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J’ASSUME

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Le verbe « assumer » vient du latin « assumere ». Il signifie « prendre pour soi, à son compte, avec toutes les implications de ce que l’on assume ».

En Français, le terme a deux acceptions principales.

La première est formelle. Elle implique la prise en charge d’une activité ou d’une fonction. Ainsi peut-on dire de Manuel Valls qu’il assume les fonctions de Premier ministre.

Mais ce n’est sans doute pas ce que le chef du gouvernement a voulu nous apprendre cette semaine en présentant son programme de stabilité devant les députés.

Passons donc à la seconde acception qui recèle une dimension morale.

Elle signifie que l’on se considère solidaire d’un état, ou d’une situation et qu’on en accepte les conséquences.

Le dictionnaire de l’Académie parle d’assumer une forfaiture, plus généralement un méfait ou un acte odieux. Dans le domaine religieux « assumer les péchés du monde revient à s’engager à les expier. »

Revenons donc au discours de Manuel Valls.

Il a donc répété huit fois l’expression « j’assume » en la redoublant par deux fois.

Mais il est resté assez vague sur ce qu’il assumait précisément.

« J’assume les choix qui sont faits » a-t-il seulement indiqué.

On notera au passage la forme passive. Il ne parle pas de ses choix mais de ceux qui « sont faits ». Sous entendu par un autre que lui.

Puis il a explicité : « car c’est le choix de la cohérence, du courage, de la croissance, de l’emploi, des réformes, de l’avenir, d’une fierté et d’un optimisme retrouvés, de la confiance et de la France. »

A bien y réfléchir on ne voit pas bien la difficulté qu’il y aurait à assumer autant de valeurs si positives.

Il faut donc chercher dans l’implicite du propos. S’il avait été explicité, cela aurait pu donner quelque chose du genre : « J’assume le fait de ne pas revaloriser pendant trois ans les retraites et les pensions complémentaires, les allocations familiales, les allocations logement et invalidité, de geler le salaire des fonctionnaires et j’assume dans le même temps de faire bénéficier les chefs d’entreprises de 30 milliards d’euros d’allègements de leur cotisations patronales ainsi qu’une baisse de 5% du taux de l’impôt sur les sociétés. »

Autrement dit, « j’assume que ma politique soit perçue comme tournant le dos au changement promis par le Président pendant sa campagne. Oui, j’assume par une nouvelle anaphore d’effacer celle du « Moi Président » qui fit la fortune du candidat Hollande. »

Vu comme cela, le « j’assume » du Premier ministre prend un sens quasi-religieux : moi, le second personnage de l’Etat, j’assume les errements du premier.

Et j’escompte bien que ces « j’assume » favoriseront à terme ma propre assomption.

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