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Épisode 4 :

Des vivants qui racontent leurs propres morts ?

43 min
À retrouver dans l'émission

Le vivant ce sont aussi des expériences subjectives, parfois mortelles, qu’il faut méditer. La vie fait retour avec toutes ses tensions et a besoin de tous, les savants, bien sûr, mais aussi les philosophes, les écrivains. On en parle avec Frédéric Weinmann, spécialiste de littérature comparée.

La tombe d'Edgar Allan Poe.
La tombe d'Edgar Allan Poe. Crédits : © Andrew Harrer/Bloomberg via Getty Images

Image d'illustration : Poe fut d'abord enterré en 1849 dans une tombe vierge. En 1860, sa famille se mobilise pour que lui soit donnée une tombe de marbre blanc, mais la tombe sera accidentellement détruite avant sa mise en place. En 1865, des étudiants du Maryland réunissent les fonds pour une nouvelle tombe, mentionnant une mauvaise date de naissance. Ce n'est qu'en 1913 que l'erreur sera rectifiée, avec une tombe d'abord installée au mauvais endroit, et comportant l'épitaphe suivante, tirée du poème Le Corbeau : « Quoth the Raven, "Nevermore." » (Le corbeau dit : « Jamais plus ! »).

En principe la phrase « je suis mort » est contradictoire. Pour parler ou écrire il faut être vivant ! Pourtant dans son livre Je suis mort (Seuil, 2018), Frédéric Weinmann montre que la littérature peut tout se permettre ! En particulier, il y a des vivants, des écrivants, qui racontent leurs propres morts, c’est même devenu un genre, qui ne cesse de croître, selon lui. Après être devenu auto-fiction, l’autobiographie est devenue « thanatographie ».

Pourquoi tant de livres, aujourd’hui, nous plongent dans cette expérience en principe impossible, de celui qui nous dit qu’il est mort, hier à telle heure, et qui pourtant nous parle ? Qu’est-ce que cela nous apprend de la vie, aujourd’hui ? Non plus la visée d’un au-delà, ni même peut-être une angoisse, mais au contraire l’ironie, vitale, de l’écriture et de la vie elle-même !

Frédéric Weinmann est professeur de littérature allemande, spécialiste de littérature comparée et traductologue.

L’étincelle de départ c’est un choc, la rencontre avec la mort de ma mère. Ce n’était pas une déduction logique, mais c’est quelque chose qui m'a profondément bouleversé. J’ai eu l’intuition que quelque chose avait changé.

Le récit autothanatographique a toujours existé. La mort prend la parole dans l’une des toutes premières tragédies grecques, Les Perses d'Eschyle. Et les morts s’expriment dans l’une des premières comédies, Les Grenouilles d'Aristophane.

A chaque fois qu’un des personnages dit « je suis mort », ce n’est pas le narrateur, c’est toujours entre guillemets. Le récit n’est jamais pris ou attribué à quelqu’un qui est mort. C’est du discours et non pas du récit. Le récit est pris en charge par un narrateur.

Dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, on a quelques cas de résurrections, mais on ne leur donne pas la parole, et elle a une fonction très claire c’est de prouver le pouvoir du médiateur.

Je pense que la littérature participe d’une transformation profonde de la conception qu’on peut avoir de la vie et de la mort.

Extrait musical choisi par l'invité : La ballade pour ma mort de Milva et Astor Piazzolla

Intervenants
  • Spécialiste de littérature comparée, professeur de littérature allemande
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