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Exposition d'Abdelkader Benchamma, à la galerrie Templon à Paris, 2019

Abdelkader Benchamma : "Ce qui m’intéresse, c’est de créer un espace où une sorte de trouble apparaît"

58 min
À retrouver dans l'émission

Pour son exposition « Engramme » à la galerie Templon à Paris jusqu’au 16 mai, Il aborde ces pierres capables d’absorber, les doubles systèmes de représentation, le corps absent, les traces et états de rêve diurne, ainsi que la force et l’imaginaire procurées par le noir et blanc.

Exposition d'Abdelkader Benchamma, à la galerrie Templon à Paris, 2019
Exposition d'Abdelkader Benchamma, à la galerrie Templon à Paris, 2019 Crédits : @Diane Arques

L’artiste s’est intéressé aux recherches de neurophysiologie autour de l’engramme, trace biologique de la mémoire dans le cerveau. L’artiste a conçu une installation agrégeant fresque immersive et dessins, multipliant les couches qui interrogent notre lecture des images et leurs survivances. Il convoque apparitions, symboles, représentations interdites et visions inconscientes pour aborder ces questions : comment l'humanité est-elle programmée pour comprendre les images, qu’est-ce que la croyance aujourd’hui ?

Exposition d'Abdelkader Benchamma à la galerie Templon à Paris
Exposition d'Abdelkader Benchamma à la galerie Templon à Paris Crédits : @Diane Arques

Avec le dessin, j’essaie de tourner autour de quelque chose sans formes propres, qui serait toujours en mouvement, en disparition, et qui prendrait différentes formes selon les époques et les croyances. Je me suis entraîné à ne pas voir de formes. Pour moi, ce sont des dynamiques qui sont au mur, comme des forces ou des sons. Quand je dessine, ce sont des termes très physiques qui me passent par la tête. Le cerveau déteste ce qui n’a pas de forme, et il en propose automatiquement une, c’est ce qu’on appelle la paréidolie. Ce qui m’intéresse, c’est de retarder le moment où le cerveau va proposer une forme, pour essayer de garder un peu ce trouble.

Il est important de se rappeler qu’une exposition on la parcourt physiquement, on lit une œuvre, on la comprend mentalement et en même temps, on arpente un lieu. Comment se déplacer, comment amener un spectateur dans tel endroit, où placer les densités ? Ce sont des questions qui m’ont très vite intéressé, et dans les expos j’essaie d’y penser. Et là, c’est la galerie Templon qui m’a poussé à aller vers l’installation, à dessiner partout et à mettre le spectateur au centre de l’exposition. J’ai tout de suite eu cette idée que le dessin devait sortir du cadre, jouer dans l’espace, et que l’espace de l’exposition devait devenir une expérience de création, un peu comme un atelier déplacé.

Pour dessiner il faut que je sois hyper concentré sinon je me trompe. En dessin, contrairement à la peinture, on ne peut pas se tromper : en peinture on peut recouvrir, ajouter des couches, alors que le dessin, une fois fait, on ne peut pas l’effacer. Donc, il y a une sorte de gravité du dessin qui est assez épuisante mentalement. 

Je trouve que la couleur c’est compliqué, je la fais intervenir par petites couches et c’est une chose sur laquelle je travaille, mais je n’ai pas encore trouvé de solution qui me satisfasse. Je suis attaché à cette force presque universelle qu’a le noir et blanc. Avec la couleur, j’ai peur que tout devienne beaucoup trop figuratif, alors que le noir et blanc permet une distance avec ce qui est figuré et donne accès aux abstractions. 

Archives

Georges Didi-Huberman, émission “Pas la peine de crier”, France Culture, 2012

Fred Deux, émission "A voix nue ", France Culture, 2008

Pierre Alechinsky, émission "A voix nue ", France Culture, 1998

Pierrette Bloch, émission  "A voix nue ", France Culture, 2006

Références musicales

James Blake, Lullaby for my insomniac

Alexander Colin, Brush tide

Clara Yse, Le monde s’est dédoublé

Prise de son

Alain Joubert

Information complémentaire

Galerie Templon

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