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A propos d'un faux Paris lumineux, Cinquantenaire de la mort d'Eugène Freyssinet

59 min
À retrouver dans l'émission

Nous évoquerons un faux Paris lumineux qui aurait été inventé contre les bombardements de 1918, et nous parlerons du leurre en général, avec deux malfaiteurs : l'écrivain Xavier Boissel et son ami Didier Vivien, qui est photographe et artiste zérologue, et père d'un étudiant architecte qui s'est joint à eux, Gaspard Vivien.

Puis à l'occasion du cinquantenaire de la mort d'Eugène Freyssinet, nous commenterons l'apport du grand ingénieur avec l'architecte Paul Chemetov, l'ingénieur-architecte Marc Mimram, et les historiens Bernard Marrey et Jean-François Cabestan. Nous parlerons donc de béton, de béton précontraint, et ce sera roboratif.

Indications bibliographiques

Paris est un leurre , Xavier Boissel, Inculte, 2012, 128 pages, 13,90 euros.

Architecture en uniforme : Projeter et construire pour la Seconde Guerre mondiale , Jean-Louis Cohen, Centre canadien d'architecture, Hazan, 2011, 448 pages, 50 dollars canadiens, 38 euros.

Quand Paris était une ville lumière , général Pierre-Marie Gallois, L'Age d'homme, Lausanne, 2001, 64 pages.

Dead Cities , Mike Davis (2002), Les Prairies ordinaires, 2009, 144 pages, 12 euros.

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Les Héritiers, e pericoloso sporgersi, Archives (industrielles), Architecture, Archéologie (urbaine), Didier Vivien, texte Sylvain Masschelier, Centre des archives du monde du travail, Roubaix, 1998, 240 pages.

Archéologie de la mine , Didier Vivien, Éric Wawrzyniak, Marval, 1994, 204 pages

Du reste: traité de zérologie, entropie et virtualité dans la machine de vision , Didier Vivien, thèse de doctorat soutenue le 3 décembre 2003 sous la direction de Jacques Cohen, Centre d'études et de recherches en arts plastiques Cérap, Paris, 2001, 660 pages.


Pour une poétique du détour. Rencontre autour d'André Corboz , Catherine Maumi dir., Editions de la Villette, Ecole d'architecture de Grenoble, 2010, 272 pages.

Sortons enfin du labyrinthe!, André Corboz, InFolio, Gollion, 2009, 144 pages.

L'Espace et le Détour , André Corboz et Giordano Tironi, préface de Vittorio Gregotti, Hepia, L'Age d'homme, Lausanne, 2009, 296 pages.

Le Territoire comme palimpseste et autres essais , André Corboz, présenté par Sébastien Marot, éditions de l'Imprimeur, 2001, 288 pages.

Invention de Carouge, 1772-1792 , André Corboz, Payot, Lausanne, 1968, 604 pages.

Canaletto, una Venezia immaginaria , André Corboz, Electa, Milan, 1985.

La Peinture militante et l'Architecture révolutionnaire, à propos du thème du tunnel chez Hubert Robert , Birkhauser, Bâle, 1978, 56 pages.

Châtiment des victimes , André Corboz, La Baconnière, 1960, 56 pages.


Freyssinet, la précontrainte et l'Europe , Die Spannbeton und Europa , Prestresing and Europe , par Bernard Marrey et Jupp Grote, trilingue, Editions du Linteau, 2000, 112 pages.

Ecrits d'ingénieurs , réunis par Bernard Marrey, Linteau, 1997, 184 pages.

Un amour sans limite , Eugène Freyssinet, présentation d'Henri Lemoine et Pierre Xercavins, annotations de Bernard Marrey, Linteau, 1993, 192 pages.

Freyssinet, le béton précontraint , L'Ingénieur-Constructeur n°134, mars-avril 1969, 112 pages.

Eugène Freyssinet, Préface, L'Architecture d'Aujourd'hui , n° spécial Architecture industrielle, novembre 1936.


L'Art de l'ingénieur , Antoine Picon dir., centre Georges Pompidou, Le Moniteur, 1997, 600 pages.

Les Ponts modernes, 20° siècle , Bernard Marrey, Picard, 1995, 280 pages.

Nécrologie

Gabi Farage s'est suicidé le jeudi 24 mai. Il avait 41 ans. En 1997, il avait créé à Bordeaux avec Yvan Detraz l'association le Bruit du frigo , qui s'était spécialisée dans les activités de type associatif, alternatif et d'action culturelle populaire, et notamment le montage d'événements (avec toutes les architectures provisoires, souvent très inventives, que cela implique et dont on trouvera trace sur leur site Internet), des opérations dispersées entre Bordeaux et sa périphérie : Lormont, Bègles, Floirac, Saint-Médard-en-Jalles, etc. Puis en 2000 la Fabrique Pola , une sorte de fédération qui regroupait artistes et associations. Il menait récemment des projets à Marseille et Vitrolles dans le cadre de la préparation de l'année 2013 où cette agglomération sera capitale européenne de la culture (avec la construction d'une plateforme participative à la Porte d'Aix, abritée dans une architecture qu'il entendait constituer un "message républicain"). Leur travail est exposé jusqu'au 31 août au Pavillon de l'Arsenal dans la manifestation Re-architecture et il devait être de nos invités le 1° juillet prochain au cours d'une émission sur le réemploi et le détournement en architecture.


