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A propos de l'architecture brutaliste, Evocation de l'architecte Jean-Louis Véret

59 min
À retrouver dans l'émission

Nous envisagerons avec Emmanuel Rubio un trait singulier de l'architecture depuis la seconde guerre mondiale, ce brutalisme, cette rugosité, cet inconfort qu'elle a souvent pratiqués de façon délibérée et que lui attribue à un désir de catharsis.

Nous évoquerons l'architecte Jean-Louis Véret récemment disparu,

Le clarinettiste Emilien Véret, petit neveu de Jean-Louis Véret, est venu en studio pour participer au bref hommage que nous rendons à cet architecte de très grande qualité.

• Indications bibliographiques et radiophoniques

L’Atelier de Montrouge, La modernité à l’œuvre (1958-1981), Catherine Blain, contributions de Danièle Voldman, Serge Moscovici, Xavier Douroux, Joseph Abram et Dominique Delaunay, Actes Sud / Cité de l’architecture et du patrimoine, 2008, 312 pages, 49 euros.

Architectures en Inde , Jean-Louis Véret dir., Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts, Afaa, Electa Moniteur, 1985, 184 pages.

Un parcours moderne , Pierre Riboulet, Linteau, 2004, 168 pages, 18 euros.

Espace à lire, la bibliothèque des enfants à Clamart , Gérard Thurnauer, Geneviève Patte et Catherine Blain, Gallimard, 2006, 182 pages, 30 euros.

Le Siti, Paris/Issy-les-Moulineaux, atelier de Montrouge 1960-1967 , Lucie Cometta-Colas dir, Jean-Michel Place, 2007, 94 pages.

L'Atelier de Montrouge , Catherine Blain, Colonnes n°16-17, septembre 2001, Ifa, 68 pages, 4,50 euros.

L'atelier des trois mousquetaires : l'atelier de Montrouge, Grand Prix national d’architecture , François Chaslin, Le Moniteur, supplément au n° 6, février 1982.


Métropolitains , n°60, 001206 * Rencontre avec l'architecte Henri Ciriani au couvent de la Tourette (avec le prieur Brice Olivier et les architectes Jean-Louis Véret et Mauro Galantino).

Métropolitains , n°70, 010214 Actualité, le tremblement de terre, les œuvres de Le Corbusier et de Louis Kahn à Ahmedabad, avec Jean-Louis Véret Evocation de Iannis Xenakis (1921-2001), avec Jean-Louis Véret et Sven Sterken, de l'université de Gand.

Métropolitains , n°162, 030205 * Spécial Atelier de Montrouge (1958-1979), avec les architectes Gérard Thurnauer, Jean-Louis Véret et Pierre Riboulet.


Vers une architecture cathartique (1945-2001), Emmanuel Rubio, éditions Donner lieu, 2011, 326 pages, 16 euros.

L’Architecte à la plume , Actes du colloque dirigé par Emmanuel Rubio et Yannis Tsiomis, Editions de la Villette, à paraître en 2011.

Articles : L’abeille ou l’architecte, et Vertiges de l’architecture intra-utérine : de Tristan tzara à Lars Spuybroek, in Mélusine XXIX, Le Surréalisme sans l’architecture , dossier réuni par Henri Béhar et Emmanuel Rubio, L’Age d’Homme, 2009, 332 pages.

Calendrier

0209-2609 www.galerie-architecture.fr A Paris, à la Galerie d'architecture, exposition des travaux de l'agence d'architecture franco-autrichienne de Dietmar Feichtinger , auteur notamment de la fameuse passerelle Simone-de-Beauvoir, qui est établie sur la Seine devant la Bibliothèque de France. Galerie d'architecture, 11, rue des Blancs-Manteaux, 75004 Paris.

1009-0110 www.galeriepolaris.com Exposition Beyond Horizon , de l'architecte Odile Decq, à la galerie Polaris, 15, rue des Arquebusiers, 75003 Paris. En 2007, elle avait exposé dans cette même galerie une installation, Homéostasie ; cette fois-ci, il s'agira de proposer au visiteur un "passage visuel" composé de miroirs argent et de miroirs noirs, "dans lesquels il aura l’occasion de se confronter physiquement avec l’espace, de parcourir sa propre image avec celle de l’espace et, en se mouvant, de percevoir et de comprendre différentes perspectives".

1609-1601 www.musées-poitiers.orgL'Age roman. Au temps des comtes-ducs d'Aquitaine , musée Sainte-Croix, 3bis, rue Jean-Jaurès, Poitiers.

