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Alban Lefranc

Alban Lefranc :"J’ai une fascination pour la profération poétique"

58 min
À retrouver dans l'émission

A l'occasion de la sortie de son dernier roman « L’homme qui brûle », l'écrivain nous parle de son parti pris littéraire de maintenir les fils du sérieux et de la farce, et de son personnage qui tente de s'émanciper du carcan de son éducation par le biais de la puissance du verbe.

Alban Lefranc
Alban Lefranc Crédits : Tina Merandon

Alban Lefranc est un romancier et traducteur de l’allemand, qui écrit aussi des pièces de théâtre que des romans qui sont adaptés pour la scène. Il est l’auteur de plusieurs vies imaginaires dans lesquelles il réinvente les vies de Nico Vous n’étiez pas là, (Verticales, 2009) ; de Fassbinder, Fassbinder, la mort en fanfare, (Rivages, 2012 qui reparaît en poche en 2019) ou encore de Mohamed Ali, Le Ring invisible (Verticales, 2013). 

Dans son dernier roman L’homme qui brûle (Rivages, 2019) l'auteur livre une fable romanesque à l'humour grinçant sur l'enfer du monde contemporain, à travers l'histoire de son personnage, Luc Jardie, qui souhaite condenser dans un livre unique toutes ses obsessions, de Thomas Münzer à Alain Delon en passant par le porno californien et…sa mère.

"Dans mon livre, il y a un parti pris comique dont j’étais assez conscient. L’idée c’était de pousser le curseur très loin, d’où ce centre-ville de Paris interdit aux femmes de moins de trente-six ans pour maintenir à son meilleur le tourisme français. C’est à peu près la réaction qu’on a en lisant certaines dépêches ou certains titres de journaux, le moment que nous vivons est très étrange, on a l’impression d’être face au Gorafi en permanence, d’où cette volonté d’outrance qui n’est qu’un léger bégaiement à notre présent. "

"J’ai construit un personnage qui est éduqué à mort et le monde dans lequel il vit est une amplification de cette éducation. Empêtré par tous ces fils qui le nouent, son projet est ce qui le maintient à flot, aussi aberrant soit-il, un projet qui voudrait réunir des choses aussi disparates que Thomas Münzer, Alain Delon dans le cinéma de Melville ou telle actrice porno. A chaque fois, ce sont des tentatives de faire sens. C’est un type qui s’efforce, au milieu du désastre, de se reconstruire un corps et une parole. "

"Mon personnage a grandi dans le catholicisme le plus débile, dans sa version la plus ritualisée, celle où on ânonne les textes sans les comprendre. Il a grandi dans ce corsetage des corps et des âmes et lire Munster ou certains textes bibliques est une façon de retourner ces textes contre son éducation. Il veut aller chercher à la source ce qui peut faire exploser le carcan de son éducation."

"En fait, mon personnage essaie de s’adresser à des gens : comment parler à autrui ? Le roman décrit toute une série de tentatives d’émancipation, de libération de ce qui l’enchaîne, ça ne se passe pas très bien, mais il essaie. Une façon de s’émanciper de ces violences qui nous ravagent c’est parfois de prendre les mots au pied de la lettre, d’être un peu idiot. Luc Jardie a une foi inébranlable dans la capacité du verbe et le fantasme absolu d’une parole qui serait en adéquation à un corps, d’une parole vivante dans un corps vivant."

Archives

Gilles Deleuze, source internet

Jean Delumeau, émission « Surpris par la nuit », France Culture, 2007

Alain Delon, Inter actualités, France Inter 1970

Henri Meschonnic, émission « A voix nue », France Culture, 1991

Références musicales

Tristesse contemporaine, I did know

Michele Mercure, Rêverie

Pris de son

Bernard Laniel

Vous pouvez écouter et/ou podcaster cet entretien en cliquant sur le lien ci-dessus

Intervenants

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