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Manifestation de marins russes en 1917 à Petrograd

Octobre 1917, cent ans après : le déni et l’oubli

3 min
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Contre l’aveuglement de ceux qui refusent de tirer le bilan du sanglant XXe siècle, on devrait pouvoir encore se réclamer de la tradition dite « antitotalitaire », cette tradition si longtemps incarnée par des parias qui luttèrent contre le stalinisme sans jamais renoncer à un horizon d'émancipation

Manifestation de marins russes en 1917 à Petrograd
Manifestation de marins russes en 1917 à Petrograd Crédits : Pyotr Adolfovich Otsup - AFP

Nous commémorons ces jours-ci le centenaire de la révolution russe, et c’est l’occasion de souligner combien la mémoire de cet événement fait aujourd'hui l'objet de deux dénis complémentaires. A droite, on trouve ceux qui nient tout élan émancipateur à cette révolution : pour eux, 1917 se résume à la terreur, comme chaque insurrection, du reste, est porteuse d’une pulsion totalitaire. A gauche, on a ceux qui ont tendance, cette fois, à évacuer, le devenir despotique de la révolution, et qui fustigent quiconque ose utiliser le terme de totalitarisme.

Contre la suspicion systématique des premiers, qui réduisent la révolution au goulag, on devrait pouvoir maintenir l’hypothèse selon laquelle le révolté s’engage de bonne foi, dans un monde rongé par l’injustice, et en vertu d’un soulèvement de l’âme qu’on appelle indignation. Contre l’aveuglement des seconds, qui refusent de tirer le bilan du sanglant XXe siècle, on devrait pouvoir encore se réclamer de la tradition dite « antitotalitaire », cette tradition si longtemps incarnée par des parias, des exilés qui luttèrent contre le stalinisme sans jamais renoncer à un horizon d’émancipation. Or cette tradition est largement enfouie, aujourd'hui, beaucoup d'intellectuels radical-chics font comme si le stalinisme était une affaire classée, et ils séduisent une partie de la jeunesse rebelle en escamotant le passé, voire en misant sur l’amnésie. D’où ce constat, qui est aussi un crève-coeur : en France, à l’époque du stalinisme, les rares voix dissidentes qui osaient dénoncer le goulag ont longtemps été étouffées ; et après la chute du Mur de Berlin, quand ces voix dissidentes pouvaient enfin être entendues, eh bien elles ont simplement été oubliées.

Grandes figures de la pensée antitotalitaire

Devant une telle indifférence, qui confère une sorte de victoire posthume au stalinisme, je me dis parfois : heureusement qu’elles ne sont plus là pour voir ça, les grandes figures de la pensée antitotalitaire, toutes ces femmes, tous ces hommes qui se sont battus pour maintenir une espérance malgré les catastrophes du XXè siècle. Je pense en particulier au regretté Claude Lefort, qui nous a quittés en 2010, et qui a toujours tenté de concilier insurrection politique et vigilance libertaire, promesse d'émancipation et prudence anti-autoritaire.

Parce qu'il défendait les dissidents soviétiques quand les « progressistes » faisaient bloc derrière l’Union soviétique, Lefort fut violemment attaqué par eux, par cette gauche grégaire à laquelle il lança jadis un avertissement qui n’a rien perdu de sa force aujourd’hui : «On ne saurait faire un seul pas dans la connaissance de la vie politique de notre temps sans s'interroger sur le totalitarisme ; quiconque prétend travailler à l'instauration d'un socialisme démocratique et se détourne de la question s'est condamné au mensonge et à la bêtise »

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