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Devant la préfecture de Nantes, juillet 2018.
Épisode 5 :

Le traumatisme et la naissance d'une nouvelle économie morale

44 min
À retrouver dans l'émission

La condition de victime renvoie à deux réalités : des personnes affectées dans leur chair et leur esprit et à des groupes victimes d’injustices historiques. Comment passe-t-on d’une réalité brute à une signification sociale et politique ? Et comment en sort-on ? Ce soir, avec Richard Rechtman.

Devant la préfecture de Nantes, juillet 2018.
Devant la préfecture de Nantes, juillet 2018. Crédits : © SEBASTIEN SALOM GOMIS - AFP

Le traumatisme a une histoire : peu considéré au sortir de la guerre 14/18, il devint un symptôme à part entière après la guerre du Viêt-Nam jusqu’à modifier aujourd’hui l’économie morale de nos sociétés. Discussion avec Richard Rechtman, psychiatre et anthropologue à l’EHESS.

Par rapport à la guerre du Viêt-Nam, (…) c’est la première fois que l’on voit une chose pareille : les gens traumatisés psychiquement deviennent des figures héroïques (…) et sont considérés comme des victimes parce qu’auteurs d’atrocités. (…) C’est un renversement majeur qui se joue à ce moment-là : des vétérans de la guerre du Viêt-Nam, qui ne sont pas des victimes de guerre au sens où on l’entendait auparavant, mais des auteurs d’atrocités, sont considérés de ce fait comme traumatisés. (Richard Rechtman)

C’est ce qu’il se passe avec les demandeurs d’asile en France aujourd’hui : si on ne peut pas prouver qu’ils ont été traumatisés, on considère qu’ils n’ont pas été victimes de persécution. Ce qui est quand même une chose aberrante. On a complètement inversé le processus : si vous voulez obtenir des papiers, il ne suffit pas de montrer qu’on a été traumatisé, mais si vous ne pouvez pas montrer que vous l’avez été, vous êtes sûr de ne pas les obtenir. Et ce critère qui devait servir à tout le monde, dans le cas des demandeurs d’asile il s’inverse complètement et l’on peut réduire drastiquement les quotas (…). C’est une ressource politique qui émerge à ce moment-là. (Richard Rechtman)

La politique s’est toujours exprimée d’une certaine façon à travers ce qui est insupportable à un groupe social. Pendant longtemps, cela a été l’exploitation. Aujourd’hui, malheureusement elle est supportable, (…) et ce qui devient insupportable est que cette exploitation produise de la souffrance. Et donc, la victime devient une figure contemporaine de ce qui permet de changer les choses (…). Le discours victimaire devient alors une ressource politique, et la souffrance individuelle permet de dire la souffrance collective. (Richard Rechtman)

Choix musical de l'invité : « So what » de Miles Davis.

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