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Panneaux solaires sur des maisons d'un lotissement en Bretagne.

Autour de l’habitat, des lieux et des liens

57 min
À retrouver dans l'émission

Le plan de relance annoncé début septembre par le gouvernement prévoit un effort sur l’habitat (rénovation, isolation thermique) susceptible de dynamiser la construction. Pour en parler aujourd'hui, nous sommes en compagnie de géographes : Antonine Ribardière, Julie Vallée et Grégoire Fauconnier.

Panneaux solaires sur des maisons d'un lotissement en Bretagne.
Panneaux solaires sur des maisons d'un lotissement en Bretagne. Crédits : © Jacques LOIC - Getty

Au-delà des questions d’urbanisme et d’aménagement, la géographie s’intéresse de près aux liens tissés entre les individus et leurs espaces de vie, aux risques des inégalités sociales et de leur reproduction, à la capacité des habitants à s’approprier les quartiers et leurs équipements, à se déplacer aussi. A condition de les écouter. 

Avec Antonine Ribardière, géographe et maîtresse de conférence à l’Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne, Laboratoire de géographie PRODIG, Grégoire Fauconnier, géographe, agrégé et docteur en géographie, auteur de Loi SRU et mixité sociale. Le vivre ensemble en échec ? (Editions Omniscience, 2020) et Julie Vallée, géographe, directrice de recherche au CNRS en géographie, Laboratoire Géographie-cités (en duplex depuis France Bleu Toulouse). 

Le terme (de mixité sociale) est apparu dans les années 90, mais l'objectif d'action publique dès les années 70, mais à cette époque-là, pour les quartiers en difficulté. Puis, en 1990 et en 1991, avec la Loi d'Orientation sur la Ville (LOV), le législateur impose un pourcentage de logements sociaux dans chaque commune des agglomérations. En 91, dans le cadre de la LOV, ce taux est de 20%. Et puis, il reste à 20% avec la loi SRU, la loi Solidarité et Renouvellement Urbain qui est promulguée en 2000. Ensuite, en 2013, avec la loi Duflot, c'est le passage à 25%. Grégoire Fauconnier

Certains sociologues parlaient justement [du risque qu'il y a] de confondre les problèmes dans la ville et les problèmes de la ville. Bien sûr, en tant que géographe, on aime à dire à quel point l'espace compte, mais à l'inverse, je pense que c'est aussi notre rôle de ne pas cantonner l'espace à juste un territoire d'action. [...] Et pour lutter contre [les inégalités sociales], il faut bien envisager l'ensemble des territoires et pas uniquement des petits territoires ciblés. Julie Vallée

En tout cas, défendre la mixité sociale, ce n'est pas idéaliser le mélange social. Vivre dans un quartier mélangé, c'est compliqué. Ça nous renvoie à nos propres contradictions. Il ne faut pas le nier. [...] L'objectif de mixité ne doit pas prendre le pas sur la réduction des inégalités et promouvoir des politiques de mixité sociale sans les accompagner de politiques de réduction des inégalités, ça n'a pas grand sens. Mais, tout de même, il faut s'interroger lorsqu'on renonce à cet idéal de mixité sociale, à quoi renonce-t-on finalement ? Peut-être que la mixité sociale n'est plus possible lorsque les niveaux d'inégalités sont trop élevés. Antonine Ribardière

Sans la loi SRU, à mon avis, les inégalités socio-spatiales se seraient accrues encore davantage. Grégoire Fauconnier

  • Pour en savoir plus

La mixité des villes au cours des 24h de la journée (travaux de Julie Vallée et son équipe)
Outil en ligne : le Mobiliscope.

Articles de Julie Vallée

" Les temporalités quotidiennes de la ville " (Lettre de l’Institut des Sciences Humaines et Sociales du CNRS. Janvier 2018. pp 25-27).

