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Un vigneron au travail sur le terroir des côtes de Saint-Mont dans le Gers.

La vigne et le vin : l'invitation au voyage

57 min
À retrouver dans l'émission

"Nos géographies" part sur les traces de la vigne et le vin, regarde le paysage et le produit, la tradition et l'innovation, et s'intéresse aux enjeux économiques et environnementaux, tant à l'échelle locale que globale, en compagnie de deux géographes, Sylvaine Boulanger et François Legouy.

Un vigneron au travail sur le terroir des côtes de Saint-Mont dans le Gers.
Un vigneron au travail sur le terroir des côtes de Saint-Mont dans le Gers. Crédits : © Pascal Pavani - AFP

Dans Nos géographies, aujourd'hui, la vigne et le vin, le paysage et le produit, la tradition et l’innovation, le local et le global. Où il sera question d’histoire très ancienne, d’art et de culture, omniprésents, d’architecture aussi, de savoir-faire ancestral et d’inventivité permanente, d’enjeux économiques et environnementaux puissants. Il y a tout cela dans le vin, aucune autre culture que la vigne ne saurait associer autant de caractéristiques, comme nos deux géographes invités, Sylvaine Boulanger et François Legouy, vont nous le confirmer. 

« Voir le vin aujourd’hui recherché et aimé en Chine, en Inde ou dans les pays en forte croissance économique de la planète est l’un des plus réjouissants symptômes de la mondialisation » assure Jean-Robert Pitte, autre grand spécialiste. Comment le phénomène s’est-il produit, à quelles conditions la culture de la vigne et la consommation du vin vont-ils poursuivre leur expansion et quelles conséquences pour le Vieux Monde où ils sont nés ?

Avec Sylvaine Boulanger, agrégée de géographie, maîtresse de conférences à l'université Paris IV-Sorbonne et François Legouy, professeur agrégé de géographie à l’Université Paris 8, auteurs de L’Atlas de la vigne et du vin. Un nouveau défi de la mondialisation (Armand Colin, 2015). Ils ont co-dirigé l’ouvrage Terre des hommes, terres du vin (Presses universitaires François-Rabelais, 2021).

Petite histoire de la vigne et du vin

Il y a 7 000 / 8 000 ans, on peut retrouver les premières traces de la vigne dans le Caucase, en Géorgie et en Arménie. Dans des abris sous roche, on retrouve des jarres enfouies à moitié dans le sol. Les scientifiques ont fait des analyses chimiques et ont retrouvé des résidus de vin. [...] Puis, ça s'est diffusé en direction du Proche-Orient sur les deux parties du Croissant fertile, également en Égypte, et dans l'ensemble du bassin méditerranéen, via la mer Méditerranée. François Legouy

Au Moyen-Âge, la plupart du temps, les paysages étaient très diversifiés [...], et associés à d'autres cultures. On retrouvait des parcelles de céréales associées à des parcelles vitivinicoles, et aussi au milieu de ces parcelles viticoles, on retrouvait très souvent des arbres. Il y avait des formes d'agroforesterie au sein des parcelles vitivinicoles. [...] Donc, c'étaient des paysages très diversifiés et non pas des paysages de vignes à perte de vue, comme on peut en voir aujourd'hui. Sylvaine Boulanger

À partir du XVIIe, XVIIIe siècle, au moment où, véritablement, se mettent en place des vignobles de qualité en France, en Italie, au Portugal, en Espagne, les grands et principaux vignobles se développent dans les grandes vallées fluviales. Là, l'argument, c'est qu'il faut pouvoir se déplacer rapidement pour ensuite exporter le vin avant qu'il ne se transforme en piquette ! François Legouy

