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Califat

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CALIFAT

Le mot califat est donc revenu dans l’actualité. Les jihadistes qui combattent en Irak et en Syrie ont annoncé cette semaine l’établissement d’un califat islamique et ont désigné un nouveau dirigeant pour l’état des musulmans.

Le mot calife est une romanisation de l’arabe « Khalifa » qui signifie littéralement « successeur ». Un terme dérivé du verbe « Khalafa » : succéder à.

Le calife est donc le titre donné aux successeurs du prophète Mahomet.

Ce mode d’exercice du pouvoir a connu son âge d’or au temps des Omeyyades et surtout des Abbasides avant d’être aboli en 1924 par Kemal Atatürk.

Depuis la mort du prophète en 634, 101 califes se sont ainsi succédé.

Après 90 ans de suspension, le titre retrouve donc un 102 ème titulaire en la personne du cheikh jihadiste Abou Bakr Al-Baghdadi proclamé successeur du prophète dans l’exercice des pouvoirs temporel et spirituel.

Une vidéo a été diffusée pour l’occasion. Intitulée « Abattre les frontières », elle montrait la destruction d’un point de passage entre l’Irak et la Syrie ainsi que l’exécution de ses occupants.

Ces frontières datent du début vingtième siècle. Elles furent tracées pendant la première guerre mondiale par le Britannique Mark Sykes et le Français François Georges-Picot, négociateurs d’un accord secret qui anticipait le démantèlement de l'empire ottoman et le partage du monde arabe entre les deux Alliés.

Le retour d’un califat, aux frontières indéfinies puisqu’il a pour mission de répandre la religion, bouscule la rationalité intéressée des Occidentaux, lesquels délimitaient souvent au cordeau leur espace d’influence.

Il est la manifestation de l’opposition entre deux visions du monde et du déroulement de l’histoire qui retrouve de la vigueur au point de structurer à nouveau les événements présents.

D’une part, celle qui soutient que s’est produit dans le passé un événement fondateur à partir duquel découle tout le sens de l’histoire. Un point culminant où il faut s’efforcer d’installer l’humanité.

D’autre part celle d’une histoire en progrès constant et perçue comme une lente évolution vers un avenir meilleur.

Dans la première conception, une révélation s’est produite qui a fixé un absolu qui ne peut, par définition, être dépassé. L’histoire se résume donc à son accomplissement. On remarquera que ce principe est actif dans toutes les religions révélées.

Par exemple, l’un des titres pontificaux canoniques donné au Pape est « successeur du Prince des apôtres » qui n’est autre que Pierre sur lequel Jésus demanda que l’on bâtisse son église et dont l’évêque de Rome est aujourd’hui encore le successeur.

Dans ces systèmes successoraux, le futur est d’abord l’accomplissement d’une promesse.

Dans la seconde conception, née avec les Lumières, la notion de progrès s’appuie sur la croyance dans un perfectionnement global et linéaire de l'humanité. Le futur est fondamentalement un dépassement du présent.

L’avenir sera-t-il marqué par le succès du progrès ou des successeurs ?

Nul ne semble qualifié pour le dire.

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