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Épisode 2 :

Le plaisir vient toujours avant la peine

44 min
À retrouver dans l'émission

Le vivant, ce ne sont pas seulement les faits, nos corps, la biologie. Ce sont aussi, peut-être d’abord, des expériences, subjectives, vitales, parfois mortelles, qu’il faut entendre, méditer, qui passent par la parole et la pensée. On en parle ce soir avec Alexandre Jollien, philosophe.

Alexandre Jollien
Alexandre Jollien Crédits : © Stéphane Grangier/Corbis via Getty Images

Dans La sagesse espiègle, Alexandre Jollien mêle le récit d’une expérience et l’approfondissement d’une philosophie qui lui a permis de s’en sortir. Une expérience qui lui fait revivre d’abord la souffrance du handicap. Une « addiction » amoureuse qui l’amène à contempler tous les jours sur un écran un corps qui lui semble tellement plus libre et plus beau que le sien, souffrant.

Il lui faut toutes les ressources retrouvées de la philosophie, de l’amitié, des relations pour retrouver le plaisir qui dans la vie vient peut-être « après la peine » comme dit le poète, mais qui est plus profond qu’elle, qui nous rend vivants à travers et au-delà des épreuves, et ainsi l’humour et le rire se mêlent à la voix secouée dans le corps qui parle, et la pensée passe dans l’échange et la conversation.

Alexandre Jollien est philosophe.

Je m’estime comme philosophe de terrain. Je n’ai pas beaucoup de culture. Mon handicap m’empêche de lire, mais la philosophie est un gilet de sauvetage pour glisser dans la vie.

Pour moi, la première question philosophique c’est « comment être en joie dans un univers tragique, fragile, précaire, chaotique ? ». [...] La réalité du handicap nous accule à la joie, comme une sorte d’expérience décisive qui pousse à un choix de vie. [...] J’aime l’expression « éclater de joie ». Dans l’éclat de joie, l’ego se dilate et épouse le monde.

Le recours à la religion nécessite aussi une adhésion de foi. Si l’on n’y croit pas, on ne peut pas spontanément aller vers le mieux. Tandis que la philosophie, grâce à un travail de raison, est accessible à tous.

La haine de mon propre corps m’a conduit à idolâtrer celui d’un homme non-handicapé. Et nous devons nous libérer de l’idolâtrie, et non du désir, qui est bon et sain. […] Quand on aime l’autre au prix d’une haine de soi, c’est là qu’on est dans la passion triste, et c’est ce dont il faut se libérer ne serait-ce que pour retrouver le désir.

Le défi majeur du vivant est d’éviter de dégringoler du côté de la haine, du malheur et du désespoir.

C’est une fois qu’on a dit oui au tragique du réel qu’on peut s’engager, se mobiliser pour une société plus juste. Au-delà du tragique, il y a l’injustice, les passions tristes, et notre responsabilité, c’est de se mettre en route pour faire barrage à ces forces négatives qui détruisent l’homme.

Musique choisie par l’invité : Les copains d’abord, Georges Brassens

Générique : Requiem pour un con, -M- et Lulu Gainsbourg

Emission déjà diffusée le 16 juillet 2020

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