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ECOTAXE

2 min
À retrouver dans l'émission

Une mission parlementaire vient de redonner vie au projet d’écotaxe que l’on croyait abandonné depuis la fronde des bonnets rouges. « L’écotaxe est morte » a dit le président-rapporteur de cette mission avant de proposer dans la foulée sa renaissance sous le vocable « d’éco-redevance poids lourds ». « Une manière, selon lui, de re-légitimer le dispositif en lui donnant une appellation conforme à ses fondements. »

Quelle différence y-t-il donc entre une taxe et une redevance ?

Toutes les deux sont exigibles en raison d’un service rendu. Mais une taxe n’est pas directement subordonnée à une utilisation effective. Ainsi payons-nous une taxe d’enlèvement des ordures ménagères même si nous n’avons pas de poubelle. En revanche une redevance ne peut être exigée que des usagers effectifs du service en question. La redevance télé n’est due que si l’on possède une télévision.

En l’occurrence, le changement de nom en soi ne changera rien à la réalité. Ce seront toujours les camions qui la paieront pour utiliser certaines routes.

Mais en passant d’ « écotaxe » à « éco-redevance poids lourds » on a voulu nous rassurer. Ceux qui paieront, ce seront les pollueurs et non les honnêtes citoyens.

Dans le même ordre d’idée, certains avait suggéré le terme de « pollutaxe ». Pour bien signifier qu’il ne s’agit pas d’un impôt mais d’un droit d’usage à l’image de celui acquitté par les trains pour l’usure des voies ferrées.

« On a sûrement commis une erreur, reconnaissaient les parlementaires missionnés, en ne s’opposant pas dès le départ à la dénomination « écotaxe ». Une erreur par entraînement, vraisemblablement, eu égard à la vogue actuelle du préfixe « éco ».

A partir des classiques : écologie, écosystème ou écosphère ont a vu en effet proliféré les éco-quartiers conçus par des éco-urbanistes propices aux gestes éco-citoyens accomplis dans des éco-jardins. On a même vu un cimetière éco-labellisé : le cimetière des Gonard près de Versailles qui est entretenu selon des méthodes alternatives au désherbage chimique. Une publication municipale nous apprend même que son passage au « zérophyto » -sans produit phytosanitaire- a permis dans ce cimetière l’accueil de ruches, qui fournissent près de 80 kilos de miel par an.

Ces mots valises fabriqués en série sont autant de labels de bonne conduite.

Encore faut-il prendre garde à ce que l’alliage sémantique prenne. Faute de quoi le mot se brise. Le terme « écotaxe » demandait pour perdurer que les concepts associés ne se repoussent pas trop. Or il était difficile de faire admettre qu’il eut été écologique de payer son écot à cette nouvelle taxe.

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