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La géographie, la ville et la "matérialité des choses et des lieux"

59 min
À retrouver dans l'émission

Nous recevrons le géographe Marcel Roncayolo, pour effectuer un retour sur son œuvre, pour parler encore de paysages, de villes, de théorie et de ce qu'il appelle quant à lui la "matérialité des choses et des lieux"; ce sera en compagnie de l'architecte et urbaniste Isabelle Chesneau.

Indications bibliographiques

Le Caire, Portrait de ville , Mercedes Volait, Claudine Piaton et Juliette Hueber, IFA, 2011, 80 pages, 20 euros.


L'Abécédaire de Marcel Roncayolo , entretiens Isabelle Chesneau et Marcel Roncayolo, InFolio, 2011, 608 pages, 12 euros.


Territoires en partage. Nanterre, Seine-Arche : en recherche d'identité(s), Marcel Roncayolo, Parenthèses, 2006, 112 pages, 22 euros.

Lectures de villes, formes et temps , Marcel Roncayolo, Parenthèses, Marseille, 2002, 392 pages, 19 euros.

Martigues, regards sur un territoire méditerranéen , Marcel Roncayolo (avec Jean-Charles Blais), Parenthèses, 1999

Marseille et les territoires du temps , Marcel Roncayolo, Editions locales de France, 1996.

Marseille, les grammaires d'une ville , Marcel Roncayolo, éditions de l'Ehess, 1996.

Ville et civilisation urbaine , Marcel Roncayolo (anthologie de textes réunis par Thierry Paquot), Larousse, 1992

La Ville et ses territoires , Marcel Roncayolo, Gallimard, Folio-Essais, 1990.

L'Imaginaire de Marseille, port, ville, pôle , Marcel Roncayolo, Chambre de commerce et d'industrie, 1990, 368 pages.


Histoire de la France urbaine , Georges Duby dir., tome 1, La ville antique des origines au IX° siècle , Paul-Albert Février, Michel Fixot, Christian Goudineau et Venceslas Kruta, Seuil, 1980, 600 pages.

Histoire de la France urbaine , Georges Duby dir., tome 2, La ville médiévale, des carolingiens à la Renaissance , Jacques Rossiaud, André Chédeville, Jacques Le Goff, Seuil, 1980, 564 pages.

Histoire de la France urbaine , Georges Duby dir., tome 3, La ville des temps modernes, de la Renaissance aux révolutions , Roger Chartier, Emmanuel Le Roy Ladurie, Guy Chaussinand-Nogaret, Hugues Neveux, Bernard Quilliet, Seuil, 1981, 656 pages.

Histoire de la France urbaine , Georges Duby dir., tome 4, La ville à l'âge industriel, le cycle haussmannien , Maurice Agulhon, Françoise Choay, Maurice Crubellier, Yves Lequin, Marcel Roncayolo, Seuil, 1983, 672 pages.

Histoire de la France urbaine , Georges Duby dir., tome 5, Croissance urbaine et crise du citadin , Jacques Brun, Guy Burgel, Jean-Claude Chamboredon, Françoise Choay, Michel Coste, Jacques Julliard, Marcel Roncayolo, Seuil, 1985, 672 pages.

Disparitions

Jacques Polieri était mort le 16 décembre. Toulousain, né en 1928, il a été un metteur en scène d'avant-garde et surtout un scénographe appliqué à introduire le mouvement et une nouvelle conception de l'espace théâtral. Mouvements relatifs de la scène et des gradins des spectateurs, particulièrement dans son œuvre la plus célèbre (réalisée pour la maison de la culture de Grenoble avec l'architecte André Wogenscky) : une salle ronde, mobile, tournant à 360 degrés, circonscrite dans une scène annulaire susceptible de tourner elle aussi. Elle fut inaugurée en février 1968, durant les jeux olympiques, avec une pièce de Butor intitulée 6 810 000 mètres cubes d'eau par seconde, étude stéréophonique , et puis le mécanisme se bloqua, assez vite. Le théâtre n'existe plus..

