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Les déesses vierges : Athéna ou l’éblouissement

6 min
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Sortie toute armée du crâne de son père, Athéna, Minerve à Rome, est une guerrière bronzée : son corps brille comme le bronze, sa lance est en bronze, et le cri terrifiant qu’elle pousse en naissant témoigne d’une voix de bronze, qui fait peur. Eclatante de mille reflets, Athéna est éblouissante. Mais le plus éblouissant en elle, ce sont ses yeux. Vifs comme l’éclair de la foudre paternel, irradiant au point d’aveugler les mortels, les yeux éblouissants d’Athéna inspirent le respect.

Dès qu’elle a crié, une chouette vient silencieusement se poser sur son épaule. C’est le célèbre « oiseau de Minerve » dont le philosophe Hegel a écrit, dans les Principes de la Philosophie du Droit , qu’il prenait son vol au crépuscule ainsi de la pensée, qui, en réfléchissant, a toujours un cran de retard sur le jour qui s’en va et ne devient active que dans le gris confus qui suit le coucher du soleil. Hegel avait la chouette mélancolique mais Jean-Pierre Vernant et Marcel Detienne nous disent tout autre chose. Outre la chouette, Athéna avait un autre oiseau fétiche, la mouette de l’espèce argentée, selon les deux hellénistes. Je n’en suis pas si sûre. L’aire de répartition de la mouette argentée s’étendant de la Nouvelle Zélande à l’Australie, je pense qu’il s’agit plutôt de la mouette rieuse, vous savez, l’insupportable mouette bruyante qui ricane en jouant des tours à gaston Lagaffe. Son aire de répartition comprend la Méditerranée, ce serait donc logique. Et drôle ! J’aime l’idée d’une déesse guerrière de la sagesse précédée d’une mouette rieuse en vol.

Puis viendra sa tête de cheval, toute une histoire ! L’Attique, capitale Athènes, était à prendre. Il lui fallait un dieu. Poséïdon et Athéna, sa nièce, se mirent sur les rangs. Le roi Cécrops fut sommé de choisir et décida de faire voter son peuple. Poséïdon commença et planta son trident de dieu marin sur l’Acropole. Un cheval en jaillit, le premier du genre. Le peuple des hommes l’applaudit et vota Poséïdon.

Vint le tour d’Athéna, qui planta sa lance sur le sol d’où jaillit un olivier couvert d’olives. Le partie femme du peuple vota pour Athéna. Une seule voix, celle d’une femme, séparait le dieu marin de la vierge guerrière.

Cécrops vota pour Athéna, car l’olivier nourrissait davantage que le cheval. Poséïdon, furieux, provoqua une inondation qui submergea Athènes. A compter de ce jour, les Athéniennes n’eurent plus le droit de vote.

L’histoire n’est pas finie. Il y eut un temple d’Athéna et dans ce temple, une belle fille. On l’appelait Gorgo, car c’était une des trois sœurs Gorgones, des filles monstrueuses avec des dents de sanglier, des ailes d’or et de très mauvaises pensées.

Une seule était mortelle, et avait des cheveux d’or. Elle s’appelait Méduse. Attiré par la blonde chevelure de Méduse qui priait au temple d’Athéna, Poséïdon la viola. Comme vengeance, violer la prêtresse d’une déesse est tout ce qu’il y a de plus chic, cela n’a rien d’inhabituel. Mais cet acte ne reste jamais impuni. Quand le violeur est un mortel, son compte est bon. Mais si le violeur est un dieu ?

Qu’allait faire Athéna ? Elle punit la fille, oui, oui, la fille au lieu de l’oncle ! Les cheveux de Méduse devinrent des serpents et ses yeux se mirent à pétrifier ceux qui la regardaient. Par dessus le marché, à la suite du viol, la pauvre Méduse est enceinte- les dieux sont hyperféconds, surtout quand ils violent.

Réfugiée dans une grotte sombre, elle est débusquée par le héros Persée, bien à l’abri derrière le bouclier que lui a prêté Athéna. Le bouclier luit comme un miroir. Méduse se voit dedans et se pétrifie elle-même ! Persée la décapite et du sang de Méduse jaillit un cheval ailé, Pégase, rejeton engendré par le viol de Poséïdon.

Les hostilités entre la nièce et l’oncle s’arrêtent là. Pour faire bonne mesure, Athéna accrocha la tête de Méduse sur la peau de chèvre frangée d’or qui couvrait ses épaules. Méduse devint le « gorgonéion « d’Athéna, une protection contre le mauvais œil. Ou alors- j’ai de mauvaises pensées- le gorgonéion serait-il le symbole de la méchanceté d’une déesse vierge qui punit la victime d’un viol au lieu de punir le violeur ? Je crois que oui.

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