À la fin du XIXe siècle, le phylloxera (puceron importé des États-Unis qui a détruit en quelques années une très grande partie du vignoble français et a provoqué la disparition de cépages et de vignobles ancestraux, ndlr) est arrivé par le sud de la France et s'est diffusé dans l'ensemble de l'Europe. La plupart des vignes, et progressivement la quasi totalité, ont été arrachées et replantées sous la forme paysagère que nous connaissons aujourd'hui, en ligne, pour faciliter la mécanisation de l'ensemble des travaux vitivinicoles. Sylvaine Boulanger

À propos du patrimoine mondial de l'UNESCO

La création du patrimoine mondial de l'UNESCO pour les paysages culturels (et le vin) date de 1992. Un des premiers vignobles qui a reçu cette appellation, en 1997, est situé en Ligurie orientale, entre Porto Venere et Cinque Terre en Italie (province de La Spezia dans le golfe de Gênes, ndlr). L'Italie, de nos jours, a trois grands vignobles qui sont au patrimoine mondial de l'humanité. La France en a quatre. François Legouy

Si on prend, par exemple, le label UNESCO pour la Champagne, obtenu en 2015, c'est intéressant, parce qu'il a été obtenu au nom du paysage culturel, mais s'intitule, si je le reprends textuellement, "Coteaux, maisons et caves de champagne". C'est tout un système agro-industriel qui est labellisé, pas uniquement le paysage champenois. Sylvaine Boulanger

Quelques mots sur l'œnotourisme

L'œnotourisme s'est vraiment développé à partir des années 50-60, dans les pays du Nouveau Monde. Mais, dans le terme œnotourisme, il y a le mot "tourisme", et dans le mot tourisme, il y a le mot "tour" ; donc l'œnotourisme apparaît avec les premières routes du vin, qui, elles, sont bien européennes ! [...] Dans les années 30, à la fois en Bourgogne et en Alsace, [...] il y avait cette nécessité, en période de crise économique, de faire connaître ces vignobles, les vins, d'attirer les touristes pour qu'ils viennent voir les beaux paysages de la vigne et du vin, et surtout les attirer dans les exploitations, pour acheter les vins, et dans les restaurants, pour boire du bon vin. François Legouy

Dans les années 90, je me souviens très bien que dans les vignobles de la France de l'Est, l'œnotourisme, c'était simplement aller déguster un vin et l'acheter. Ça n'allait pas plus loin ! [...] Aujourd'hui, on recherche, de plus en plus, une forme d'originalité, avec des petits écomusées que chaque cave coopérative se met à créer... (alors qu'on va retrouver les mêmes objets dans toutes les caves !). On trouve des expositions d'art contemporain parce que l'idée, c'est d'essayer de se distinguer du voisin et de proposer une nouvelle prestation au-delà de la simple dégustation, des parcours sportifs, des randonnées, la découverte du milieu... Cette diversité répond à une attente du consommateur qui veut faire quelque chose de ses vacances et qui ne cherche pas uniquement à déguster. Sylvaine Boulanger

Pour en savoir plus

Sur Sylvaine Boulanger
La présentation et les publications de la géographe par l'unité de recherche Médiations – Sciences des lieux, sciences des liens de Sorbonne Université
Paysages, ressources et savoir-faire en construction et Identifications et sociabilités, axes de recherche de Sylvaine Boulanger dans l’U.R. Médiations de Sorbonne Université

Sur François Legouy
La présentation et les publications du géographe par le laboratoire Dynamiques sociales et recomposition des espaces (LADYSS)
Historique et objectifs scientifiques du laboratoire Dynamiques sociales et recomposition des espaces (LADYSS)

Extraits sonores

  • Poème de Robert Desnos, Couplet du verre de vin, extrait du recueil Etat de veille (1942).
  • Poème de Charles Baudelaire, L'âme du vin, extrait du recueil Les Fleurs du mal (1857), dans la section intitulée Le Vin. Le poème est lu par Michel Piccoli.
  • Extrait d'un texte d'Yves Luginbühl sur les paysages de la vigne et du vin (proposé par François Legouy).