1809-1610 www.leslandesblanches.fr Le nouveau centre d'art Les Landes blanches, aux Sorinières, commune de Loire-Atlantique qui jouxte Rezé, près du lac de Grand-lieu, a choisi pour son exposition inaugurale de présenter des dessins de l'architecte Claude Parent intitulés Villes improbables . Quarante dessins, qui participent des séries Villes incisées et Villes satellites . Les Landes blanches, 44840 Les Sorinières.

1809 www.institut-de-france.fr L'architecte Marc Barani a remporté (devant Yann Keromnès et Aurelio Galfetti, Dominique Perrault et l'agence Opus 5 d'Agnès Pontremoli et Bruno Decaris) le concours pour la création d'un auditorium pour l’Institut de France et les cinq Académies sur une parcelle arrière (dite parcelle de l'an IV) rétrocédée par la Monnaie de Paris qui l'avait annexée en 1796 (elle appartenait au Collège des Quatre-Nations) et y avait installé des presses puis divers ateliers industriels. Les quatre projets sont présentés au public dans le vestibule de la coupole du quai Conti, ce dimanche jusqu'à 18h00. C'est une occasion de pénétrer sous la fastueuse chapelle de l'architecte Louis Le Vau et d'y admirer le tombeau de Mazarin par le sculpteur Coysevox.

Nécrologie

L'architecte Jean-Louis Véret est donc mort le 4 septembre à Saint-Georges-de-Didonne. Ses cendres ont été inhumées mercredi matin au Père-Lachaise, par un frais soleil, presque en face de la sépulture d'un autre "gars du bâtiment" : Fulgence Bienvenue, l'inventeur du métropolitain de Paris, dont la tombe s'orne d'une grande palme de bronze entre les pennes de laquelle il est d'usage de déposer un ticket de métro.

Jean-Louis Véret avait été l'un des membres fondateurs de cet Atelier de Montrouge qui (avec celui de Candilis, Josic et Woods, et avec l'Atelier d'architecture et d'urbanisme, l'AUA de Bagnolet) est l'une des équipes qui ont porté très haut les idéaux modernistes de l'architecture française des années soixante. Des vingt années soixante, en quelque sorte, puisque l'atelier proprement dit exista durant vingt ans, de 1958 à 1978. Il regroupait trois architectes qui, comme les mousquetaires, furent longtemps quatre : Jean Renaudie, né en 1925, mort en 1981, qui les avait quitté en conflit politique en 1968 (Jean Renaudie auquel on doit notamment le centre-ville d'Ivry-sur-Seine), Gérard Thurnauer, né en 1926 (auquel on doit particulièrement la bibliothèque enfantine de Clamart), Jean-Louis Véret, né en 1927 et qui vient donc de mourir, et Pierre Riboulet, le cadet, né en 1928, mort en 2003 (on lui doit l'hôpital Robert-Debré et la bibliothèque de l'université de Saint-Denis).

Cette agence a laissé une empreinte essentielle, en un sens puritaine, on pourrait dire dogmatique dans le sens noble du mot. Cette empreinte est faite de rigueur intellectuelle, d'une foi constante dans la modernité, d'une préoccupation pour les questions sociales et d'un désir de rencontre avec des milieux non architecturaux, notamment avec les sciences humaines, dans une approche pluridisciplinaire. Et surtout d'un effacement de l'égo, d'un effacement de la personnalité de chacun d'entre eux au profit de la signature collective qui tranche singulièrement avec le monde actuel du vedettariat. Dans cette petite agence d'échelle artisanale, les œuvres étaient supposées collectives, bien que chacun des associés fût évidemment responsable de tel ou tel projet en particulier.

Thurnauer, Véret et Riboulet s'étaient connus dans l'immédiat après-guerre au sein de l'atelier Gromort-Arretche de l'école des Beaux-Arts. En 1949, ils voyagèrent en Afrique durant huit mois, avec Philippe Canac (1928) et Michel Bataille (1926-2008) qui deviendra un écrivain assez connu et qui est mort il y a trois ans. Ils travaillaient çà et là pour financer leur voyage (à Rabat ou Casablanca chez Michel Ecochard, chef des services d'Urbanisme du Maroc, puis au Caire à l'agence du canal de Suez). Ils passèrent leur diplôme à trois (ce qui était exceptionnel) et sur un site réel, l'université musulmane de Fez. Le Corbusier était venu les voir avec Ecochard, amenant rien moins que Walter Gropius, Ernesto Rogers, Siegfried Giedion et quelques sommités de l'époque qui étaient de passage à Paris pour préparer un congrès des CIAM, les Congrès internationaux d'architecture moderne. Projet de diplôme doctrinaire, strict, décomposé selon la grille CIAM de l'Ascoral, ce travail se voulait une mise en pratique de la Charte d'Athènes, organisé à partir de ses fameuses catégories : habiter, travailler, se cultiver le corps et l'esprit, circuler; il reçut le prix du Meilleur diplôme 1952 et Le Corbusier en 1955 en publia deux dessins dans le Modulor 2 .

