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Eclairage, quelques lumières sur un métier complexe

59 min
À retrouver dans l'émission

Nous parlerons une fois encore d'éclairage, en essayant d'apporter quelques lumières sur un métier nouveau, et complexe, très diversifié. ce sera avec les concepteurs lumière Roger Narboni, Marc Dumas et Yann Desforges, et l'architecte Olivier Namias.

Indications bibliographiques

By Night. Lumière et architecture , Roger Narboni, Loft Publications, 2009, 216 pages.

Lumières et ambiances. Concevoir des éclairages pour l'architecture et la ville , Roger Narboni, Le Moniteur, 2006, 244 pages.

La lumière et le paysage. Créer des paysages nocturnes , Roger Narboni, Le Moniteur, 2003, 230 pages.

La Lumière urbaine. Éclairer les espaces publics , Roger Narboni, Le Moniteur, 1995, 264 pages.


L'Architecture lumineuse au XX° siècle , actes du colloque de Nantes (2009), Eric Monin et Nathalie Simonnot dir., Uitgeverij Snoeck, Gent, 2012, textes en français ou anglais, 192 pages, 32 euros.


Lumières, je pense à vous , catalogue d'exposition dirigé par Jean-Paul Grunfeld, Agence pour la promotion de la création industrielle, Centre de création industrielle, Centre Georges Pompidou, Editions Hermé, 1985, 184 pages.

Lumière, depuis la nuit des temps , coll., Nicole Czechowki dir., Autrement n°125, novembre 1991, 206 pages.

La Nuit, dernière frontière de la ville , Luc Gwiazdzinski, L'Aube, 2005, 256 pages, 20 euros.

La Ville 24 heures sur 24 , Luc Gwiazdzinski, Datar L'Aube, 2003, 256 pages, 18 euros.

Penser la ville par la lumière , Ariella Masboungi dir, Projet urbain, éditions de La Villette, 2003, 114 pages, 14 euros.

Les Douze Heures noires, la nuit à Paris au xix° siècle , par Simone Delattre, préface d'Alain Corbin, Albin Michel, 2000, 680 pages.

La Nuit désenchantée , Wolfgang Schivelbusch, Le Promeneur, 1993, 200 pages.

La Ville, la nuit , Anne Cauquelin, Puf, 1977, 174 pages.

L'Esthétique de la rue , Gustave Kahn (1900), inFolio, 2008, 216 pages.


Dossier Les nouvelles années-lumière : 1 la lumière artificielle, D'Architectures n°203, octobre 2011, 10 euros.

Dossier Les nouvelles années-lumière : 2 la lumière naturelle, D'Architectures n°204, novembre 2011, 10 euros.

L'invité, Roger Narboni, propos recueillis par Thierry Paquot, Urbanisme n°380, septembre-octobre 2011.

Nécrologie

Pierre Sudreau est mort dimanche, le 22 janvier, à 92 ans. Né un 13 mai (cela ne s'invente pas), le 13 mai 1919, orphelin, il avait correspondu avec Saint-Exupéry, lui inspirant le personnage du Petit Prince. Résistant, chef du réseau Brutus, déporté à Buchenwald, il avait été, à 39 ans, jeune ministre de la Construction du général de Gaulle, dès l'arrivée de celui-ci au pouvoir, en juin 1958.

Avant lui s'étaient succédés quatorze ministres en autant d'années, des ministres qu'on appelait de la Reconstruction, ou de la Reconstruction et du Logement : Raoul Dautry d'abord, les communistes François Billoux puis Charles Tillon, le parfumeur René Coty qui sera Président de la République, Eugène Claudius-Petit surtout (durant plus de quatre ans), Pierre Courant, etc.

D'abord commissaire à la Construction et à l'Urbanisme pour la Région parisienne (1955-1958), il avait lancé divers projets dont l'aménagement de la Défense (posant en 1956 la première pierre, si l'on peut dire pour un ouvrage de cette nature, de la voûte du CNIT); il avait poussé le percement du RER, le boulevard périphérique et le choix de l'emplacement de l'aéroport de Roissy.

Comme ministre, on lui doit la poursuite de ces opérations, le lancement de celles de Maine-Montparnasse et du Front-de-Seine, l'établissement de liaisons assez fortes avec les architectes de l'époque (grâce à l'entremise de l'un d'entre eux, Raymond Lopez) et surtout la création en décembre 1958 des Zones à urbaniser en priorité, les fameuses Zup qui jouèrent un rôle essentiel dans le développement des grands ensembles de logement collectif : il s'en fit 195, totalisant plus de 800 000 logements. "Nous vivons dans un monde nouveau, avait-il soutenu devant l'assemblée nationale en juillet 1960; nos villes doivent s'adapter au monde moderne et se décontracter."

