LE DIRECT

Les amoureux massacrés : Le chasseur et la chaste déesse

6 min
À retrouver dans l'émission

Il s’appelle Actéon. Sa mère Autonoé est l’une des filles de Cadmos et de la déesse Harmonie, parée de son collier porte-malheur. Son père est un petit dieu fort intéressant, Aristée, connu pour son talent d’apiculteur. Un petit dieu courant autant les jupons qu’un grand dieu, Aristée courut après ceux d’ une jeune mariée le jour même de ses noces. Elle s’appelait Eurydice, c’était l’épouse d’Orphée. En fuyant Aristée, Eurydice ne vit pas un serpent qui la piqua au pied, et la jeune femme mourut. Pour le punir, les dieux firent disparaître les abeilles d’Aristée qui ne les retrouva, dans le ventre puant d’une charogne,qu’après de longs sacrifices animaux. Voici donc des parents un tantinet dangereux : la mère, maudite comme le sont les filles d’Harmonie, et le père, habile à maîtriser les piqûres des abeilles.

Actéon raffole de la chasse. Ses chiens portent de beaux noms, Mélampus, Paphagos, Dorcée, Théron, Lélaps, Dromas, Ladon… J’en oublie. Or un jour qu’il avait bien chassé, Actéon entendit dans un bois des voix de filles et des éclaboussures. Gourmand, digne fils de son père le coureur, Actéon s’approcha à pas de loups et écarta les branches : il y avait un étang, des filles se baignaient nues. A peine eut-il le temps d’apercevoir parmi elles une belle femme plus grande coiffée d’un croissant de lune… Ses yeux s’exorbitèrent, sans doute aussi son sexe. Il l’avait reconnue.

Seule la grande déesse Artémis portait le croissant de lune sur ses cheveux dénoués.

Artémis n’est pas tendre. Elle est vierge, chaste, ce pourquoi, comme le zéro dans la série des nombres, Artémis est la déesse qui préside aux accouchements. Elle est la part sauvage de la femme, la poussée qui met au monde l’enfant, et c’est une chasseresse impitoyable. Se baigner nue avec ses compagnes, elle aime bien. Se montrer nue à un mortel en érection, pas question !

Pour se baigner, Artémis avait déposé son arc et ses flèches. Aller les chercher eût été s’exposer davantage à l’œil indiscret d’Actéon. La déesse para au plus pressé et prenant de l’eau dans ses grandes mains, elle aspergea le chasseur en prononçant des paroles sacrées : « Va maintenant, et oublie que tu as vu la déesse au bain. Si tu le peux, j’y consens. »

Ce qu’elle n’avait pas dit, c’est qu’en quelques secondes, Actéon sentit pousser sur son front des ramures, son corps s’allongea et se couvrit de poil, il tomba à quatre pattes et il eut des sabots, son désir transforma sa voix d’homme en brame, son odeur devint animale … Actéon était devenu un cerf et détala.

Ses chiens l’avaient senti, son odeur de cervidé. Cette bête n’était plus leur maître adoré. Ils chassèrent Actéon et le mirent en pièces avant de dévorer son foie, son cœur et ses entrailles sous le regard satisfait de la déesse.

Ensuite, les chiens d’Actéon, Mélampus, Ladon, Dromas et Lélaps cherchèrent en gémissant le maître qu’ils venaient de mettre à mort. Et la meute déchaînée se retrouva chez le centaure Chiron, qui les avait élevés en même temps qu’Actéon.

Le centaure savait ce qui venait d’arriver. Comment calmer la meute ? Les centaures sont habiles et rusés. Chiron fabriqua rapidement une statue d’Actéon et les chiens cessèrent d’aboyer.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......