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Jeune businessman sur un skateboard
Épisode 2 :

Les paradoxes de la mobilité

44 min
À retrouver dans l'émission

En février 2014, les citoyens suisses se sont prononcés, le même jour, à la fois pour et contre le déploiement de la mobilité : pour une réduction des flux d’immigration, mais pour le développement du rail. Ce sont des paradoxes de ce type que développe notre invité ce soir, Vincent Kaufmann.

Crédits : © Christoph Hetzmannseder - Getty

Il sera question ce soir de transports et de déplacements, des plus aisés aux plus contraignants mais bien au-delà de nos propres comportements face à leur évolution, de nos frustrations et de nos contradictions. Qu’est-ce que la mobilité au XXIe siècle ? Est-elle à un tournant capital, dicté par nos modes de vie ?  Notre invité, Vincent Kaufmann, la distingue de la motilité. Il est courant par exemple, souligne-t-il, de bouger sans cesse tout en cherchant à s’enraciner dans un lieu choisi. Si elles intéressent les ingénieurs, les urbanistes et les politiques, les mobilités touchent aussi à tous les aspects de la vie en société. A ce titre les sciences sociales doivent davantage les explorer. Jusqu’à présent, selon lui, elles les auraient seulement « effleurées » ! 

Dans les travaux que j'ai pu mener avec mon équipe, on s'est rendu compte que tant que faire se peut, on essaye de préserver une certaine sédentarité, quitte à utiliser les réseaux de transport pour se déplacer vite, loin et souvent, et revenir. Et donc, quelque part, ces potentiels de mobilité - offerts par les systèmes de transports et les systèmes de communication à distance - sont utilisés pour se sédentariser et c'est totalement paradoxal. 

Il y a encore une trentaine d'années, on se déplaçait entre les différentes sphères d'activités qui composaient notre vie quotidienne. Aujourd'hui, ça n’est plus si évident. On peut très bien être interrompu et avoir sa vie privée qui arrive par téléphone portable quand on est au travail, et réciproquement, des emails qui arrivent à onze heures du soir et on se retrouve finalement à terminer une note pour le boulot alors qu'on est dans l'espace privé. Ces mélanges de sphères d'activité occasionnent des rythmes de vie beaucoup plus soutenus qui ne sont pas forcément toujours très bien vécus.

On pourrait imaginer que cette valeur mobilité, qui jusqu'à présent est quand même globalement positive, associée à une injonction qui est plutôt positive, se retourne. Et que ce soit surtout la proximité, la qualité de vie qui soit valorisée, au contraire, que trop de mobilité, soit dévalorisée.

On est vraiment toujours sur l'idée : se déplacer vite loin et souvent pour intégrer le marché, etc. Mais par contre, au niveau des mobilités irréversibles, c'est à dire se déraciner d’un endroit, migrer dans un autre, là, c'est des choses qui sont beaucoup plus timides en terme de politique. Surtout, l'Europe s'est barricadée : on a la libre circulation à l'intérieur, mais entre l'intérieur et l'extérieur, la migration n'est manifestement pas souhaitée.

Extrait musical : Pour me rendre à mon bureau - Georges Brassens

Pour en savoir plus

CV de Vincent Kaufmann

La motilité, à distinguer de la mobilité 

Le "tournant de la mobilité"

Bibliographie

Couverture Les paradoxes de la mobilité

Les paradoxes de la mobilité : bouger, s'enracinerVincent KaufmannPresses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne (Suisse), 2017

Intervenants
  • Professeur de sociologie urbaine et d'analyse des mobilités à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), directeur du Laboratoire de sociologie urbaine (LaSUR) et directeur scientifique du Forum Vies Mobiles
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
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