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Hommage à Jean Dubuisson, Réfection de la tour Bois-le-Prêtre à Paris

1h
À retrouver dans l'émission

Nous rendrons d'abord hommage à l'architecte Jean Dubuisson, puis nous parlerons de logement social avec divers protagonistes de l'opération de réhabilitation d'une tour HLM qui pourrait faire école, tant elle semble apporter d'espace, de lumière et peut-être de satisfaction à ses occupants : il s'agit de la réfection de la tour Bois-le-Prêtre, près de la porte Pouchet, avec l'architecte Frédéric Druot, Bruno Colin et Jean-Michel Maigné, du bailleur social Paris Habitat, et le témoignage, donc, de plusieurs habitants, recueillis la semaine dernière.

Indications bibliographiques

Jean Dubuisson par lui-même , Armelle Lavalou, Le Linteau, 2008, 172 pages, 15 euros.

Colonnes n°11, Jean Dubuisson , janvier 1998, IFA, 38 pages, 30 francs.

Jacques Lucan, Pascal Perris, "Jean Dubuisson : le bruit des chantiers", "Logements de Jean Dubuisson", L'Architecture d'aujourd'hui , n°314, décembre 1997.

Loïc Richalet, "Jean Dubuisson, villa Weil, 1970", AMC n°145, septembre 2004.

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Pratique du voile de béton en autoconstruction , Joël Unal, préface de Claude Haüsermann-Costy et Pascal Haüsermann, Alternatives, AnArchitecture, 1981, 166 pages.

Bulles, conversation avec Pascal Haüsermann , Julien Donada, préface de Michel Ragon, Facteur humain, 2010, 120 pages, 15 euros.


Plus, les grands ensembles de logements, territoire d'exception , Frédéric Druot, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, étude, Dapa, ministère de la Culture, 2004, 172 pages.

Autrement rue Rebière , un workshop de l'Opac de Paris, Périphériques dir., Pavillon de l'Arsenal, 2007, 304 pages, 15 euros.

Lacaton et Vassal , Cité de l'architecture et du patrimoine, Editions Hyx, Orléans, 2009, 232 pages, 30 euros.

Lacaton et Vassal , 2G n°21, Gustavo Gili, Barcelone, 2002, 144 pages, 30 euros.


Frédéric Druot : Ne pas démolir est une stratégie; Patrice Goulet et Nicolas Bourriaud : A la loupe : l'école d'architecture de Nantes est un manifeste, L'Architecture d'Aujourd'hui , n°374, 240 pages, 25 euros.

Christophe Hespel : Frédéric Druot et Lacaton et Vassal, Réhabilitation d'une tour, Paris XVII°, AMC , n°209, octobre 2011, 186 pages, 19,50 euros.

Valéry Didelon : Valeur d'usage, valeur d'image : la nouvelle école d'architecture de Nantes, Criticat , n°8, septembre 2011, 128 pages, 14 euros.

Nécrologies

L'un des meilleurs architectes français des années soixante est mort il y a quinze jours, le 22 octobre, deux jours après le designer Roger Tallon. Il s'agit de Jean Dubuisson.

Il a été l'un des maillons d'une longue généalogie de maîtres d'œuvre, comme cela arrive quelquefois dans les familles d'architectes : cinq générations déjà. Un grand-père peu connu et dont lui-même, curieusement, ne savait presque rien. Un père beaucoup plus influent, Emile Dubuisson (1873-1947), auteur de l'hôtel de ville de Lille avec son hall immense, son beffroi aux réminiscences art nouveau. Lui-même, donc, Jean, né en 1914. Et puis deux de ses fils, dont Sylvain, célèbre et délicat designer, deux de ses petits-fils, etc. Tous architectes. Il est mort samedi dernier (22 octobre) à Nîmes où il vivait retiré depuis plusieurs années.

Second grand prix de Rome en 1943, premier grand prix de Rome en 1945 (ex æquo avec Jean de Mailly qui est mort il y a déjà 36 ans), Jean Dubuisson séjourna à Rome, à la Villa Médicis, puis à Athènes jusqu'en 1949. Lorsqu'il rentrait en France, c'était en 1950 avec le concours MRU de Strasbourg, concours pour 800 logements qu'il ne gagna pas mais qui allait établir sa notoriété dans le domaine en pleine croissance du logement social, un domaine où il s'illustrerait par l'élégance particulière de ses productions, notamment de ses façades, mais aussi par la clarté moderne du plan de ses logements, la netteté, la simplicité et la qualité de leurs agencements intérieurs. Il travaillera beaucoup pour la Scic, une filiale de la Caisse des dépôts créée en 1954, mais aussi pour l'Immobilière Conception de Paris, société du banquier André Weil pour laquelle il dessinera l'ensemble Maine-Montparnasse et notamment la grande façade en trame tartan (c'est-à-dire en motif de tissu écossais) de l'immeuble qui est situé entre les voies ferrées et la rue du Commandant-Mouchotte, façade que Jacques Tati avait reproduite en décor pour Playtime et qui a été rendue célèbre dans le monde entier par une photographie panoramique qu'Andreas Gursky en réalisa en 1993 (une photographie que d'ailleurs l'architecte détestait pour son insistance sur la monotonie supposée de cette façade).

