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Sérendipité

3 min
À retrouver dans l'émission

Le mot sérendipité désigne le fait de réaliser une découverte scientifique de façon inattendue à la suite d’un concours de circonstance.

Le plus souvent dans le cadre d’une recherche concernant un tout autre sujet.

Parmi les exemples les plus connus, celui d’Alexandre Fleming.

L’inventeur de la pénicilline eut la mauvaise surprise à son retour de vacances -nous sommes en 1928- de retrouver la culture de staphylocoques sur laquelle il travaillait dissoute au voisinage d’une moisissure qui l’avait incidemment contaminée. Et, c’est parce qu’il prêta attention au phénomène qu’il finit par découvrir, comme par hasard, les propriétés bactéricide produite par la moisissure.

Mais le mot a une origine beaucoup plus lointaine.

Sérandip est l’ancien nom arabe de l’île de Ceylan dont un conte oriental nous apprend que Les princes étaient capables d’utiliser des indices particulièrement ténus pour remonter logiquement à des faits dont ils n’avaient, a priori, aucune connaissance.

Au cours de leurs nombreuses aventures ils furent ainsi capables de décrire très précisément un chameau à partir des traces qu’il avait laissé sur le sol. Comme ses traces étaient irrégulières, ils en déduisirent que l’animal était boiteux. Comme l’herbe n’était broutée que d’un côté, ils en conclurent que l’animal était borgne. Et du fait que s’étaient agglutinées des fourmis sur la partie gauche de la route et du miel sur la partie droite, ils en induisirent qu’il portait du beurre d’un côté et du miel de l’autre. Le conte inspira le Zadig de Voltaire.

Le mot inventé par l’écrivain britannique Horace Walpole en 1754, est entré dans le Larousse il y a seulement trois ans. Les occurrences fournies par Google explosent. Elles sont passées de 12 000 en 2005 à 150 000 en 2011. L’anglais « serendipty » en est à plus de 20 millions.

Comment expliquer la fortune d’une notion complexe dont le nom est de surcroît difficile à retenir ?

Mettons-nous dans les pas des princes de Sérendip et posons-nous la question : De quoi ce succès linguistique peut-il être le signe ?

D’un appel sans doute à retrouver cette capacité d’interpréter ce qui se cache sous les plis de la réalité.

Car notre époque n’est guère favorable à l’éclosion de la faculté sérendipienne.

Elle implique en effet un monde attentif à l’inattendu et au raisonnement imaginatif. Elle demande une attention aux marges, à ce qui n’a pas été programmé, à ce qui se présente fortuitement.

Or aujourd’hui nous paraissons tout au contraire redouter l’inattendu, nous cherchons à réduire les marges, nous programmons des résultats avant même de les chercher. Nous négligeons le hasard en tant qu’indice, c’est-à-dire en tant que passage possible vers l’inconnu.

Si la sérendipité est de retour, ce n’est sans doute pas un hasard.

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