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Épisode 3 :

Les "mégafeux" changent tout

44 min
À retrouver dans l'émission

Pour aborder le danger que représentent les "mégafeux", ces incendies d'un nouveau type, incontrôlables et dévastateurs, nous recevons ce soir, Joëlle Zask, professeure de philosophie à l'Université de Provence.

Mégafeu, Blue Moutains, Australie
Mégafeu, Blue Moutains, Australie Crédits : © Andrew Merry - Getty

Rien ne prédestinait Joëlle Zask, philosophe des relations sociales et de la démocratie, à s’intéresser aux « mégafeux » avant même qu’ils ne dévastent l’Australie en 2019 et s’imposent à la conscience mondiale. Mais la terre dévastée d’une côte provençale a suffi à lui faire réaliser un changement profond du monde. La maîtrise du feu définissait la culture ; la détresse devant des feux géants est la destruction à la fois de la nature et de la culture. Le feu a changé de nature et change notre rapport à la nature. Ce n’est pas seulement un symptôme mais la réalité même de notre nouvelle condition écologique, et un appel urgent à y répondre.

Et surtout, l'après incendie : il n'y a plus rien ! On a vraiment un sentiment d'irréversibilité néfaste. Il y a une bonne irréversibilité, mais celle-ci est très mauvaise, au sens où c'est l'ensemble d'un vécu qui disparaît, qui s'efface. Et du coup, c'est aussi l'ensemble des possibilités d'extrapoler à partir du passé, c'est-à-dire l'avenir, qui s'efface aussi.

L’apparition des «mégafeux» signale une relation un peu détraquée avec la nature, et en particulier deux attitudes. L'une qu'on appelle aujourd'hui extractiviste et qui est en phase avec un projet de domination, de maîtrise de la nature, et l'autre qui serait plutôt préservationniste, qui peut avoir d'ailleurs partie liée avec un certain fascisme vert et qui consiste à croire que la nature fait bien les choses, que moins l'homme est présent dans la nature, mieux ça vaut.

Quand on rentre vraiment en contact avec le vécu des gens, on se rend compte que le feu n'atteint pas seulement les arbres et les biens. Ça atteint le centre vital de la personne et ça c'est effarant.

C'est exactement l'idée révélée aujourd'hui par ces «mégafeux». C'est l’idée qu'on vend le monde, qu'on continue à accaparer des richesses naturelles, non seulement qu'on considère toute chose comme une ressource, mais que, par ailleurs, les plus riches font des réserves de ressources naturelles, de lieux de vie également : ils achètent des montagnes… Et donc il y a des États qui vous vendent des rivières, qui vous vendent des lacs. C’est vraiment une marchandisation de la planète.

Extrait musical : The man who sold the world – Nirvana (David Bowie)

Pour en savoir plus

Biographie de Joëlle Zask 

Qu'est-ce que le monisme ?

Les "mégafeux", une nouvelle catégorie d'incendies

Intervenants
  • Philosophe, enseignante à l'université Aix-Marseille, spécialiste de philosophie politique
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