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Palais de Justice de Nîmes (Gard)
Épisode 1 :

Du choc à la solidarité

44 min
À retrouver dans l'émission

Cette première série tentera de baliser, à partir de témoignages, le chemin qui conduit de la passivité à une activité politique ou judiciaire, de la commotion à la raison, de la solitude morale à la solitude active. Ce soir, en compagnie d’Alain Boulay, président fondateur de l’APEV.

Palais de Justice de Nîmes (Gard)
Palais de Justice de Nîmes (Gard) Crédits : © Hans Georg Eiben - Getty

Après le crime, la victime. La victime désigne étymologiquement l’animal sacrifié, symbole de passivité absolue, et exprime aujourd’hui la condition de celui qui est affecté par la violence du crime. La condition de victime consiste en effet toujours en une diminution d’être. La blessure risque de devenir ontologique et de se transmettre de génération en génération. C’est pourquoi la victime renvoie à deux réalités : à des personnes affectées directement dans leur chair et leur esprit mais aussi à des groupes victimes d’injustices historiques. Dans le premier cas, elle ouvre droit à une réparation juridique, dans le second elle offre une ressource politique. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de consacrer deux semaines à la question de la victime en examinant comment l’on passe d’une réalité brute, brutale, dévastatrice à une signification sociale et politique.

Cette première série tentera de baliser, à partir de témoignages, le chemin qui conduit de la passivité, qui réduit au silence, à une activité politique ou judiciaire, de la commotion à la raison, de la solitude morale à la solidarité active. Ce parcours s’articule autour d’un moment de justice qui agit comme opérateur de vérité, fixateur de mémoire et convertisseur du temps. Du temps vif du ressentiment, la victime peut connaître le temps apaisé du souvenir, le déni de son existence faisant place à une reconnaissance du tort. 

Il n’était pas possible de commencer cette première semaine autrement qu’en donnant la parole à une victime ; en l’occurrence à Alain Boulay, un père dont la fille a été assassinée et qui a fondé, avec sa femme, l’association Aide aux Parents d'Enfants Victimes pour aider les parents ayant connu le même sort et faire reconnaître dans les institutions pénales la juste place de la victime, ni toute-puissante, ni infantilisée.

Ce qu’on a voulu, c’était réfléchir à ce qui nous était arrivé. Autant on le faisait par rapport à la victime, ce qu’elle pouvait ressentir, autant je l’ai fait par rapport aux institutions, parce qu’on se disait : « Est-ce que les institutions répondent vraiment aux besoins des victimes ? », « Est-ce que la justice répond aux besoins des victimes ? ». Et très vite on s’est rendus compte que la justice n’était pas faite pour les victimes, elle était faite pour les auteurs. (...) On voulait que la justice s’intéresse aussi aux victimes. (Alain Boulay)

Les attentats ont énormément fait changer les choses. Mais, tout de même, on a eu, fin des années 90, début des années 2000, beaucoup de réflexions sur les agressions sur enfants, sur la pédophilie, sur les viols. Il y a eu beaucoup de choses (campagnes sur les femmes battues), qui ont fait prendre conscience à la société, aux magistrats, aux policiers, de toutes ces victimes et de ce qu’elles pouvaient vivre. (Alain Boulay)

>>> Site de l'APEV

Extrait musical choisi par l'invité : "Le Monde est Stone" interprété par Fabienne Thibeault "Starmania" (1978). 

Pour prolonger, à écouter La Série Documentaire sur la justice restaurative de Johanna Bedeau et Angélique Tibau : "Condamnés-victimes : un dialogue possible"

Intervenants
  • Président fondateur de l'association Aide aux Parents d'Enfants Victimes (APEV)
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Réalisation
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