Positif, professeur émérite d'histoire du cinéma.

Le pirate est un avatar du film d’aventures historiques. On retrouve donc des caractéristiques de grands films comme Robin des Bois, Cartouche, Zorro… C’est celui qui prend aux riches pour donner aux pauvres.

Ce que change Robin des bois, il le change dans un décor qui préexiste. Avec les pirates, on va vers l’inconnu, la construction complète, dans un lieu déshistoricisé, la mer.

L’ennemi reste l’ennemi. La seule personne qui change de bord, c’est le personnage féminin, qui appartient à l’autorité ou l’aristocratie, antagoniste du personnage principal. Enlevée, elle va peu à peu se laisser séduire et basculer. Elle était promesse d’un avenir, d’une société qui se structure, et renonce à son environnement social voire familial.

A propos de quelques films de pirates

Capitain Blood, de Michael Curtiz avec Eroll Flynn sort en 1935. Franklin D. Roosevelt est élu deux ans plus tôt. Il y a une nécessité de faire du New Deal un mythe national. Le film est produit par Warner, qui a la réputation d’être le seul studio démocrate. Ce studio, qui a l’habitude de produire des drames sociaux, des films de gangsters, est complètement en phase avec l’idéologie du New Deal. Le Capitaine Blood défend une noble cause, c’est un médecin qui soigne même ses adversaires, mais il est aussi l’homme providentiel. C’est une parabole transparente sur ce qui se passe aux États-Unis, une figure de Roosevelt.

Olivia de Havilland et Errol Flynn dans Capitaine Blood - Warner Bros.

Dans L’aigle des mers, en 1940, on est encore sous Roosevelt, la guerre vient d’éclater en Europe. Contre l’opinion publique, Roosevelt est persuadé qu’il faut intervenir en Europe. Il va donc s’appuyer à nouveau sur la Warner, et ce film est exemplaire. On y voit à nouveau Eroll Flynn en pirate, engagé par la reine d’Angleterre – entendez Churchill – pour défendre l’Angleterre – entendez la démocratie – face à l’armada espagnole – l’Axe. La métaphore est transparente.

Extrait musical choisi par l'invité : Un extrait de la bande-originale de L'Aigle des mers, composée par Erich Wolfgang Korngold.

Cette émission a déjà été diffusée le 18 janvier 2019.
 

Intervenants
  • Coordinateur et rédacteur de la revue Positif, professeur à l’université de Caen-Basse Normandie
L'équipe
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