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Stade de la Meinau, Strasbourg, France, 1978. Série “Lieu de plaisir”

Alain Willaume : "Le réel ne montre jamais, à travers moi, ce qu’il est"

59 min
À retrouver dans l'émission

Pour sa double actualité : "La Mélancolie des Collines", une installation au Théâtre National La Colline à Paris et une monographie "Coordonnées 72/18" (éditions Xavier Barral), le photographe nous parle d'images qui questionnent, de disparition et de voyages aux finistères.

Stade de la Meinau, Strasbourg, France, 1978. Série “Lieu de plaisir”
Stade de la Meinau, Strasbourg, France, 1978. Série “Lieu de plaisir” Crédits : @Alain Willaume / Tendance Floue

Cet ouvrage parcourt plus de 40 années de photographies et de voyages à l’écart des courants. Les photographies d’Alain Willaume nous plongent dans toute la tension et l’instable beauté du monde.

Borne sur la route Srinagar-Leh, en surplomb du monastère de Lamayuru. Ladakh, État de Jammu-et-Cachemire, Inde, 1998. Série “De finibus terrae”
Borne sur la route Srinagar-Leh, en surplomb du monastère de Lamayuru. Ladakh, État de Jammu-et-Cachemire, Inde, 1998. Série “De finibus terrae” Crédits : © Alain Willaume / Tendance Floue

La première fois que je suis entré dans un stade de football, c’était à au stade de la Meinau à Strasbourg. Il faisait déjà nuit, et je me suis pris une énorme baffe, parce que je ne savais pas que c’était ça un match de foot avec une ambiance pareille, avec énormément de monde et ce bruit, ce décor de grillages et de projecteurs, et des policiers tout le long du terrain. Et dans un réflexe de défense, j’ai sorti mon appareil photo, alors que je savais que la pellicule n’était pas adaptée à la luminosité, et j’ai pris des images pour me défendre de cette agression. Le lendemain, j’étais vraiment secoué par cette expérience, et j’ai développé ce film : tout était bleu, il y avait plein de grains, c’était flou, à ce moment-là, je me suis dit que ça ne valait pas un clou. Juste avant de le jeter, je me suis aperçu que ça ne ressemblait à rien photographiquement, mais l’ambiance qu’il y avait sur ces images reflétaient le choc psychologique que j’avais eu. Et là, j’ai compris qu’il ne suffit pas de photographier une réalité, pour en rendre compte. La photographie ça rend compte d’autre chose, et je n’avais jamais pensé à ça.

Quand on est photographe, on est tout le temps dans la production. La vie de photographe c’est de renouveler les sujets, chercher de nouvelles idées, travailler et avancer. Moi, je n’ai jamais le temps de me retourner. Et depuis plusieurs années je me disais, que je n’arrêtais pas d’avancer mais que je ne faisais rien de tout le matériel que j’avais, alors que je savais qu’il y avait un lien, que ce bordel avait un fil rouge qui tenait le coup. Une amie avait fait une maquette de mon travail, qui est restée dans mon tiroir un certain temps, puis j’ai rencontré Xavier Barral, et au bout d’un alignement de planètes absolument extravagant, il m’a dit : « on fait le bouquin ».

Pour moi le voyage c’est vraiment la disparition. Un voyage est  réussi quand je me dissous dans l’air, et que je ne suis plus qu’un petit point sur la carte. Là, je suis sûr d’être au bon endroit. Un photographe cherche toujours où se mettre, la définition du photographe c’est trouver le bon endroit et le bon angle. Une de mes habitudes c’est de chercher où les routes se terminent. Je l’ai même poussée jusqu’à l’extrême : pendant plusieurs années, je suis allé aux finistères de l’Europe, là où la route s’arrête. Ce qui est extraordinaire dans ces finistères, c’est que, presque toujours, ils ont été investis soit par des militaires, soit par des moines, soit par des fous, soit par des gens qui ont envie d’avoir la paix, et un photographe c’est un peu tout ça en même temps.

Un homme écoute la retransmission radio d’un match de football près de Land’s End, Cornouailles, Grande-Bretagne, 1991. Série « De minibus terre »
Un homme écoute la retransmission radio d’un match de football près de Land’s End, Cornouailles, Grande-Bretagne, 1991. Série « De minibus terre » Crédits : @Alain Wuillaume/ Tendance Floue

Archives

Lecture du poème de Henri Michaux par Jacques Ellul, 1985

Nicolas Bouvier, émission « Agora », France Culture, 1990

Christian Caujolles, émission « Peinture fraîche », France Culture, 1999

Références musicales

Cat Power, Lost Someone

Duke Ellington , Afrique

Bibliographie

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