Michel Corvin a écrit de Polieri "la scénographie en appelle à l'autre architecture, celle du bâtiment théâtre. Pour la révolutionner, Polieri n'a besoin que de lui appliquer le mot même, celui de mouvement, qui lui avait servi pour tournebouler l'installation scénique traditionnelle. Il va donc proposer des maquettes ou même faire construire des lieux où le mouvement sera l'alpha et l'oméga de sa recherche : mouvement du spectacle placé sur un anneau circulaire animé d'une vitesse modulable, mouvement des spectateurs placés sur un anneau central mobile, avec possibilité d'un double mouvement de rotation soit dans le même sens, soit en sens inverse. (...) Il imagine maints dispositifs (maquettes ou dessins) où la sphère remplace définitivement le cube, et l'espace ouvert à champ de vision multidirectionnel l'espace fermé de la boîte cubique, où seule une vue axiale permet d'embrasser la totalité du spectacle. /// L'espace matériel, fût-il celui d'anneaux qui tournent ou de sphères qui s'animent de projections mouvantes, ne pèse-t-il pas d'un poids bien contraignant sur le rêve faustien de mobilité et d'ubiquité totales, qui, on s'en doute, est déposé en germe dans la pensée de Polieri dès l'instant lointain où il est parti en guerre contre le statisme de la scène ? C'est pour la réalisation de ce rêve que les nouvelles technologies électroniques (vidéo, images numériques, « jeux de communication » à distance, cybercinéma) ouvrent le champ immense du virtuel."

1960, Théâtre annulaire mobile à la porte de Versailles; 1968, théâtre annulaire mobile construit par André Wogenscky pour la maison de la culture de Grenoble sur les plans du "théâtre torique" élaborés conjointement avec Jacques Polieri.; 1969, théâtre mobile transformable, salle Louis-Jouvet, au Conservatoire national d'art dramatique.; 1970, salle automatique mobile » : maison des jeunes et de la culture de la vallée de Chevreuse; 1970, théâtre du mouvement total à Osaka; 1975, salle polyvalente audio-vidéo aux Ulis

Scénographie nouvelle , n° spécial de la revue Aujourd'hui , novembre 1963

Polieri, une passion visionnaire , Michel Corvin, éditions Adam Biro, 1998

  • Polieri, créateur d'une scénographie moderne* , Bnf, 2002, 72 pages.

Le designer Sori Yanagi est mort le 25 décembre. Il était né à Tokyo en 1915 et il avait donc 96 ans. Alors qu'il n'était qu'un jeune étudiant en art industriel, il avait collaboré avec Charlotte Perriand pendant deux années durant son séjour au Japon après 1940, ayant été en quelque sorte désigné comme son guide. "Ce qui me plaisait (en lui) avait-elle écrit dans ses mémoires, Une vie de création , c'est qu'il ne se dérobait jamais et s'amusait bien lui aussi à mes dépens, affectueusement, je crois."

Sori Yanagi était le fils de Soetsu Yanagi (1889-1961), qui avait créé en 1926 et qui dirigeait le Nihon Mingei Kan, le musée de folklore et d'art populaire de Tokyo, et qui a été l'auteur d'un célèbre ouvrage : L'Artisan inconnu . Le musée du quai Branly avait il y a trois ans, fin 2008, consacré une exposition à son travail : L'esprit Mingei au Japon. De l’artisanat populaire au design . Sori Yanagi se distinguait de ce père dont selon Perriand il ne partageait pas tout à fait (au début en tout cas) le goût pour l'artisanat traditionnel, inconditionnel qu'il était, quant à lui, "du présent et de l'avenir". Il devait néanmoins lui succéder et, toujours selon Perriand, réaliser "la synthèse de ces deux modes de production : l'artisanat et l'industrie qu'il (voulait) parfaite."

"Un objet n’est pas fait par le design, a-t-il écrit. Le design est issu de la fabrication. Ceci est le plus important dans l’âge de la mécanisation. Ceci pour dire qu’être familier avec la machine et connaître les matériaux sont les clés pour produire un bon design. Le designer fait lui-même un modèle et discute longuement avec les techniciens (...); le designer ne peut exister sans des gens qui le comprennent et collaborent avec lui."

