LE DIRECT

Bloy ou l'Absolu au jour le jour

1h
À retrouver dans l'émission

Une émission de François Angelier avec Christian Jambet et François L'Yvonnet LEON BLOY Journal inédit, T3, 1903_1907, édition de Michel Malicet et Pierre Glaudes, L'Age d'homme Né en 1846, Léon Bloy passe sa jeunesse à Périgueux, entre un père franc-maçon et une mère catholique, très pratiquante. Il débarque à Paris en 1867. La rencontre avec l'écrivain Jules Barbey d'Aurevilly fut décisive. Gràce à lui, il fait la connaissance de nombreux écrivains, dont Joris-Karl Huysmans et Jean Richepin, et c'est sous son influence qu'il se convertit au catholicisme en 1869. Après la lecture d'auteurs comme Joseph de Maistre ou Ernest Hello, il s'oriente vers un catholicisme monarchiste et pamphlétaire. En 1886, parait dans l'indifférence générale, son grand roman autobiographique, Le Désespéré, dans lequel Léon Bloy utilise pour la première fois son double littéraire: Caïn Marchenoir. Ce roman à clefs, autoportrait d'un poète mystique, rempli de hurlements terribles, est à la fois un réquisitoire féroce, celui de Bloy/Marchenoir contre la société littéraire de l'époque et le portrait d'une femme, Anne-Marie Roulé (Véronique Cheminot dans le roman) que Léon Bloy convertit à la religion et qui sombrera dans la folie mystique. Face à ce livre brûlé, plein de trouvailles stylistiques extraordinaires, le silence de la critique sera assourdissant, ce que comprenait Léon Bloy qui faisait dire déjà à Marchenoir dans Le Désespéré: "Si je poursuis un putois, le glaive de feu à la main, et qu'il me combatte avec le jus de son derrière, c'est absolument son droit et je n'ai rien à dire". Jusqu'à sa mort en 1917, il continue à assumer le rôle du Mendiant ingrat, titre de la première partie de son journal, relégué aux marges des coteries littéraires de son époque, en publiant des romans, des nouvelles et des pamphlets, d'une exigence farouche, proclamant page après page que l'univers entier est l'écriture de Dieu et voulant ramener à sa plus grande gloire le domaine des lettres. Avec Le Désespéré, ses oeuvres importantes sont Le Salut par les juifs, Exégèse des lieux communs, et son Journal, que les éditions l'Age d'homme ont entrepris de publier intégralement. Le troisième volume, qui vient de paraïtre, concerne la période 1903-1907. Jour après jour, il évoque sa détresse financière et spirituelle, s'énerve contre le progrès et plus particulièrement contre l'automobile. A propos de la course Paris-Madrid, il a ses mots: "Se représente t-on l'horreur de ces deux ou trois cents voitures hideuses lancées comme des boulets et triturant, chacune à son tour, pendant des lieues, les mêmes lambeaux sanglants! Il y a des consolations. une d'elles a pris feu et le chauffeur a été carbonisé". Il clame sa détestation des catholiques et du pape Léon XIII: "Personne n'a dit aussi fortement que moi l'injustice des catholiques, leur avarice infâme, leur égoisme fangeux, leur poltronnerie à faire vomir, leur sottise, leur mépris stupide pour ne pas dire leur haine de tout ce qui est intellectuel, indépendant et généreux". Vivant très pauvrement, aidé seulement par quelques admirateurs fidèles, il entretient avec l'argent des rapports difficiles qui le poussent à haïr les riches. A l'occasion de l'enterrement d'un bourgeois, il écrit: "Un homme de mauvaise vie et riche vient de crever. On va lui faire aujourd'hui des funérailles de première classe avec un déploiement de faste inouï pour ce pays. (...) Amertume excessive de penser qu'avec l'argent dépensé vaniteusement pour cette charogne, nous serions probablement délivrés". Comme l'a écrit Hubert Juin, Léon Bloy agite sa main tendue- et vide- sa main comme un gouffre qui engloutit et juge une société inhumaine.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......