Il faut aussi lui restituer deux initiatives essentielles dans le domaine du patrimoine, deux initiatives dont Malraux lui vola le bénéfice. Il s'agit de la loi sur le blanchiment des façades de Paris et de la loi du 4 août 1962 sur les secteurs sauvegardés, une loi que Malraux porta devant le parlement parce que Sudreau venait de passer au ministère de l'Education et à laquelle il laissa son nom, bien qu'il l'avait accueillie (selon l'historien François Loyer) "avec réticence". En 1996 Pierre Sudreau a déclaré à Jean-Yves Andrieux et Frédéric Seitz : "André Malraux a laissé entendre que c'est lui qui avait eu l'idée de ce projet. Je n'en ai pas fait une histoire. André Malraux était mon ami."

Pour ce qui est du blanchiment, un décret du 26 mars 1852 relatif aux rues de Paris, adopté un an avant la nomination d’Haussmann, donnait obligation aux propriétaires de nettoyer leurs façades et de les rafraîchir tous les dix ans, ce qu'on appelait "ravalement". Un arrêté du 11 avril 1959 tentait de le remettre en vigueur, au moins sur les voies touristiques. En décembre, Sudreau avait même protesté auprès de Malraux parce que (faute de moyens) son administration refusait de s'y soumettre et de nettoyer son bâtiment du Palais-Royal. On trouvera des détails sur cette captation dans le livre de Xavier Laurent sur l'histoire du ministère de la Culture.

Député du Loir-et-Cher (1967-1981), président du conseil régional du Centre (1976 à 1981), il a été maire UDF de Blois durant trois mandats, de 1971 à 1989, avant d'être battu par Jack Lang. Enfin, c'est anecdotique, mais cela intéressera nos invités d'aujourd'hui, il avait été l'initiateur du premier des Sons et lumières, celui de Chambord dont il était à l'époque préfet. C'était en mai 1952.

Pratiques architecturales et enjeux politique, France 1945-1995 , Frédéric Seitz et Jean-Yves Andrieux, Picard, 1998, 412 pages.

Grandeur et misère du patrimoine, d'André Malraux à Jacques Duhamel , Xavier Laurent, Ecole des Chartes, Comité d'histoire du ministère de la Culture, Documentation française, 2003, 384 pages.


Le photographe Jean-Marie Monthiers est mort le 17 janvier, à 53 ans, après des années d'une maladie qui l'avait cloué au lit. Ses obsèques ont eu lieu lundi en l'église Saint-Sulpice, à Paris. Il était né en juin 1953 au Maroc, avait étudié l'architecture à l'école Saint-Luc de Tournai durant les années quatre-vingts, exercé dans plusieurs agences avant de se consacrer à partir de 1988, à 35 ans donc, à la photographie d'architecture. Avec deux activités principales : la photographie de réalisations contemporaines, surtout dans la mouvance des courants néomodernes de ces années-là (disciples de Ciriani par exemple), et ensuite un travail plus large sur la production contemporaine dès lors qu'il a documenté les grands thèmes du paysage parisien pour le Pavillon de l'Arsenal dont il était le photographe attitré. Il a dans ce cadre photographié notamment les réalisations de Jean Prouvé et de Fernand Pouillon.

Dans sa génération de photographes d'architecture, les Gilles Walusinski, Stéphane Couturier, François Bergeret, qui se fait appeler Gaston, Olivier Wogensky, Deidi von Schaewen et Heidi Meister, il s'est distingué par une relation affirmée avec une tendance architecturale, celle qu'on appelle parfois néo-moderne, même si ce qualificatif lui paraissait péjoratif. De son propre aveu, deux rencontres avec des architectes contemporains avaient été déterminantes pour lui : celle avec Henri Ciriani en 1982, celle avec Alvaro Siza en 1991.