C'est lui qui, après la guerre, avait sélectionné les objets japonais présentés à partir de 1956 ou 1957 par la décoratrice dans la galerie de Steph Simon, boulevard Saint-Germain, juste derrière la statue de Diderot, et au Salon des arts ménagers lors d'une manifestation qui s'était tenue en collaboration avec le journal Elle et les Galeries Lafayette. Il avait aussi, à sa demande, dessiné des tabourets pour la station des Arcs, qu'elle avait aménagée mais qui "faits de fibre de verre et de résine de polyester", "furent transformés en luge par des Allemands, au clair de lune, pour servir à des concours de vitesse", a-t-elle rapporté.

Son chef d'œuvre est sans conteste le célèbre tabouret Butterfly, c'est-à-dire "papillon", qui date de 1954. Il associe deux formes symétriques, en contreplaqué courbé; deux formes légèrement galbées au niveau de l'assise (de chaque côté des hanches) et un peu plus recourbé au niveau des pieds, à la façon d'une feuille qui sècherait; ce sont deux plaques de bois mises en forme, simplement tenues par un boulon au pli de l'assise et raidies par une petite barre d'acier au niveau des mollets. Un chef-d'œuvre. Très connu aussi, produit au cours de la même année 1954, le tabouret empilable Elephant Stool, un tripode bas, coloré, très arrondi, d'allure plutôt massive. Comme beaucoup de designers, Sori Yanagi a travaillé dans des genres assez divers, avec Sony par exemple, au tout début des années soixante, puis il a créé la machine à coudre Riccar SF (1970) et par ailleurs dessiné des verres, des bouilloires, services à thé, saucières et toutes sortes d'ustensiles de cuisine ou d'objets pour la table, des jouets aussi.


Sori Yanagi Design , coll. préface de Charlotte Perriand, texte en anglais et japonais, Yoshibo, 1983, 180 pages.

Dictionnaire de la civilisation japonaise , Augustin Berque dir., Hazan, 1994, 540 pages. (Design par Dominique Buisson).

Japon des avant-gardes 1910-1970 , Centre Pompidou, 1986, 550 pages.

Artisan et inconnu. La beauté dans l'esthétique japonaise , Soetsu Yanagi, L'Asiathèque, 1992, 166 pages.

L'esprit Mingei au Japon , Germain Viatte, coll. (avec le texte de Soetsu Yanagi, L’Idée du Mingei , 1933), Musée du quai Branly, Actes Sud, 2008, 144 pages, 28 euros

Une vie de création , Charlotte Perriand, Odile Jacob, 1998, 432 pages.

Charlotte Perriand et le Japon , Jacques Barsac, avec Sôri Yanagi, Pernette Perriand-Barsac, Yvonne Brunhammer, Germain Viatte, Editions Norma, 2008, 336 pages, 49 euros.

Lecture

Dominique Eddé, Kamal Jann , roman, Albin Michel, 2012.

Gros de plus de 450 pages, ce roman de l'intellectuelle et écrivaine libanaise Dominique Eddé, qui parait cette semaine, permet (outre ses grandes qualités romanesques et stylistiques) de se représenter certaines dimensions de la vie politique et de l'histoire moderne du Moyen-Orient, en l'occurrence essentiellement sous l'angle de la Syrie et du Liban et de certaines diasporas à Paris et New York.

Musique

Tino Rossi, Pour t'avoir au clair de lune , valse chantée du film documentaire Marseille , 1935, musique de Vincent Scotto et Georges Sellers, paroles de Géo Koger et Vincent Scotto. Reprise dans le film Marinella , de 1936

Colette Renard, Tais-toi Marseille , de Maurice Vidalin, 1958

Léo Ferré, Marseille , album La violence et l'ennui , 1980

Cheb Khaled, Oran Marseille , album Sahra , 1997

Massilia Sound System (groupe de reggae fondé en 1984), Rendez-vous à Marseille , album Oai e libertat , 2007

Intervenants
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