Jean Dubuisson pensait avoir construit quelque 20 000 logements et des milliers de mètres carrés de bureaux : on trouve de ses œuvres à Croix (la résidence du Parc), à Uckange, Metz (la Zup de Borny), Thionville (la résidence Cormontaigne), Belfort, Commercy, Lunéville, Reims, Saint-Lô, Lyon La Duchère, Villeurbanne, Roanne, Montluçon, Saint-Germain-en-Laye (le très beau village du Shape), Rocquencourt et Versailles (les immeubles Pershing), Courbevoie, Bercy-la Rapée près de la gare de Lyon (assez raté d'ailleurs), sur le boulevard Ney à la porte de Clignancourt, à Biarritz, Agen, Lapalud et Mondragon, dans la vallée du Rhône, à Orange, à Bordeaux-le-Lac (avec le hall d'exposition de la foire, 847 mètres de long) : bref, un peu partout.

Et puis la fameuse ZUP de Chambéry-le-Haut qui fut longtemps considérée comme une "Zup heureuse" (11 500 habitants, 20% de la population de cette ville). Et enfin une opération célèbre pour les difficultés sociales qu'elle a connues et les querelles qui étaient nées de ses deux réhabilitations successives : il s'agit du grand ensemble de la Caravelle à Villeneuve-la-Garenne, 1 630 logements (1959-1968). "Ma prétention était de donner aux habitants une œuvre d’art, avait expliqué l'architecte à Armelle Lavalou. La façade est lisse, assez formaliste pour contrer l’idée d’entassement, avec un jeu sur la combinatoire des ouvertures; j’ai toujours eu un amour particulier pour la dentelle qui n’est finalement qu’une trame sur laquelle jouent des pleins et des vides." Les deux réhabilitations, par Alain Sarfati d'abord, par Roland Castro et Sophie Denissof ensuite (après 1996), furent vivement contestées par Dubuisson et vécues par certains commentateurs comme un véritable massacre.

Deux réalisations d'un autre genre méritent d'être citées : la résidence du banquier Weil à Pontpoint dans l'Oise, près de la forêt d'Halatte, et le seul musée qui lui ait été confié : le très joli musée des Arts et Traditions populaires, dans le bois de Boulogne (fermé depuis 2005). Tout ceci en une trentaine d'années puisqu'il s'était retiré à 69 ans, en 1983.

Figure détestée au temps du postmodernisme, détestée à la fois pour des raisons esthétiques (pour ses plans-masses, ses compositions calmes et froides marquées par l'enseignement des Beaux-Arts en quelque sorte revivifié par une expression d'une parfaite pureté moderniste) et détestée pour des raisons politiques (en tant qu'il était l'une des plus parfaites expressions de l'urbanisme des Trente Glorieuses et de ce qu'on appelait dans ces années-là la technocratie), Jean Dubuisson était redevenu un exemple pour une part de la jeune génération d'architectes. Jean Nouvel avait manœuvré pour lui faire obtenir en 1996 le Grand prix d'architecture (il avait 82 ans). Ses archives ont été classées, les architectes Pascal Perris et Jury Barattini (un Italien établi à Barcelone) ont entrepris des doctorats et une exposition lui a été consacrée à l'Institut français d'architecture en 1998. Il n'existe malheureusement pas encore de monographie sur son travail.

Voici un moment de sa voix, enregistrée il y a huit ans, le 30 octobre 2002, il avait déjà 88 ans. Dans les dernières minutes de l'entretien, il nous parlait de la fin de sa vie professionnelle, survenue vingt années plus tôt.


L'architecte suisse Pascal Haüsermann (qui s'était particulièrement illustré dans la région Rhône-Alpes) est mort mardi, le 1° novembre, à Madras, en Inde, où il s'était exilé il y a longtemps. Né à Bienne en novembre 1936, il allait avoir 75 ans. Haüsermann a dessiné beaucoup de maisons-coques, participant à ce mouvement que l'on pourrait situer entre utopie et auto-construction qui compte aussi Antti Lovag (1920), lequel a inventé de somptueuses villas en coques pour des propriétaires fortunés (comme Pierre Cardin à Théoule-sur-Mer, près de Cannes), et Jean-Louis Chanéac (1931-1993) auquel une exposition est consacrée cet automne au CAUE de Lyon. S'il a construit sa première œuvre à 23 ans, avant d'être diplômé, Pascal Haüsermann ne devait pas construire très longtemps : en une quinzaine d'années sa carrière était faite et, avant l'âge de quarante ans, il était balayé comme toute cette génération que les suites de 1968 et les prémices du postmodernisme allait disperser aussi, en même temps que les prix de Rome et les modernistes dont ils s'étaient pourtant voulus l'exact contraire. Faute de place aujourd'hui, nous lui rendrons hommage dans quelques jours.

• Lecture

Tout, tout de suite , Morgan Sportès, éditions Fayard, 2011, 380 pages, 20,90 euros.

Musiques

Pierre Henry, Messe pour le temps présent .

Intervenants
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