Jean-Marie Monthiers est un photographe qui, plutôt que courir après une signature d'auteur, plutôt que se proclamer artiste, plutôt que travailler des atmosphères poétiques, s'était mis au service des réalisations des architectes, des réalisations proprement dites. Il concevait ses reportages comme une "retranscription", comme la "synthèse du voyage à travers le projet" (le projet , et derrière ce mot il faut donc entendre le travail de conception architecturale). Monthiers considérait qu'avec ses instruments, son trépied, ses boîtiers, ses objectifs, les grandes focales qu'il privilégiait pour mieux pénétrer dans l'espace des édifices, il prolongeait en quelque sorte les modes de représentation des architectes, leurs coupes et leurs élévations. Il disait qu'il effectuait un "relevé", un "enregistrement" de paramètres spatiaux et de jeux de lumière que réunissait "l'ensemble des ektas" qu'il livrait à ses commanditaires, qu'ils s'agît des architectes ou des revues.

Sur ses images, le ciel était le plus souvent bleu, les nuages priés de se tenir tranquilles. Le contexte urbain ou paysager était tenu à distance. Alors, les architectures déployaient leurs volumes dans une grande sérénité, leur géométrie, leurs faces, leurs courbes, leurs couleurs s'il y en avait, leurs aplats d'enduit blanc, le rythme de leurs colonnes ou de leurs pilotis.

Dans une époque, ou plutôt au sein d'un courant architectural qui était marqué par un retour aux valeurs et aux esthétiques du modernisme des années vingt, il illustrait pleinement le fameux aphorisme de Le Corbusier selon lequel "L'architecture est le jeu savant, correct et magnifique des volumes assemblés sous la lumière" (Il est extrait de son ouvrage de 1923, Vers une architecture : "L'architecture est le jeu savant, correct et magnifique des volumes assemblés sous la lumière. Nos yeux sont faits pour voir les formes sous la lumière; les ombres et les clairs révèlent les formes; les cubes, les cônes, les sphères, les cylindres ou les pyramides sont les grandes formes primaires que la lumière révèle bien; l’image nous en est nette et tangible, sans ambiguïté. C’est pour cela que ce sont de belles formes, les plus belles formes. Tout le monde est d’accord en cela, l’enfant, le sauvage et le métaphysicien. C’est la condition même des arts plastiques.")

Trois phrases, pour finir, extraites d'un entretien avec Emmanuel Caille paru en 2005 : "Mes confrères prennent leurs photos qu'il pleuve ou qu'il vente. C'est un phénomène de mode. Moi, je préfère attendre les conditions météorologiques idéales. Ce qui fait que je n'utilise aucun filtre. Le ciel bleu n'est pas un style pour moi, il découle de l'usage d'un certain type d'optique. Le rapport entre photo et architecture, c'est la lumière. Ce qui implique une part de chance. Tous les architectes rêvent d'une photo de leur bâtiment baigné d'une "lumière bretonne", c'est-à-dire en pleine lumière avec un superbe ciel noir en arrière-plan, sans oublier le personnage qui passe devant. J'aime qu'il y ait des gens sur mes photos. Mais en général, c'est interdit."

Son site : www.jmmonthiers.fr

Jean-Marie Monthiers, "Je me suis intégré dans l'image" , rencontre avec Emmanuel Caille, D'architectures n°150, novembre 2005.

Calendrier

3001 Le Grand prix national de l'Urbanisme sera remis le 30 janvier au lauréat 2011, le paysagiste Michel Desvigne. Ce sera à 18h00, à la Cité de l'architecture et du patrimoine. Michel Desvigne est le troisième paysagiste à recevoir cette distinction, après ses confrères Alexandre Chemetoff en l'an 2000 et Michel Corajoud en 2003. L'urbaniste Catalan Joan Busquets a reçu un prix spécial du jury. Un débat précédera cette manifestation à partir de 14h15.

2401-1002 www.paris-malaquais.archi.frArchi(ve)s. Les architectes et leur diplôme . Ecole d'architecture de Paris-Malaquais, mezzanine du Bâtiment Perret, 14 rue Bonaparte, 75006 Paris.

1612-1902 www.bnf.frJeunes photographes de la Bourse du Talent , Orthèses , photographies de Guillaume Bonnel, Bibliothèque de France, entrée est, Allée Julien Cain.

Lecture

Patrick Deville, Kampuchéa , Seuil, 2011.

Musique

Françoise Hardy, La nuit est sur la ville , 1964, "La nuit est sur la ville / Près de moi, tranquille / Il est là qui attend / Loin, dans une autre ville / Toi que j'aime tant, / Que fais-tu maintenant?"

Léo Ferré, La nuit , album Poètes vos papiers ,

Claude Debussy, Suite bergamasque , pour piano (1890), troisième mouvement, Clair de lune , par Samson François. Inspiré par Verlaine, Clair de lune , premier des Fêtes galantes , 1869

Intervenants
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