Le frère dominicain Antoine Lion est mort d'un cancer le mardi 22 mai à 72 ans. Ancien polytechnicien comme ses père et grand-père paternel. Mais pour lui ce fut une "erreur de jeunesse" et à 23 ans il basculait dans la religion. Il vivait depuis quelque temps au couvent de Saint-Jacques à Paris mais c'est surtout durant les quinze années où il vécut à la Tourette, dans l'austère et magnifique couvent que Le Corbusier avait construit entre 1952 et 1959 à l'Arbresle, dans les monts du Lyonnais, que sa vie a été liée à l'architecture. Il y dirigeait le Centre Thomas More qui organisait quantité de colloques autour de la spiritualité, de thèmes philosophiques ou de société. Et nous montions ensemble, dans la seconde moitié des années quatre-vingt-dix, des rencontres d'architecture. C'était frugal, amical, on crevait de chaud l'après-midi derrière les façades de verre du Corbusier, on dînait dans le réfectoire avec la douzaine de moines qui y séjournaient, on discutait à la bougie à cause des orages, on buvait pas mal puis on allait se coucher dans les anciennes cellules de 2,26 m du sol au plafond, et 2,26 m de largeur, avec l'enduit bien rêche des cloisons pour vous griffer la peau, dans des lits très étroits à sommier métallique. Au matin, interdiction de marcher pieds nus, le vieux linoleum vert était fragile et classé monument historique. Du bâtiment, il avait déclaré : "C’est une œuvre vraie, pleine d’imperfections mais qui ne triche d’aucune façon. Quand on ment à la Tourette, le béton vous regarde et fronce les sourcils."

Les rencontres roulaient parfois autour de Le Corbusier bien sûr, de l'espace et de la lumière, de la modernité, de questions urbaines, du patrimoine, des grands ensembles, de telle ou telle figure (Fernand Pouillon, Jean Prouvé). Les sessions ont reçu des architectes de sensibilités très diverses qui étaient notamment invités à donner leur lecture particulière du bâtiment. Je me souviens de Richard Meier, Mario Botta, Arata Isozaki, Herman Hertzberger, Paul Chemetov, Christian Devillers, Claude Parent, Bernard Huet, Michel Kagan, Jean Dubuisson et d'autres, de grande ou de plus modeste notoriété. Et puis des critiques ou enseignants (William Curtis, Bruno Zevi, Bruno Queysanne). En 1995, un groupe de dévots corbuséens, autour de leur pape, Henri Ciriani. En 2000, des architectes dans la fleur de leur jeunesse qui, eux, ne se réclamaient pas de cet héritage : Frédéric Borel, Rudy Ricciotti, Lacaton et Vassal, Dominique Lyon, Marc Barani. Militant de la cause homosexuelle, Antoine Lion présidait par ailleurs l'association Chrétiens et Sida qu'il avait créée il y a une vingtaine d'années "en contradiction, précisait-il, avec la parole officielle de l’Église".


Jean Dérens (1943), archiviste-paléographe, bibliothécaire à la bibliothèque historique de la Ville de Paris depuis 1967 puis conservateur en chef (1994), puis son conservateur général (1997-2008) est mort le 18 mai. Au moment de son départ en retraite, en 2008, sa dernière exposition lui avait valu des polémiques et quelques difficultés avec la mairie de Paris. Pourtant captivante, elle présentait les clichés de Paris en couleurs réalisés durant l'occupation par le photographe collaborationniste André Zucca, du journal allemand Signal .

En 1967, Jean Dérens avait soutenu une thèse sur la vie et les œuvres de Guillaume Coquillart , poète du quinzième siècle dans la manière de François Villon. Voici donc l'incipit, les quatre premiers vers, du poème Le blason des armes et des dames , écrit vers 1498 par cet auteur : "Or est le temps passé, passé, / Le bien pourchassé, pourchassé, / Et ce qu'on a trouvé, venu. / C'est grant chose d'avoir pensé..."


L'un des principaux intellectuels du domaine du paysage (de l'histoire et de l'analyse du paysage), est mort lundi. Il s'agit du suisse André Corboz, qui était né en 1928.

Juriste à l'origine, il avait enseigné treize ans à Montréal (1967-1980), fait paraître en 1968 une Invention de Carouge à la fin du xviii° siècle qui l'avait rendu assez célèbre, treize ans encore à Zurich (1980-1993) après la parution de sa thèse sur Canaletto, une Venise imaginaire. Dans le livre sur Carouge, on trouvait déjà l'idée qu'il faut démêler dans l'épaisseur historique d'un site les écheveaux, les trames, les fils tressés qui en font l'épaisseur. Ensuite, sa contribution à l'analyse du territoire en tant que palimpseste, de la Suisse entendue comme une hyperville, ses analyses des dimensions culturelles de la grille américaine , à propos de la Land Ordinance de 1785, ses petits livres sur la création de Saint-Pétersbourg et de Washington ont, à chaque fois, confirmé son bonheur d'écriture et de pensée. La France l'avait découvert assez tard, finalement, notamment grâce à l'action de Sébastien Marot, de la revue Le Visiteur et de la Société française des Architectes. Il était ensuite devenue une sorte de vieil intellectuel mascotte, comme aiment à s'en fabriquer les générations; il faut dire qu'il était adorable.

Lecture

Kawabata Yasunari, Yukiguni , 1937-1948, roman traduit du japonais par Bunkichi Fujimori, texte français d'Armel Guerne, Pays de neige , Albin Michel, 1960.

Musique

Deuxième quatuor à cordes d'Alexandre Borodine, 3° mouvement, le Nocturne , par le quatuor Borodine

A propos d'un faux Paris lumineux qui aurait été inventé contre les bombardements de 1917, et du leurre en général, avec Xavier Boissel, écrivain, et Didier Vivien, artiste zérologue. * L'ingénieur Eugène Freyssinet (pour le cinquantenaire de sa mort le 8 juin 1962), avec l'architecte Paul Chemetov, l'ingénieur-architecte Marc Mimram, et les historiens Bernard Marrey et Jean-François Cabestan.

Intervenants
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