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Fariba Adelkhah et Roland Marchal, chercheurs français
Épisode 1 :

Une pratique très ancienne

43 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir, nous ouvrons cette nouvelle série sur la question des otages avec Gilles Ferragu, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris Ouest-Nanterre et à Sciences Po, et membre de l’Institut des sciences sociales du politique.

Membres de la délégation israélienne dans le stade de Munich lors des Jeux Olympiques (6 septembre 1972). Onze otages israéliens furent tués lors de l'attaque de leur bâtiment du village olympique.
Membres de la délégation israélienne dans le stade de Munich lors des Jeux Olympiques (6 septembre 1972). Onze otages israéliens furent tués lors de l'attaque de leur bâtiment du village olympique. Crédits : © EPU - AFP

La pratique des otages est vieille comme le monde mais elle a changé de signification.

L'histoire, comme toujours, est riche d'enseignements et elle montre que notre conception moderne de l'otage, comme la séquestration illégale d'un étranger, voire d'un ennemi, moyennant rançon, est extrêmement réductrice au regard d'une histoire plus longue. Gilles Ferragu, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris Ouest-Nanterre et à Sciences Po, et membre de l’Institut des sciences sociales du politique, montre qu'il faut relier la question des otages à la problématique centrale des relations internationales et, à vrai dire, de toute relation humaine qui est celle de la confiance. L'otage, avant d'être une prise monnayable, est un gage de bonne foi, la garantie ultime d'un engagement.

C'est un phénomène social qui commence depuis la plus haute antiquité. Le nom même d'Homère ferait référence à otage, Homeros voudrait dire otage en grec. Et donc, ça pourrait désigner aussi, non pas le personnage, mais son statut dans la société. Et effectivement aussi, on le voit à peu près dans la plupart des civilisations, non seulement dans le Croissant fertile, mais même jusqu'en Asie voire jusqu'en Chine. C'est un phénomène quasiment universel.

C'est une longue histoire qui naît grosso modo au milieu du 19e siècle. Les otages s'engouffrent dans la guerre, deviennent un moyen de faire la guerre (guerre de 1870 ou guerre de 14 par exemple). Alors, ce qui est intéressant, c'est que, parfois, la ligne de front est franco-allemande, et à d'autres moments, elle est entre juristes militaires et juristes civils. La question des otages divise énormément. Mais ce qui est sûr, c'est qu'au moment de la Seconde Guerre mondiale, prendre des otages et les exécuter devient un crime de guerre.

(A propos de la prise d'otages des Jeux Olympiques de Munich en 1972) C'est LA prise d'otages. C'est l'idéal type de la prise d'otages qui était censée avoir une dimension symbolique, politique, métaphorique et en même temps, qui se termine dans un bain de sang. Ni les états (allemand et israélien) ni les terroristes, n'ont su véritablement gérer la situation.

On peut même dire que le diplomate, c'est un otage né. Bien sûr, c'est quelqu'un qui est dans une situation d'otage, mais dans le cas de l'Iran, toucher aux otages, c'est faire la démonstration qu'on est dans une situation révolutionnaire et que dans les situations révolutionnaires, toutes les normes sautent les unes après les autres.

Extrait musical choisi par l'invité : " Hostage " interprété par Billie Eilish - Album : " Don't smile at me ", 2017 - (Label : Darkroom).

>>> Pour en savoir un peu plus sur Gilles Ferragu

Intervenants
  • maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris Ouest-Nanterre et à Sciences Po et membre de l’Institut des sciences sociales du politique.
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