Plus âgé que les autres, d'origine modeste, Renaudie devait faire la place, il ne sera diplômé qu'en 1958. Le Corbusier embaucha Véret, qu'il fit travailler à Paris sur les cinq projets d'Ahmedabad, en Inde, puis il l'envoya en 1953 sur ses chantiers de cette grande ville industrielle du Gukarat (avec notamment la Maison des filateurs et les deux villas Sarabhai et Shodhan qui comptent parmi ses plus grands chefs-d'œuvre). Puis deux années de service militaire en Algérie. Thurnauer et Riboulet allèrent de leur côté chez Ecochard qui travaillait maintenant sur les bidonvilles du Pakistan.

Je ne me livrerai pas à l'énumération des réalisations de l'Atelier de Montrouge : une maison individuelle, celle du peintre Messagier près de Montbéliard dans un vallon avec un vieux moulin (surtout due à Jean-Louis Véret), du logement, de l'urbanisme, des villages de vacances, comme celui de Ramatuelle, à Cap-Camarat (toujours de Véret), des bureaux, notamment pour l'EDF, et particulièrement le centre de mécanographie d'Issy-les-Moulineaux, ou le centre de traitement de l'information d'Orléans-la-Source auquel il avait donné cette belle plasticité, très sculpturale, avec des brise-soleil de béton armé, qui marquait l'œuvre indienne du Corbusier, la bibliothèque enfantine de la Plaine, à Clamart, et en ce qui concerne à nouveau plus particulièrement Jean-Louis Véret, le centre éducatif et culturel d'Istres, les Heures claires, réalisant avec le procédé de construction industrialisée Geep-Industrie les ambitions de cette nouvelle pédagogie qu'on appelait à l'époque les équipements intégrés : CES, maison pour tous, foyer de jeunes travailleurs, village de vacances, bibliothèque, théâtre de plein-air, centre social, équipements sportifs : tout cela mêlé. Et puis, bien sûr, le grand et difficile projet de la ville nouvelle du Vaudreuil, établie dans la vallée de la Seine, parmi les gravières, en amont de Rouen.

Sa vie professionnelle ne se développa pas comme on aurait pu le souhaiter, notamment du fait de l'arrivée des générations postmodernes dans le courant des années soixante-dix. Il perdra un certain nombre de grands concours et connaîtra par ailleurs de grandes difficultés au milieu des années soixante-dix avec un projet d'aménagement du parvis de la cathédrale de Reims.

Après la dissolution de l'atelier et l'obtention en quelque sorte posthume du Grand prix d'architecture en 1981 (Renaudie se l'était vu attribuer en 1978), Jean-Louis Véret alla quelques mois enseigner à Harvard, travailla à la Fondation Le Corbusier, et réalisa notamment les archives du film à Bois-d’Arcy, des laboratoires à l'hôpital Avicenne de Bobigny, des projets au Japon et la jolie et très légère boutique de parfums Shu Uemura, près de la librairie La Hune, boulevard Saint-Germain.

Jean-Louis Véret avait toujours conservé des relations étroites avec les architectes indiens et il avait été le commissaire (c'était il y a vingt-cinq ans, à la fin 1985) d'une exposition Architectures en Inde qui s'était tenue dans la grande salle Melpomène de l'école des Beaux-Arts.

Nous allons réentendre sa curieuse voix, rayée et essoufflée, qui paraissait toujours angoissée. Nous l'avions reçu en février 2001, quelques jours après la mort de son ami Iannis Xenakis, avec lequel il avait travaillé chez Le Corbusier puis ensuite, bien plus tard, pour le concours de la Cité musicale de la Villette de 1984.

Lecture

Jean Rolin, Le Ravissement de Britney Spears , POL, 2011

Musique

Emilien Véret en direct, à la clarinette

Anton Karas, à la cithare, du film de Carol Reed Le troisième homme (tourné en 1948 dans les ruines de Vienne) avec Joseph Cotten, Orson Welles, Alida Valli, Trevor Howard, grand prix à Cannes en 1949

Serge Gainsbourg, Rock around the bunker , 1975

Chostakovitch, quatuor à cordes n° 8 en ut mineur, deuxième mouvement

Intervenants
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