LE DIRECT

L'ombre des Roms

3 min
À retrouver dans l'émission

Il y a quelques années encore, on les appelait de toutes sortes de noms.

Tsiganes, Romanichels, Bohémiens, Gitans, Sintis, Manouches…

On les désignait de l’extérieur en fonction de leur origine supposée.

Leur nom était un exonyme, un nom donné à une ethnie par ceux qui n'en font pas partie.

Et puis, au tournant du siècle s’est produit un complet retournement sémantique. Un congrès international officialisa la dénomination de Roms.

Appellation endonyme.

Puisque c’est par ce mot que les Roms se désignent eux-mêmes.

En langue Romani, en effet, Rom signifie « homme » et désigne un homme accompli un homme marié au sein de la communauté. Romni au féminin.

L’appellation fut généralement adoptée.

Car c’était une manière pour les européens de les reconnaître, ces Roms, non plus comme des étrangers mais comme « la plus grande minorité ethnique dans l'Union européenne ».

Et c’est ce qu’a rappelé logiquement Viviane Reding, la commissaire à la justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté : « Les Roms, a-t-elle dit, représentent une partie importante de la population de l'Union européenne. Il est capital qu'ils soient bien intégrés dans les sociétés de nos États membres. »

Sur le plan du droit, ils font partie intégrante des pays où ils se trouvent.

Les roms devraient donc s’intégrer.

C’est ce point qu’est venu contester le ministre de l’intérieur.

Manuel Valls a remis en cause la volonté d'intégration d'une majorité d’entre eux.

Il a jugé "illusoire" de résoudre leur situation "à travers uniquement l'insertion".

L’opinion l’approuva, majoritairement.

Le paradoxe, c’est que les Roms sont extrêmement adaptables.

Ils adoptent généralement la croyance des pays dans lesquels ils vivent.

Catholiques, orthodoxes, ou protestants (notamment pentecôtistes) dans les pays chrétiens, ils sont le plus souvent musulmans en Turquie, en Égypte et dans le sud des Balkans.

Ce qui ne les empêche pas de rester à distance et de qualifier de « Gadjé » toute personne « non-Rom »

Revenons aux mots.

En abandonnant les appellations péjoratives et souvent stigmatisantes des siècles passés pour leur préférer le nom qu’ils se donnent eux-mêmes, les européens se sont fait croire qu’ils avaient transformé la réalité d’un peuple.

C’était sans doute illusoire.

L’historienne Henriette Asséo a qualifié les Roms de « peuple-résistance »

Leur capacité d’adaptation est au service de leur préservation en tant que peuple différenciée.

Elle est mise à rude épreuve à chaque étape du renforcement de la volonté assimilatrice, et centralisatrice de l’État moderne.

Les Roms sont notre extériorité de l’intérieur.

Ils sont un monde dans le monde.

Notre anti-destin

Cela suscite des frictions.

Mais comme dit le proverbe romani, « chacun a droit à sa place dans l’ombre ».

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......