Mobilité et géographie prioritaire : " Quartiers prioritaires la nuit, quartiers prioritaires le jour ? " (Colloque CIST « Représenter les territoires », Rouen). 

Les rapports variables des habitants à l'espace et les inégalités associées : " Découper l'espace en fonction des pratiques spatiales des populations : une illusion ? " (Cahier de l'IAURIF, n°172- Coupes et découpes territoriales - Quelle réalité du bassin de vie ? pp 14-17). 

" Quartiers et effets de quartier. Analyse de la variabilité de la taille des quartiers perçus dans l’agglomération parisienne " (Annales de Géographie, n° 708 (2/2016), pp 119-142).

En Ile-de-France, l'entre soi, l'homogénéité sociale des plus riches est bien plus forte que celle des plus pauvres. Donc, souvent, il y a un peu un amalgame sur le fait que, quand on va parler de ghetto ou d'entre soi ou de forte ségrégation, ce serait le fait des populations les plus pauvres qui sont cantonnées à des quartiers où il y a beaucoup de logements peu chers ou de logements sociaux. Il faut bien avoir en tête que, justement, cet entre-soi est plus fortement observé chez les populations riches que chez les populations pauvres. Julie Vallée

Articles d'Antonine Ribardière

" Les territoires populaires du Grand Paris. Entre paupérisation, gentrification et moyennisation "

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" Richesse et pauvreté dans les communes populaires franciliennes : les politiques du logement changent-elles la donne ? "

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" Géographes, sociologues : à qui la théorie de la dimension spatiale des phénomènes sociaux ? "

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  • Choix musicaux 

« La zone » de Fréhel - Album : " Fréhel (1930 - 1939) " (2007) - Label : Frémeaux Héritage.

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Choisi par Grégoire Fauconnier : " Lettre de François Miron, prévôt des marchands, au roi Henri IV " (en exergue de son ouvrage sur le loi SRU).

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Choisi par Julie Vallée : « Dans ma ville on traîne » d'Orelsan - Album : " La fête est finie " (2017) - Label : Wagram music.

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Etre né quelque part ?

Moi, je suis une Parisienne d'adoption, je suis arrivée à Paris, j'avais dix-neuf ans mais j'ai grandi à la campagne. Je m'y suis énormément ennuyée et je fais vraiment partie de ces gens qui se sont construits sur le départ.(…) Aujourd'hui, je garde toujours un rapport un peu ambigu à mon Poitou natale. J’en reconnais la beauté. Je suis convaincu que les abricots de Montgamé sont les meilleurs au monde et je suis prête à les défendre devant un jury international. Mais il y a en même temps, l'anonymat de la très grande ville, le champ des possibles, sa surface, ses qualités… Antonine Ribadière

Pour le coup, effectivement, être né quelque part, ça a du sens pour moi. Je dirais que c'est surtout le fait de grandir quelque part qui va avoir du sens. Parce que, comme le disait les géographes, l'homme produit le territoire, mais le territoire produit également l'homme. (...) Pour le coup, je proviens d'une famille du centre de la France, au nord d'Orléans, dans un petit village auquel je suis profondément attaché. J'y vais quelques fois par an, mais malgré tout, si je devais me définir par rapport à un lieu, ce serait Guillonville, ce petit village. Grégoire Fauconnier

Moi, je suis née et j'ai grandi à Caen, en Normandie. Est-ce que c'est important pour ce que je suis ? Oui, certainement. Mais par ailleurs, je pense que c'est quand même plus largement l'ensemble des lieux où j'ai grandi, où j'ai vécu ou ceux où, au contraire,  je n'ai pas eu l'occasion de vivre, de connaître qui m'ont marquée. Julie Vallée

Intervenants
  • Géographe et maîtresse de conférence à l’Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne, Laboratoire de géographie PRODIG
  • Géographe, agrégé et docteur en géographie
  • Directrice de recherche au CNRS en géographie, Laboratoire Géographie-cités.
L'équipe
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