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Deuxième guerre punique : le général romain et homme politique Publius Cornelius Scipio Africanus rencontre le chef Carthaginois Hannibal (à gauche) avant de le défaire à la bataille de Zama.
Épisode 1 :

L’Europe vue d’Afrique

45 min
À retrouver dans l'émission

Cette semaine, une série sur l'Europe depuis le regard des philosophes situés dans l’espace et le temps : depuis l’Afrique, la Russie, l’histoire longue, avec humour et ironie ou au cœur des enjeux les plus graves. Ce soir, avec Souleymane Bachir Diagne, professeur à l'Université de Columbia.

Deuxième guerre punique : le général romain et homme politique Publius Cornelius Scipio Africanus rencontre le chef Carthaginois Hannibal (à gauche) avant de le défaire à la bataille de Zama.
Deuxième guerre punique : le général romain et homme politique Publius Cornelius Scipio Africanus rencontre le chef Carthaginois Hannibal (à gauche) avant de le défaire à la bataille de Zama. Crédits : © Nastasic - Getty

Pour penser et comprendre l’Europe aujourd’hui il faut faire un et même plusieurs pas de côté : aller voir, avec des philosophes situés dans l’espace et le temps, ce qui se passe du côté de l’Afrique, de la Russie, de l’histoire longue, avec le recul de l’humour et celui de l’ironie, jusqu'aux enjeux les plus graves, et même au cœur du réacteur, dans le parlement européen (avec son secrétaire général, Klaus Welle, qui est aussi un grand intellectuel européen). Ce n’est pas pour le plaisir de se décaler, c’est pour saisir, dans ces entre-deux, ces conversations, les enjeux critiques de notre temps : la figure de « l’Europe » n'est pas seulement une énigme et un prisme mais aussi, l'un de ces enjeux.

Les symétries semblent faciles entre les mots, les histoires et les perspectives ; mais les regards croisés entre « l’Europe » et « l’Afrique » sont plus complexes et éclairants que l’on ne pourrait croire. Avec Souleymane Bachir Diagne, qui pense l’Afrique sous tous ses aspects, dans sa relation avec l’Europe, et depuis aussi sa philosophie du langage et de la traduction, on entre dans le vif de tous ces sujets.

La construction de l’Afrique comme « une » Afrique est une construction extérieure à l’Afrique. Le nom même d’Afrique appliqué à la totalité du continent, c’est un acte de nomination européen. (…) Le coin d’Afrique qui était appelé « Afar » était du côté de Carthage : le nom originel est interne. Mais on sait que c’est l’empire romain qui appelait la région d’Afrique du Nord 

« Africa ». La conquête arabe a islamisé ce nom en le transformant en « arabiya », qui est devenu le nom de tout ce qui se trouvait à l’ouest de l’Egypte. (…) C’est le Moyen Age, avec les premières circumnavigations (...), qui a progressivement continentalisé le nom d’Afrique. Donc le nom est à la fois interne et externe. (Souleymane Bachir Diagne)

On oublie une chose [...] le 20e siècle s'est ouvert sur un génocide et s'est terminé par un génocide et le continent africain a eu le triste privilège d'en être le théâtre (Héréros à partir de 1904 et Tutsis 7 avril au 17 juillet 1994). (Souleymane Bachir Diagne)

Toutes les langues sont équivalentes et toutes les langues sont complètes. (…) L’exceptionnalisme européen, ça a été l’idée que les langues européennes étaient exceptionnelles et avaient un privilège pour ce qui était de dire l’être, la raison, la rationalité, les valeurs universelles, etc. (…) Les autres langues avaient à peine un statut de « parlée ». (…) Les autres langues non européennes étaient définies par un manque. (…) Le monde d’après Bandoeng, c’est l’affirmation et le rappel que toute langue est complète. Toutes les langues sont équivalentes, et toutes disent et expriment un visage de l’aventure humaine, toutes disent le monde. (Souleymane Bachir Diagne)

Le ministre des Affaires Etrangères chinois Chou En-Lai intervient à la tribune, en avril 1955, lors de la conférence de Bandoeng.
Le ministre des Affaires Etrangères chinois Chou En-Lai intervient à la tribune, en avril 1955, lors de la conférence de Bandoeng. Crédits : © STF/AFP - AFP

Choix musical de l'invité : A Natural Woman (You Make Me Feel Like), Aretha Franklin, Lady Soul, 1968.

Bibliographie

Intervenants
  • philosophe, professeur de philosophie française et des questions philosophiques en Afrique dans les départements de philosophie et de Français à l’Université de Columbia, directeur de l’Institut d’Etudes africaines
L'équipe
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