"Si le terme paysage est né en Occident pendant la Renaissance, il existait déjà sans doute des paysages viticoles bien avant cette période, sans que leur créateur ait forcément conscience qu'ils contribuaient à l'élaboration d'un spectacle. Leur but était d'abord tout autre : produire un fruit, sans doute, puis, par la découverte des vertus de la fermentation, une boisson, une essence idyllique procurant le plaisir qui pouvait conduire à l'ivresse. Il en était tout autre, des productions alimentaires qui environnaient les vignes dans les régions de leur origine et de leur premier développement. La culture du blé, celle de l'olivier, celle du lin ou du chanvre répondaient essentiellement à la satisfaction des besoins fondamentaux. Ces spéculations étaient des produits de première nécessité, alors que la vigne, cultivée pour le raisin et le vin, correspondait à un arbitraire humain. Il n'y a pas un paysage viticole, mais une immense variété de paysages de vignes qui manifeste l'inventivité humaine dans la recherche d'une adaptation de la plante à des sols divers, à des expositions multiples, un relief jamais identique selon les pays. Cette inventivité est à l'origine des nombreux savoir faire qui caractérisent la pratique de la viticulture. Innombrables sont les exemples qui révèlent la capacité des populations viticoles à imaginer des pratiques permettant de pousser la culture de la vigne jusqu'à l'invention d'un vin particulier qui fait dire aux œnologue "ce vin vient de ce pays, de cette région et même parfois, de cette parcelle, en telle année."

Au départ, Yves Luginbühl est un agronome et ensuite, il a viré, si je peux me permettre cette expression, vers la géographie, par l'intermédiaire des paysages. Dans ce texte, il les présente très bien. Il montre à quel point le paysage de la vigne, c'est d'abord une invention humaine, avec tout l'artifice que l'homme est capable d'inventer. Et ensuite, il aboutit, dans son discours [...], en tout cas dans cette partie du texte, au concept de terroir. François Legouy

Le lien au lieu est important à rappeler par rapport à la notion de terroir et à la notion d'origine. Nous sommes en plein dans la géographie par cette notion de lieu, qui fait allusion, bien évidemment, au savoir-faire du vigneron. [...] Il faut souligner la nécessité de revenir sur une acception agronomique du terme terroir, mais aussi une acception sociale, c'est-à-dire que c'est l'homme qui, à partir d'un terrain qui lui est proposé, un sol, un sous-sol, un climat, des précipitations, etc... va faire ce qu'il entend avec les moyens techniques qu'il a de cet espace naturel, avec toute son intelligence. [...] Je trouve cet extrait très bien choisi sur ce point-là. Sylvaine Boulanger

• Extrait du film L'Aile ou la cuisse (1976 - réalisateur : Claude Zidi) où Louis de Funès reconnaît un vin juste en l'observant (proposé par Sylvaine Boulanger).

À ce moment-là du film, on pense que Louis de Funès est victime d'anosmie (perte de l'odorat, ndlr). Finalement, il a retrouvé, juste avant cette dégustation, le goût et l'odorat. Et il parle du vin. Et ce que je trouve le plus intéressant, c'est que d'abord, le vin, avant de le boire, avant de le déguster, on doit en parler, savoir en parler, ce qui n'est pas toujours évident. Là, il en parle comme un professionnel, ou, il essaye de l'être. Et il insiste, d'abord, sur le milieu. Cette réplique est intéressante, même si elle comporte aussi des limites parce qu'il n'évoque pas tout le savoir-faire du vigneron derrière, qui va arriver, par ses choix à obtenir ce goût et cette robe qui est décrite. C'est cet aspect à la fois de la sensualité du vin, la description ou l'admiration aussi du produit dans le verre et toutes les idées que ce produit évoque, c'est-à-dire, tout ce qui est en amont, toute "l'histoire". Sylvaine Boulanger

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Intervenants
  • Agrégée et docteur en géographie, maîtresse de conférences à l'université Paris IV-Sorbonne
  • Professeur agrégé de géographie à l’Université Paris 8
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