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EUROSCEPTIQUE

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Avant de se gagner ou de se perdre sur le terrain politique, les batailles idéologiques se jouent presque toujours, en amont, sur le champ lexical.

La bataille qui oppose défenseurs et adversaires de l’Union Européenne n’échappe pas à la règle.

Si l’on s’en tient aux mots, le combat tourne plutôt à l’avantage des « antis ».

Ces derniers ont mieux réussi à imposer dans le langage la marque de leur hostilité.

Ainsi parle-t-on des « eurocrates » qui hantent les couloirs des officines à Bruxelles ou encore des « eurolâtres » qui chérissent les directives de la commission. Dans la population ceux qui les soutiennent sont des « euro-béats » ou pire encore des « euro-gagas ». Autrement dit des « européistes » aveuglés par l’idéologie communautaire.

L’adhésion à l’Europe fait parfois figure de maladie. On redoute une « euro-sclérose ». Le ministre Arnaud Montebourg évoquait jadis ces technocrates atteints de « brucellose », allusion à la fièvre dite méditerranéenne transmise par les animaux et due à une bactérie du genre Brucella.

Quant aux membres de la Troïka - composée de fonctionnaires de l’Union européenne, du FMI et de la Banque Centrale -, ils sont qualifiés au Portugal de « men in black ». Tandis que les Grecs ont inventé un mot évocateur : « la castastroïka ». « Catastrophé » signifiant en Grec ancien un bouleversement marquant la fin d’une tragédie. Laquelle serait attelée à un chariot russe tiré par trois chevaux.

Dans le camp des fédéralistes, on a trouvé une parade efficace en étiquetant les adversaires de la ligne suivie à Bruxelles « d’anti-européens ». Comme s’ils s’opposaient à la géographie et voulaient en finir avec l’Europe-continent.

Le plus souvent cependant c’est l’appellation, moins péjorative, d’« eurosceptique » qui l’emporte. Les eurosceptiques ne font donc que douter des vertus de la construction européennes. Ce qui peut facilement passer pour raisonnable.

Mais, dans cette élection, le scepticisme semble être plus profond. Il s’étend à la pertinence du vote lui-même. Une récente enquête montre qu’une très large majorité de citoyens est d’avis qu’aucun parti politique n’a plus désormais prise sur les réalités concrètes.

D’un côté comme de l’autre, aucune position n’est assumée jusqu’au bout. Ceux qui défendent l’Europe n’assument pas son bilan et parlent de la nécessité de la réorienter ou de la réformer. Et ceux qui la combattent n’assument pas vraiment la rupture et se gardent de dire clairement quand et comment ils comptent en sortir. C’est pourquoi l’euroscepticisme devrait surtout se manifester demain soir par une forte euro-abstention.

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